‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 3)Chapitre 77 sur 212 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

Dès que les anges s’aperçoivent de la désobéissance de l’homme, ils désertent le paradis terrestre. Ils ne peuvent concevoir comment l'ange rebelle a pu s’introduire dans le jardin, à leur insçu. Ils s’appitoient sur le sort de l’homme,

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mais leur douleur n’altère point leur félicité. Cette pensée est rapportée avec cette énergie qui est particulière à Milton :

PTIT . dim sadnes dit not spare That time, celestial visages, yet mix’d With pity, violated not their bliss.

Cependant les anges se rendent devant le trône de l’Eternel, qui leur parle de la chute de l’homme. Il s'adresse ensuite à son fils, qu'il charge d’aller décider du sort des humains. Le Verbe part seul pour se rendre sur le globe terrestre; et il arrive dans Eden. LA, il appelle Adam, qui fuit aussitôt avec son épouse; mais le fils de Dieu les voit dans l’endroit où ils se sont cachés, et il s'approche, en leur ordonnant de paraître. Adam, pour excuser son retard à obéir, dit que sa nudité l’a empêché de se montrer aussitôt: mais le Seigneur lui demande s’il n’aurait pas mangé du fruit défendu, puisqu'il n’y avait que ce fruit seul qui pût donner connaissance de la nudité. Le père des hommes voulant s’excuser sur son épouse, reçoit une réponse foudroyante. Dieu s'adresse ensuite à Eve, qui rejette la faute sur le serpent. Le Seigneur irrité condamne le serpent à ramper sur la terre, et lui prédit sa défaite future par une femme. Il dit ensuite à Eve qu’elle enfantera dans d’horribles douleurs, et qu’elle sera soumise à son mari. Adam est enfin condamné à gagner son pain à la sueur de son front, et le couple infortuné entend prononcer l’arrêt de mort sur lui et ses descendants.

Le Verbe divin retourne vers son père, et cherche à appaiser sa colère, en faveur de l’homme accablé de maux. Pendant ce temps, la Révolte fait une proposition à la Mort, sa fille; elle l’engage à aller avec elle à la recherche de Satan, son père. La Mort y consent avec joie, et elles partent en volant dans les airs. La Mort, avec sa masse, fait sur l’abîme un pont de glace, dont elle cimente les matériaux avec de lPasphalte. Il aurait été, ce semble, plus commode à la Mort et à la Révolte de faire un saut par-dessus l’abîme;

car ce n’est que comme cela qu’elles ont pu faire les fondations du pont. Ce pont est comparé à celui que Xerxès fit bâtir sur l'Hellespont. Le poète nous informe en sus que Xerxès fit fouetter la mer et la mettre aux fers. Voici les vers qui renferme cet étalage d’érudition :

Xerxes the liberty of Grece to yoke, From Susa, his Memnonian palace high, Came to the sea, and over Hellespont Bridging his way, Europe with Asia Joined, and scourged with many a stroke Th'indignant waves.

Le pont achevé, la Mort et la Révolte passent l’abîme, et déploient leurs ailes dans notre univers. Mais elles sont surprises par la rencontre de Satan, qu'elles reconnaissent et à qui elles souhaitent le bonheur. Mais Satan est étonné à la vue du pont qu’elles ont bâti ; elles Pinforment qu’elles ne l'ont érigé que pour se réunir à lui: il en est charmé. Il leur conseille d'aller visiter le monde, et de se divertir de leur mieux; quant à lui, il retourne dans les goufres infernaux, à la porte desquels il arrive bientôt. Il trouve que le guet démoniaque en est paiti: il entre dans son empire et voit le conseil assemblé. Encore de la géographie et de l’histoire en comparaison :

As when the Tartar from his Russian foe, By Astracan, over the snowy plains

Retires; or Bactrian Saphi from the horns Of Turkish crescent, leaves all waste beyond The realm of Aladule, in his retreat

To Taurus or Casbeen.

Satan entre dans le Pandémonium, sous des traits inconnus, redevient aussitôt lui-même, et est applaudi par le peuple des démons. Il leur fait un court récit de ses aventures et de ses travaux, et leur promet le monde terrestre pour s’y réfugier. Il se tait, attendant les louanges et les applaudissements qu’il croit mériter ; mais il n’entend que des sifflements. Satan en est étonné ; mais il l’est encore

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davantage, lorsqu'il s'aperçoit qu’il se métamorphose avec ses compagnons en serpents. Les voilà tous mêlés les uns avec les autres sans aucune distinction. Ils sortent tous pour aller chercher ceux qui montaient la garde des enfers ; mais tous ces superbes régiments laissent tomber leurs armes, et deviennent aussi des serpents. L'arbre de la science du bien et du mal paraît dans leur demeure chargé de son beau fruit. Les voilà atteints d’une faim et d’une soif dévorantes. Mais quelle est leur douleur, lorsqu'ils trouvent que ces fruits, si blancs en apparence, ne sont que des amas de suie et de cendre, dont l’amertume brûlante leur donne un déboire affreux, qui ne les dégoûte que pour les abuser encore par une couleur séduisante et perfide.

Cependant la Révolte et la Mort se rendent dans Eden : la première se livre à des transports de joie, en voyant ce monde, dont elle se croit reine : mais la Mort préfère à tout le plaisir d’assouvir sa passion pour le carnage. Dieu en les voyant les montre aux anges. Il prononce un jugement favorable aux hommes. Alors les cieux retentissent de chants d’allégresse, en réjouissance de la décision du Très-Haut. Dieu ordonne aux anges de faire divers changements dans la nature : par son ordre les saisons commencent et toutes les révolutions des astres. (Suit la description des travaux angéliques, qu’il serait très utile et très excellent de lire auprès d’une sphère armillaire.) Tandis que ces bouleversements s’opèrent dans le monde, Adam, effrayé du désordre qu’il remarque partout, se parle, se rappelle son bonheur passé, et réfléchit avec épouvante à son avenir et à celui de sa postérité. Il s'adresse à tout ce qui l’environne, et Eve voulant le consoler, ne reçoit de lui que de cruels reproches. Elle se jette à ses pieds, le conjure d’oublier sa faute, et l’exhorte à s'unir avec elle pour repousser l’ennemi commun ; enfin elle fait tout pour ranimer ses premiers sentiments envers elle. Adam appaisé lui parle d’une manière plus douce, et s’écrie sur les malheurs de sa race à venir. Eve fait à Adam une propo-

sition qu'il n’approuve pas: il lui indique la seule voie qui peut les garantir des derniers malheurs, et lui parle des moyens auquels ils auront recours pour suppléer à leurs besoins. En parlant ainsi, ils versent tous deux des pleurs, et se mettent en prière.

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