‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 4)Chapitre 33 sur 81 · DISCOURS D’INTRODUCTION · texte numérisé non relu

DISCOURS D’INTRODUCTION

Messreurs,—Les sciences humaines se divisent en deux grandes branches : les sciences “ exactes,” et Tes sciences “ naturelles,” qui d’abord pour l'étude sont distinctes, mais qui se prêtent enfin un tel appui par suite de la multiplication extraordinaire de leurs applications, qu’elles finissent

par se confondre et à ne pouvoir se bien embrasser les unes sans les autres.

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Les sciences exactes ont pour objet l'étude des quantités, et pour fondement l’arithmétique et la géométrie.

Les sciences naturelles ont pour but l'étude des corps, leur histoire, leur classification, leurs propriétés. Elles se subdivisent elles-mêmes en deux branches considérables : la “physique” et la “chimie.” La physique qui, à proprement parler, comprend l'étude des phénomènes de la nature, embrasse tous les faits qui peuvent s'offrir à notre attention, et par conséquent l'étude d’une foule de branches dont chacune serait assez. vaste pour occuper les facultés d’un homme d’une haute intelligence puisqu'elle renfermerait l'astronomie, l’histoire naturelle, la mécanique, l’hydrostatique, la botanique, l’acoustique, l'optique et la minéralogie. Mais afin de simplifier, de régulariser, et par conséquent, de faciliter l'examen des diverses branches des connaissances humaines, il a été convenu de restreindre la physique aux connaissances générales des proprietés des corps pris dans leur entier et comme ils s'offrent à nous dans la nature, et de laisser l'étude des principes élémentaires des corps à la chimie, vaste science qui pénètre dans l'intérieur même des substances pour y observer, y découvrir les lois selon lesquelles leurs molécules, c’est-à-dire les atomes infiniment petits qui les composent, agissent les uns sur les autres à des distances plus ou moïns rapprochées ; pour y étudier les combinaisons ou les séparations qui résultent de la tendance générale de ces molécules ou atomes à s'unir, et les modifications, que les diverses circonstances, capables de les écarter ou de les rapprocher, apportent à cette tendance.

La chimie est donc une science presque toute d’expérience, qui a créée, comme la plupart des autres branches des connaissances humaines, par l’observation accumulée des faits souvent accidentels mais raisonnés, comparés, calculés et habilement groupés par les génies d'élite de toutes les nations.

La chimie, qui est la science dont j’ai à vous exposer, dans

le cours que nous commençons aujourd’hui, tous les développements et les détails, a pris naissance dans les temps les plus reculés, sans pourtant que des travaux suffisamment bien classés ou assez exactement notés dans leur ensemble aient pu la mettre, avant le milieu ou la fin du dernier siècle, sur un pied comparable à celui qu’elle occupe aujourd’hui. Dès que les hommes se sont occupés d'arts, de manufactures ; dès qu'ils ont tiré des métaux du sein de la terre pour les préparer et les façonner à divers usages, dès qu’ils ont recueilli pour les combiner ensemble et les séparer des substances empruntées aux végétaux, aux minéraux ou aux êtres vivants, soit pour se guérir de leurs maux ou s’en garantir, soit pour soulager leurs souffrances, soit afin de pourvoir à leur subsistance, à leur vêtement, ou pour augmenter enfin leur somme de bien-être, les hommes sans s’en douter ont posé les bases de la magnifique science dont l'étude va nous occuper exclusivement. Le hasard souvent, quelquefois le raisonnement leur ont fait découvrir des propriétés particulières des corps et des combinaisons qui n’existaient point ou ne semblaient pas exister dans la nature. Les faits isolés ont été transmis par tradition, par imitation d'âge en âge, puis recueillis quoique sans système raisonnable jusqu’au moment où des philosophes observateurs et avides de pénétrer dans les secrets de la création ont appelé à leur secours des expériences souvent répétées, puis le calcul et enfin la discussion qui a fait jaillir de presque toutes les parties du monde à la fois sinon la vérité toute entière sur les lois de la nature, du moins une grande somme de connaissances exactes qui ne pourront plus se perdre désormais, et auxquelles tous les jours verront et voient déjà s'ajouter des faits de plus en plus surprenants et précieux dont l'humanité devra de jour en jour tirer des avantages qu’on ne saurait nullement prévoir ni soupçonner aujourd’hui, mais que l’on doit pressentir si l’on réfléchit que la chimie a donné aux hommes, depuis à peine le commencement du siècle dont nous n'avons pas encore vu la moitié, les

