‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 2)Chapitre 56 sur 123 · TN EC CR ET À · texte numérisé non relu

TN EC CR ET À

tout le monde le connaissait, et lui connaissait, pour ainsi dire, tout le monde. Il avait l'habitude de passer journellement par la boutique d’un tailleur, et comme il manquait un carreau de vitre dans le châssis du tailleur, l'éléphant y faisait passer le bout de sa trompe comme pour lui dire bonjour, et la retirait bien paisiblement pour continuer sa promenade. Uu jour, le tailleur s'avisa, par pur badinage, de piquer le bout de la trompe de l'éléphant avec son aiguille. L'éléphant se retira sans marquer de mauvaise humeur ; mais le lendemain il remplit sa trompe d'eau, et s'achemina vers la demeure de notre tailleur. 7! enfonce comme d'ordinaire le bout de

trompe dans le carreau de vitre, et à bout presque tou: cunnt, il lance dans la face du tailleur, avec une force extraordinaire, toute l’eau que contenait sa trompe. Le tailleur en fut si étourdi, qu'il fut renversé par terre. Cela fait, notre éléphant continua tranquillement sa route, disant probablement en lui-même, ‘‘ voilà comme je badine, moi!"

Hors de ces cas, l'éléphant, doux par tempérament, n’emploie sa force et ses armes que pour se défendre luimême, secourir son maître ou protéger ses semblables. Souple, complaisant et caressant, il rend avec sa trompe caresses pour caresses, fléchit les genoux devant celui qui doit le monter, se soumet à sa direction, aide lui-même à se charger, se laisse vêtir et parer: il semble même y prendre plaisir. Ses mœurs sociales, qui l’éloignent de la solitude et d'une vie errante, le portent à rechercher la compagnie des animaux de son espèce et à leur être utile. Le plus vieux des éléphants, comme le plus expérimenté, est à la tête de la troupe et la conduit. Le plus âgé après lui ferme la marche : les jeunes et les faibles sont au centre du bataillon, et celles qui allaitent encore portent leurs petits, qu'elles embrassent de leur trompe. Tel est l’ordre que ces prudents animaux observent dans les marches périlleuses ; mais quand ils n’ont rieu à redouter, ils se relâchent beaucoup de leurs précautions ; ils se pro-

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ur mènent dans les forêts, dans les champs, dans les prairies,

ser y pâturent à leur aise, sans toutefois s'écarter assez les

il uns des autres pour se priver de leur secours mutuel ou

ur, de leurs avertissements.

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de Je vous ai prouvé, je l'espère, dans ma dernière lecture, ans que je sais prendre mon sérieux dans l'occasion , m- Maintenant que le goût des lectures est, pour ainsi de dire, général à Québec, nous pouvons aborder les sujets de graves comme les amusants .

ou Pour ceux qui ne viennent ici que pour s'amuser et Tr Ce rire, je dois leur dire que le temps de rire est passé, qu'il Le s'agit à présent de s'instruire.

rre. A la sortie de ma précédente lecture, j'avais devant sa moi des demoiselles anglaises, et une d'elles disait à ses Je compagnes : ‘Put he has not been so funny as last time !” Funny ! et où trouver du /#xnr dans un sujet comme ent, celui de l'univers? Non, le sérieux va prendre la place du funny. Je ne prétends pas, pourtant, aller jusqu’à faire pleurer mes auditeurs : il me faudrait, pour cela, changer de caractère, et je ne m'y hasarderai pas à mon âge. Sans ma gaieté oratoire, je gèlerais à glace tout mon auditoire, dames et messieurs, sans exception.

Nous avons considéré, l’autre soir, la belle harmonie qu'il a plu à la divine Providence d'établir sur cette terre. Nous continuerons le sujet aujourd'hui, l'harmonie terrestre : et nous prouverons qu'ici-bas tout est à sa place, et que tout concourt à procurer à l’homine et la jouissance et le bonheur.

Il est probable que nous ne monterons pas encore au ciel ce soir; mais préparez-vous-y, mesdames et messieurs, pour la prochaine soirée.

