‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 2)Chapitre 8 sur 123 · IMPORTANCE DE L'ÉTUDE DE L'ÉCONOMIE POLITIQUE · texte numérisé non relu

IMPORTANCE DE L'ÉTUDE DE L'ÉCONOMIE POLITIQUE

Messieurs, —Au commencement de cette année, j'eus l'honneur de vous entretenir d’un sujet important sous le double rapport de l'intérêt particulier et de notre intérêt national. De plus en plus persuadé que, de tous les objets de notre affection, ce qu'il y a de plus menacé, comme ce qu'il est le plus de notre honneur de maintenir, c'est notre nationalité, je vais, si vous le voulez bien, —et en cela je crois que je ne saurais mieux répondre à l'invitation que vous m'avez faite de vous adresser une seconde fois la parole, —je vais, dis-je, obéir à la même inspiration, et traiter un sujet qui intéresse à un haut degré cette nationalité qui nous est si chère, tout en ne perdant pas de vue l'intérêt matériel de notre origine, lequel est du reste si intimement lié à la première qu'il ne fait avec elle qu’une seule existence, dont il est le corps et dont

elle est l'âme. Le sujet dont je vais vous entretenir n’est guère que la continuation, le complément de celui que je traitai la dernière fois, alors que j'essayai de vous démontrer que la malheureuse manie qui, parmi nous, pousse la jeunesse instruite presque en masse vers les professions dites libérales, était une cause d’affaiblissement pour nous, et un juste sujet d'alarme pour notre existence politique et nationale, en ce que toute l'énergie intellectuelle de notre race allait s'épuisant de génération en génération dans les luttes ingrates d’une carrière encombrée.

Cette idée, grâce à votre bénévole passeport, eût-elle produit quelque impression, dût-elle induire une partie de notre jeunesse instruite à se jeter dans la voie large et féconde de l’industrie, nous n’aurions fait que poser les fondements de notre œuvre : il resterait encore à y ériger, à y consolider l'édifice de notre puissance nationale. En effet, nous aurions bien d'excellents sujets pour l’agriculture, pour le commerce et pour toutes les autres branches de l’industrie, et par là un moyen d'attirer à nous les richesses, et de les répandre autour de nous; nous aurions en un mot les éléments de ja puissance et de l'influence sociales qui nous appartiennent. Mais ces grands intérêts que nous venons de créer, il faut les conserver, les augmenter; il faut les tenir au niveau des intérêts rivaux, tant au milieu de nous qu’autour de nous, tant au dedans qu’au dehors. Il y a plus, il faudra les avancer, les protéger contre les préjugés, les préventions, les idées fausses et erronées qui nous viennent des temps où l'on ignorait les principes de la science qui préside à tous ces grands intérêts sociaux. Or, messieurs, c'est ce que nous ne pouvons faire qu'en autant que nous aurons parmi nous des hommes profondément versés dans l'étude de l’économie politique, et dans l'application éclairée des principes qu’elle enseigne. Et cette science est nouvelle partout, puisqu'elle n'est apparue en corps complet de doctrine pour la première fois, en Angleterre,

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Nations ; en France, qu'en 1803, dans le 7Yraité d'économie politique de J. B. Say. Eu 1758, Quesnay publia bien en France l'ouvrage intitulé: 7Zableau économique et maximes générales du gouvernement économique, à l'ombre duquel se forma l'école des économistes où physiocrates. McCulloch, économiste distingué de nos jours, attribue même à Quesnay le mérite d'avoir été le premier qui ait donné à l’économie politique une forme systématique, et l'ait élevée au rang de science, et il reconnaît que les travaux des économistes français ont puissamment contribué à accélérer les progrès de la science économique. Mais leur théorie, fondée sur cet axiome, que ‘‘la terre est la seule source des richesses,” a été rejetée par les économistes plus modernes. De sorte que aujourd'hui on ne recherche pas les oracles de la science au delà de Smith en Angleterre, et de Say en France. Il faut rendre à l'Italie, cependant, la justice de reconnaître qu'elle eut l'initiative en économie politique; car dès le seizième siècle, Botero s'était occupé de cette science, et il fut suivi dans cette voie par plusieurs autres écrivains italiens.

Il y aurait donc sujet de s'étonner si une science aussi nouvelle et aussi vaste que l’économie politique, et qui, si l’on en juge par les plaintes et les remontrances de ceux qui en ont écrit, ne compte pas encore un très grand nombre d’adeptes en Europe même, le berceau, la dépositaire, la dispensatrice de toutes les sciences, il y aurait lieu de s'étonner, dis-je, si cette science était bien répandue dans un jeune pays comme le nôtre, à qui, pour arriver où il en est, il a fallu passer par tant d'épreuves de tous genres. Aussi, faut-il l'avouer, par des causes dont nous aurons occasion de dire un mot dans le cours de cette lecture, les connaissances et l'expérience en fait d'économie politique sont fort bornées parmi nous, surtout quant aux branches les plus importantes de cette science, celles qui traitent des finances, du commerce et

qu'en 1776, dans l'ouvrage du Dr Smith, Weal//h of

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