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machines à vapeur appliquées à la navigation et à la locomotion terrestre, l’éclairage au gaz pour nos rues, nos maisons et les rescifs de nos rivages, une foule de préparations utiles et nouvelles dans les arts, le télégraphe électrique, la lampe de sûreté qui permet au mineur de descendre sans danger dans les entrailles de la terre pour y chercher des métaux de toutes espèces et des combustibles plus actifs et moins coûteux qme ceux du règne végétal : des procédés plus faciles et plus sains pour les manufactures. Mais là ne se borne pas le rôle utile et important de cette science, car c’est encore elle qui a donné aux sciences médicales une impulsion nouvelle et une certitude qu’elles n'avaient pas auparavant, soit par des substances jusqu'alors inconnues, soit par la démonstration exacte des effets constants ou probables sur le système organique de celles qu’on employait auparavant sans s’en rendre compte ; c’est la chimie qui fournit au médecin les substances qui doivent arrêter les ravages des poisons les plus violents, ou, s’il est trop tard, c'est elle qui fournit à la société offensée les moyens de signaler les matières vénéneuses d’une manière assez sûre à la fois pour ne permettre ni dangereuse hésitation pour l’accusé innocent, ni doute pour les juges sur le coupable ; c’est elle aussi qui par lanalyse offre au capitaliste le moyen de connaître d'avance et avec une exactitude mathématique les résultats d’une exploitation nouvelle, enfin c’est aux recherches spéciales des chimistes que l’on doit de voir réduire en principes sûrs et constants l’art de l’agriculture qui, jusqu’à ces dernières années, en était un de pure imitation, sans autres données que celles du hasard ou d'observations, d’une application plus difficile certainement en réalité que l’étude même de la chimie toute entière telle qu’on la trouve aujourd’hui dans les traités innombrables de cette science, que fournit presque chaque jour la presse de tous les pays, dans toutes les langues et à la portée de toutes les intelligences.

Messieurs, un léger coup-d'œil sur les temps antiques ne

sera pas sans un utile enseignement, Les anciens qui étaient si avancés sons tan! de rapports, qui nous ont laissé tant de magnifiques ve:tives de leur grandeur et de l’état avancé de leurs connais::ces, ne portaient pas de chemises, pas de souliers, n’avaient pas de vitres à leurs habitations ; ils ne connaissaient ni le sucre, ni le café, ni les assaisonnements de la nourriture qui font de l’alimentation un plaisir. Ces fiers conquérants du monde qui traînaient à leur char tant de rois et d’esclaves enchaînés, allaient nupieds dans la boue et rentraient avant la nuit dans leurs palais enrichis de sculptures magnifiques où, lorsque l’atmosphère se refroidissait, ils grelotaient tristement dans l’obscurité ou à la lueur vacillante d’une lampe ou de flambeaux salles et fumeux. Aujourd’hui le plus humble de nos artisans ou de nos agriculteurs brave confortablement Pintempérie des saisons dans une maison qui n’a pas de riches ornements, de marbres ou d’arabesques élégamment sculptés, mais où les rayons du soleil pénètrent en abondance sans que Pair humide ou le froid du dehors puisse s’y introduire en même temps. Il peut, s’il le désire et au moyen d’une simple chandelle que les anciens ne connaissaient même pas, doubler son existence et continuer, après la disparition de l’astre de lumière, les récréations ou les travaux de la journée. Alexandre le grand, César même n'avaient pas de souliers. (Cette simple comparaison doit nous démontrer que les progrès dus aux sciences tendent à augmenter tous les jours la somme de bien-être de chacun des hommes et amener autant que possible, humainement, la réalisation des magnifiques espérances des philanthropes qui eux ont pris justement pour devise : Egalité, fraternité,

Je disais, il y a un instant, que les hommes ont, dès les temps les plus reculés, posé, sans s’en douter peut-être, les bases de la science qui va nous occuper. Il est certain que si les anciens, qui avaient des connaissances vastes sur l'application de diverses propriétés des corps, ne semblent pas les avoir réduites en système pour en faciliter l'étude