Mais on va peut-être me dire que j'ai mal choisi mon temps pour une excursion céleste : qu'on s'amuse si bien sur la terre durant le carnaval: qu'on ne parle que de

pique-nique, de danse, de bal et de divertissements ! Je conviens de tout cela, et pour ne déranger personne, voici ce que je proposerai, Comme j'apprends que mon ami, le docteur Bardy, doit donner prochainement une lecture, je lui abandonnerais volontiers mardi prochain, qui est le wardi gras : et moi, je me présenterais le #76) credit des Cendres, jour assurément très propre à méditer sur les vanités de ce bas monde, et À nous engager à visiter le ciel,

Que ferait l'homime sans les animaux ? L'homme sans les animaux ne ferait pas grand'chose, je vous l'assure, Sans les animaux, nos tables modernes auraient bien l'ananas et le melon d'eau, mais elles n'auraient pas la dinde. Elles auraient le vin, mais le rôti manquerait : elles auraient le poivre et les cornichons, mais non pas le fromage. Sans les animaux, nos voyageurs dans leurs courses, nos guerriers en Campagne, auraient la massue et l'arme à feu, mais la bête de somme, mais le coursier du combat qui bondit aux saccades de l'éperon, mais l'éléphant qui porte des tours pleines de gens d'armes, mais le chameau, ce vaisseau du désert ; en un mot, tous les auxiliaires quadrupèdes leur feraient défaut.

Le chasseur aurait le fusil, mais le chien fidèle, mais le gibier, où seraient-ils >? Dans les plaines, point de lièvres ; dans les forêts, point de cerfs. Vous auriez des bergers sans troupeau, des laboureurs sans bœufs, et par conséquent, point de culture, point de grains ni de défrichements.

D'un autre côté, les animanx ne peuvent se passer du règne végétal ; tout le règne végétal sert de nourriture aux divers animaux répandus sur le globe. L'homme est à part : il est, lui, omnivore : il mange, lui, et végétal et animal : il devait en être ainsi pour le grand fermier de la terre, il devait trouver de la nourriture partout et en tout temps.

Les animaux, pour la plupart, sont herbivores et frugivores ; le plus petit nombre est carnivore. Un seul, et je

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Voyez encor:

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l'ai déjà signalé, un seul parmi tous les animaux se rapproche de l'homme sous ce rapport : c'est le pourceau. I est, lui, omnivore à la force du terme. Entre tous les animaux, il est celui dont l'estomac se rapproche le plus de celui de l'homme. Mais ce qui est encore plus singulier et bien humiliant, c'est qu'il est aussi le seul animal intempérant, Il boit, comme l'homme, du vin blanc et rouge, de la bière de toutes sortes, du cidre, ete., il engloutit tout ce qu'on lui jette dans son auge : il court les voiries, et surtout le derrière des distilleries, où l'on vide des pipes et des tonnes de vin et de bière : il avale tout, boit et mange en même temps, il s'en soûle, et reste sur la place ! De Tà cette expression vulgaire, ‘‘soûl comme un cochon." Quelle compagnie pour l'ivrogne !

C'est un fait que tous les autres animaux ne peuvent flairer des boissons enivrantes. L'éléphant débouche bien un bouteille de vin et la boit ; il ne fait cela que lorsqu'il est en parfaite domesticité et pour plaire à son maitre ; il ne le ferait jamais dans l’état sauvage.

Des poules pourront bien aussi s'enivrer par hasard ; ces pauvres poules avalent, sans goûter, des cerises qui ont trempé dans de l'esprit de rhum; elles avalent vite, et vite elles sont ex /rain, comme l'on dit. Certes, c’est une bien amusante chose que de voir tout un poulailler ainsi pris de boisson, surtout quand le coq a pris part à la fête. Mais c'est un a/ler el venir, c'est un cacassement épouvantable !

L'homme aime la fleur, mais il ne la mange pas ; il admire le gazon verdoyant des prairies, mais il ne peut s'en servir ; il faut que l’animal soit là pour s’en repaître, s'en engraisser, pour en perfectionner sa propre substance, et l’offrir dans sa propre chair en sacrifice à son dieu, l’homme.

Voyez encore comme tout est bien balancé ; tous les animaux et tous les végétaux qui ont existé depuis la création du monde, ont tiré successivement de la couche extérieure de la terre la matière de leurs corps, et à la

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