‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 2)Chapitre 65 sur 123 · PL NS EE · texte numérisé non relu

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voûte et du sentier: tout faisait craindre de trouver la mort si on osait faire un pas de plus.

Mais un voyageur eut plus d’audace que ses devanciers : il prit une montre à secondes, se plaça sur le bord de l’abîme, y jeta une pierre, et remarqua qu'après avoir rebondi contre les parois du gouffre, elle s’arrêtait enfin en faisant entendre un bruit plus fort que ceux qui avaient précédé. Après plusieurs expériences et un calcul rigoureux, il crut reconnaître une profondeur approximative de cent quarante pieds. Le bruit des eaux, d'ailleurs, annonçait à notre visiteur que au delà du précipice, il devait se trouver, en dépit du rétrécissement momentané du terrain, d’autres voûtes et d'autres avenues plus larges peut-être qu'aucune de celles qu’on avait encore vues.

Il s’arma donc de courage, jeta une échelle transversalement sur la bouche du gouffre, et s’y cramponna des pieds et des mains. Un seul nègre l’accompagnait ; et frappé lui-même d’une superstitieuse terreur, il lui annonçait qu'il allait périr. La prédiction faillit se trouver vraie. L'échelle, à peine assez longue, était faiblement soutenue de l’autre côté, et au moment où l’aventurier croyait toucher l’autre bord, la voilà qui glisse, et le voyageur glisse avec elle ! Le nègre pousse un cri d'effroi, et de noir qu'il était devint blanc de peur, s’imaginant bien que l’hydre de l’abîme punissait l’homme blanc de son audacieux sacrilège. Mais le voyageur intrépide, au moment du plus grand danger, se voyant descendre au fond, conserve cependant sa présence d’esprit: il étend les deux mains en tombant, et rencontre une pointe de rocher qui, par bonheur, ne cède point, et il se trouve bientôt hors de danger, à l’entrée de la nouvelle caverne.

Le nègre même, enhardi par le succès d’une tentative si téméraire, alla chercher une échelle plus longue, passa à la suite de l’homme blanc et revint avec lui par la même route, après avoir vu la rive du fleuve souterrain.

Il est inutile de dire que actuellement un pont en bois

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jeté à travers le gouffre offre aux visiteurs toute facilité de passer sans la moindre crainte ; et tout le monde s'étonne aujourd’hui qu'on ait été si longtemps arrêté par si peu de chose.

Il est bien surprenant, sans doute, de trouver une si grande rivière si loin du jour. C’est une merveille de voir une vallée ténébreuse entourée de collines, de gorges et de ravines, qui ont tous les caractères de vallons, et peuplés d’êtres vivants !

Après avoir descendu un coteau couvert de sable et de rochers épars, on se trouve sur le bord d’un grand lac, d’un nouveau S/yx. Là, la rivière peut avoir vingt pieds de large ; on lui donne autant de profondeur. Elle coule sur un lit de sable fin étoilé de jolis cailloux. Quand elle devient moins profonde et que ses rives sont recouvertes seulement de quelques pouces d’eau, on y trouve un grand nombre d’écrevisses de petite taille et entièrement blanches ; mais leur caractère le plus frappant, c’est l’absence d’'yeux. Il en est de même des poissons, qui sont en abondance, des chauves-souris et des araignées.

‘* Nous embarquâmes, dit le révérend M. W. Murphy, ‘‘ de qui nous empruntons ce récit, dans un canot qui ‘nous attendait sur le rivage. C’est une chose terrible ‘que de s’avancer lentement sur un fleuve inconnu qui ‘‘coule souvent entre deux bancs de rochers à pic, qui ‘‘s'engouffre quelquefois dans des grottes étroites où le ‘voyageur doit s’accroupir pour ne pas frapper de la tête ‘‘à la voûte, et qui roule ensuite ses eaux sur des rives ‘* désolées, où les rochers entassés les uns sur les autres ‘‘ présentent la confusion du chaos.

‘* Nous étions trop nombreux pour entrer tous à la fois ‘* dans la barque. Les dames s’y placèrent les premières ‘avec leurs maris ; chacun, sa lampe à la main, se tenait ‘‘ assis et tranquille: deux nègres seuls frappaient l’eau ‘de leurs avirons.

‘Pour nous, assis sur la rive, nous vîimes l’esquif ‘‘ voguer majestueusement vers la partie du gouffre.

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