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ou pour les perpétuer, ils possédaient une vaste somme de savoir et de faits utiles. Ainsi on trouve que les manuscrits antiques sont tous écrits avec une encre indestructible, avec le noir de fumée, et nul de leurs auteurs n’en fait mention, bien qu'il soit établi qu’ils connaissaient cette propriété du charbon puisqu’ils avaient la précaution de faire calciner les extrémités des pieux qu'ils employaient aux ponts, aux jetées et à des pilotis dont on retrouve de nos jours des restes bien conservés. La préparation des couleurs dont on se sert en peinture demande déjà des connaissances pratiques fort avancées ; l’art des modernes en ce genre s’est presque autant occupé à retrouver les substances employées par les anciens qu'à en découvrir de nouvelles. Les fraîches et vives couleurs des peintures retrouvées sous les cendres et la lave de Pompéïa et d’Herculanum, ou ensevelis depuis dans les tombeaux égyptiens, la conservation même des momies, les monuments grandioses dont on retrouve les ruines magnifiques dans l’Orient, où des matériaux énormes devant lesquels nos ingénieurs hésiteraient peut-être aujourd’hui, ont été employés, et dont l'extraction, le transport à des distances considérables, la préparation, indiquent une somme immense de connaissances exactes et précieuses, d'autant plus surprenantes que peu de personnes pouvaient alors y prendre part. Tout cela nous démontre que les anciens possédaient d’innombrables procédés, résultat de longs siècles de patientes et judicieuses observations, mais dont les causes immédiates ou premières leur échappaient ou n'avaient pu être approfondies faute d’instruments convenables, Une grande partie des connaissances utiles de la chimie ont pu exister auparavant, mais éparses parmi les savants ou les philosophes qui ne les communiquaient mystérieusement qu’à leurs disciples ; parmi les artisans, la plupart esclaves, qui en conservaient avec soin le secret ; enfin parmi les prêtres de l’antiquité qui, pour prouver aux masses ignorantes la divinité de leur mission, l'étendue de leurs pouvoirs surhumains, avaient recours à des miracles

fondés sur de grossières illusions dont ne s’effraieraient ou ne s’amuseraient pas aujourd’hui les enfants de nos campagnes les plus reculées.

Les premiers travaux un peu suivis sur la composition des corps et sur leurs propriétés sont dus aux alchimistes des trois ou quatre derniers siècles.

C’est ici le lieu de vous expliquer ce que c’étaient que les alchimistes, genre de savants qui a rendu, sans le vouloir probablement, de grands services à la science qu’ils pratiquaient par égoïsme, par amour des richesses plutôt que pour satisfaire la noble passion des connaissances et de faire faire un pas à l’esprit humain.

Il n’y a pas encore bien longtemps, ies philosophes pensaient que les différents métaux connus alors n'étaient qu'autant de modifications plus ou moins impures de l'or. Ils les avaient classés d’après ces idées en métaux nobles et en métaux vils. L'or, métal noble par excellence, était le roi des autres substances métalliques. Le titre de cette monarchie métallurgique provenait äe la propriété qu’il possédait seul alors avec l'argent, métal noble au second degré, de ne se pas ternir à l'air, c’est-à-dire, comme nous l'apprend et nous le démontre la science aujourd’hui, de ne pas se laisser facilement pénétrer par une partie de Pair atmosphérique, de ne pas se rouiller, comme on dit vulgairement, de ne pas s’oxider, comme on le dit dans le langage scientifique. Les métaux nobles ou parfaits étaient : l'or, l'argent. Les métaux vils ou impurs étaient: le mercure, le plomb, le fer, etc. Partant de ce principe que l'or était un métal pur, que le cuivre, le fer, l’étain étaient des métaux impurs susceptibles d’être ramenés à l’état noble, c’est-à-dire, changés en or par une suite d'opérations, de refontes, de combinaisons, d’alliages et de séparations, les alchimistes se livrèrent à une foule de recherches minutieuses et conduites quelquefois avec beaucoup d’habileté et de patience pour trouver le grand œuvre, la pierre philosophale, c’est-à-dire, la substance douée de la propriété

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d'épurer les métaux et de les transmuter en or. Les mêmes savants de ces siècles d’ignorance recherchaient en même temps que la pierre philosophale l’exilir de vie, qui devait guérir de tous les maux et même rendre immortels les heureux possesseurs de ce secret, que la divinité ne cèdera sans doute jamais à ses créatures.

On se doute bien que ni lPexilir de vie ni la pierre philosophale ne se rencontrèrent au fond des alembics ni des creusets de ces avides expérimentateurs, parmi lesquels on doit compter, comme on peut bien s’en douter, un grand nombre de fourbes, mais aussi quelques philosophes consciencicux et observateurs.

S'ils ne découvrirent ni le moyen de s’enrichir, ni celui de vivre à perpétuité, on leur doit par compensation une foule de découvertes utiles. C'est à leurs recherches que l’on peut attribuer presque toutes les préparations pharmaceutiques où entrent des métaux. C'est l’un d'eux qui à découvert le phosphore, substance élémentaire qui joue un si grand rôle dans le règne animal. C’est à leurs recherches qu'on a dû les meilleures méthodes d'extraire plusieurs métaux de leur minerai; et la découverte mêine de quelques-uns de ceux qui ont reçu aujourd’hui de nombreuses applications, celle du zinc par exemple, est due à Paracelse qui était le chef des alchimistes du seizième siècle. Cet homme, illustre du reste par ses travaux, se vantait tout haut de porter dans le fourreau de son épée le remède universel qui devait le soustraire à la mort. Il était, comme on peut le croire, l’oLjet de l’admiration de ses disciples qui travaillaient avec ardeur à chercher son secret. Ils sacrifaient à l’envi leurs temps, leurs veilles, leur santé et leur fortune à mille tentatives diverses qui ne réussissaient point, mais qu’ils recommençaient toujours avec une persévérance et des espérances nouvelles. Les uns inventaient des fourneaux où le feu était entretenu pendant des années entières ; d’autres imaginaient des alembics de figures fantastiques, sous forme de griffons, de dragons, de phénix,

de serpents, ete. Tous se vantaicent d’être sur le point d'atteindre leur but, la découverte du secret précieux de Paracelse, qui ne le voulait communiquer à personne, de crainte, disait-il, que la terre ne pût bientôt plus suffire à ses habitants et que lui-même ne vint à mourir de faim par suite de sa propre découverte... Ils en étaient 1à lorsqu'ils apprirent tout-à-coup la mort soudaine de Paracelse qu’une courte malatie, aidée peut-être de son remède, emporta à Pâge de quarante-huit ans !

Eh bien! cette déconfiture n'arrêta point les alchimistes, et ils continuèrent leurs recherches quoiqu’avec moins de bruit et de vanterie, se contentant, après s'être ruinés eux-mêmes, de faire des dupes parmi les princes et les riches ignorants auxquels ils vendaient bien cher le secret prétendu de faire de l'or. On trouve par exemple dans l'histoire de l’alchimie, sur laquelle je ne me suis étendu autant que pour vous faire connaître les commencements de ia belle et utile science qui en est découlés en quelque sorte, on trouve, dis-je, le fait d’un prince qui paya de toute sa fortune un morceau d’une substance nouvelle au moyen de laquelle il pouvait transformer le plomb en or en prononçant quelques mots cabalistiques et en la faisant chauffer dans un creuset et la remusrs avec une baguette. Cette substance précieuse n’était rien autre chose qu'un sel volatile comme le sel ammoniae, ct la baguette de fer creux renfermait un amalgame d'or et de mercure, lequel descendait par des petites ouvertures dans le creuset. Le plomb s’oxidait et était enlevé sous forme de crasse au moyen â'un écumoir, le mercure se vaporisait par la chaleur, et l'or pur et brillant restait au fond du vase, à la grande joie du prince qui se croyait déjà maître du reste de l'univers ; lorsque, peu de temps après son acquisition, il chercha en vain pour le consulter le savant qui avait jugé prudent de se rendre en pays étranger. Le-bon prince voulait le consulter sur une chose qui commençait à l'inquiéter.. Depuis quelques jours

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ie plomb disparaissait bien comme auparavant du creuset, mais, comme on peut s’en douter, il n’y restait plus rien.

Cet alchimiste est le seul qui ait trouvé la fortune pour lui-même en cherchant le moyen de faire de l'or; mais le bon prince, dont je ne me rappelle plus le nom, n’est pas le seul qui s’y soit ruiné,

Il ne faudrait point croire pourtant, d’après ce que je viens de dire, que la science se soit bornée jusque-là à des recherches du genre de celles que je viens de mentionner ; mais, comme je l’ai déjà expliqué, les connaissances chimiques proprement dites se composaient d’une foule de faits eurieux ou utiles, mais rien n'était coordonné ; le défaut d'instruments suffisamment délicats pour bien suivre des expériences et en tirer des conclusions rigoureuses, et l’habitude pédantesque des anciennes écoles qui voulaicat tout réduire au simple raisonnement métaphysique, sans égard aux faits sur lesquels doit se fonder toute théorie scientifique, dureut empêcher des nommes d’un génie supérieur de faire faire aux sciences naturelles des progrès aussi rapides que ceux qu’a faits la chimie depuis les cinquante dernières années, Pour ne citer qu’un exemple frappant de ce que peut le genre humain, et en même temps aussi, combien le génie le plus vaste, le plus lucide, le plus puissant est arrêté s’il n'a pas l'avantage de l’expérimentation, je rappellerai qu'à une époque bien rapprochée de nous, Newton, ce grand homme qui par le calcul et le raisonnement découvrait les lois qui retiennent les astres dans l’espace et les font se mouvoir avec une admirable régularité, ignorait la composition de l’eau ; mais il avait déclaré que sa propriété de réfracter les rayons solaires devait faire présumer que cette substance était ou renfermait un combustible, Les découvertes de Lavoisier, de Foureray, de Vanquelin, de Cavendish, qui, de 1789 à 85, décomposèrent de l’eau et la recomposèrent de toutes pièces, vinrent établir l'exactitude de Phypothèse de Newton, puisqu'ils démontrèrent par une double preuve que l’eau se compose du gaz hydrogène, l'un

des corps les plus combustibles de la nature, et du gaz oxigène dont le rôle principal est d'entretenir la vie et la combustion !

L'hypothèse de Newton nous donne la mesure de la puissance de l’esprit humain ; les découvertes des chimistes dont j’ai cité les noms nous montrent ce que peut espérer aussi l'esprit himain armé des moyens d'interroger les secrets de la création par l'expérience et le calcul.

Avant d’entre’ dans le développement de la science chimique, dont je devrai vous faire l'exposé dans le cours de nos lecons, je vous dois un court résumé de son histoire et, pour terminer notre première séance, l’énumération de ses applications utiles.

Si les anciens, dès la plus haute antiquité, connaissaient une foule de propriétés des corps qu’ils appliquaient à des usages utiles, ce n’est que vers le huitième siècle de notre ère qu’on trouve quelques notions exactes sur l’état des connaissances chimiques. (C'est vers ce temps que vécut le célèbre Géber, fondateur de l’école des chimistes arabes qui recherchaient, comme les alchimistes plus modernes dont je vous ai parlé, la pierre philosophale. C’est à cette époque à peu près, qu’on attribue la découverte de l’art de la distillation, dont je vous entretiendrai assez longuement dans l’une de nos prochaines leçons. Les arabes la cultivaient seuls alors. Rhazès, Avicenne, Mesne, Averroës ont laissé des noms célèbres.

Les connaissances chimiques des arabes pénétrèrent en Europe dans le douzième siècle. Les maures d’Espagne les apportèrent d'Afrique en 1150. Le moine anglais, Roger Bacon (vers 1230), est le premier chimiste que les chrétiens d'Occident aient eu. On trouve dans ses ouvrages l’indication d’une foule de procédés dont la découverte a été regardée longtemps comme d’origine moderne. La poudre à canon y est décrite dans sa composition sous forme émigratique, et dans ses effets avec une grande exagération.

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Albert de Bolstadt, né en Souabe en 1205, a laissé une réputation égale presque à celle de Bacon, sous Île nom d'Albert le grand.

Arnauld de Villeneuve et Raymond Zulle, son élève, s’illustrèrent par les progrès qu'ils ont fait faire à la science. Jean de Meunq, auteur du roman de la Rose, l’un des plus anciens monuments de la langue française, était un alchimiste de grande célébrité. Il vivait au commencement du quinzième siècle, en même temps que Paracelse, dont je vous ai déjà parlé, que Riplée, que Basile Valentin.

Après eux, la secte des philosophalistes, c’est-à-dire, de ceux qui recherchaient la pierre philosophale, s’efface peu à peu. Leurs successeurs qui furent Van Helmont, Cassius, Libavius, Glauber, Agricola, Palissy entrèrent dans une voie meilleure et enrichirent la science de produits nouveaux et utiles.

Dès 1630, Jean Roy, médecin du Périgord, reconnut que l'augmentation du poids des métaux combustibles calcinés au contact de l'air, tenait au ‘“ meslange de l’air espaissi.”

Nicolas Lefebvre fut le premier professeur de chimie en France ; il enseignait au jardin des plantes sous Louis XIV. Glazer et Lémery lui succédèrent et s’acquérir de la célébrité.

Après Homberg, qui vécut dans le même temps, vinrent Becher, puis Stahl (d’Anspach) qui s’acquit une juste renommée par sa théorie du phlogistique, qui, quoique fausse, était un progrès par la portée qu’elle eut et qu’elle imprima à d’autres hypothèses que l’expérience vint appuyer.

Scheele, né à Stralsund en 1742, Priestley, né dans le Yorkshire en 1733, et surtout Lavoisier, dont le premier mémoire parut en 1770, renouvelèrent la chimie vers la fin du siècle dernier. C’est à Priestley qu'est due la découverte de l’oxigène ; mais c’est à l’illustre et infortuné Lavoisier que revient l'honneur d’avoir démontré l'immense importance de ce corps, et d’avoir détrôné le phlogistique. C’est lui qu'on doit regarder comme le véritable auteur de la belle nomenclature dont la France a doté le monde savant.

Guyton, Morveau, Geoffroy, Proust, Berthollet, Fourcroy ont contribué à la gloire de l’école française si justement célèbre et à l'avancement de la science.

Dalton, Davy, Faraday et une foule d’autres ont aussi contribué à la gloire de l'Angleterre. C’est au premier qu'est due l’idée du système atomique ; c’est le second qui a fait connaître, à l’aide de la pile voltaïque, un si grand nombre de corps simples nouveaux, entre autres, le potassium et le sodium, singuliers métaux qui s’enflamment lorsqu'on les projette à la surface de l’eau.

Les allemands Wenzel et Richter jetèrent, de 1777 à 1792, les premières bases de la théorie des équivalents.

Enfin, les découvertes de MM. Liebig, Gustave, Rose Vœæhler et surtout de l’illustre Berzélius, en Suède, ont notablement augmenté les domaines de la science et l'ont portée, avec les Pelouze, les Orfila, les Sténard, les Dumas en France, les Thompson, les Graham en Angleterre, les Hare dans l’Amérique, au degré de perfectionnement qu’elle a atteint aujourd’hui, et qui pourtant promet tant de découvertes intéressantes et utiles pour l'avenir,

Après avoir cité les hommes à qui la science est redevable de ses progrès, il convient d’énumérer les applications principales pour lesquels les arts et l'humanité sont redevables à la science ; cela nous démontrera que l'utilité de son étude n'est restreinte à aucune classe particulière des membres de la société, mais que tous sans exception, en peuvent retirer quelque avantage ou satisfaire une noble curiosité.

’admirateur de la nature découvre tous les jours, à l'aide de la chimie, de nouveaux sujets d'étude, d’étonnement, d’adoraiion pour l’auteur de toutes choses. Les objets les plus petits, les nlus négligés, lui apparaissent tout-à-coup sous un jour nouveau plein d'intérêt. Des animaleules invisibles ne sont plus des accidents inutiles ou inexplicables dans la création, mais des ouvriers innombrables obéissant à une volonté suprême pour accomplir une œuvre merveilleuse que le génie de l'homme, accumulé d'âge en âge et À

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jamais, ne saurait comprendre toute entière, Lien que de jour en jour il en lise quelque page nouvelle. C’est la chimie qui a montré à l’homme que des amas énormes de minerai de fer, accumulés pendant des siècles, ne sont que les carapaces de petits êtres animés jadis et vivant au milieu des courants d’eau qui les entraînent dans le sol pour le féconder. C’est elle qui explique au physiologiste le phénomène de la respiration et qui lui montre comment, par une admirable loi de l’atmosphère qui nous entoure, les poumons, véritable fournaise où se brûle du charbon comme dans les poêles de nos demeures, y trouvent plus de chaleur en hiver qu’en été pour compenser celle que perd le corps humain en plus grande abondance dans la première de ces saisons. C’est la chimie qui suit pas à pas dans l'air, dans l’eau, dans la terre, dans les plantes, les substances, les fliides presque insaisissables qui servent à la nourriture, à la charpente, à la vie, à la force des animaux. C’est cette science qui nous déroule le spectacle plein de grandeur que la nature nous offre dans la sublime simplicité de ses moyens. C’est elle, par exemple, qui nous montre l’eau des pluies, chargée de Pacide carbonique de l'air, tombant sur nos collines calcaires où elle se charge de carbonate de chaux qu'elle verse en ruisseaux innombrables dans le Saint-Laurent, qui le porte à locéan où des animaux microscopiques s’en emparent pour construire leurs imperceptibles demeures, dont des millions ajoutés les uns aux autres forment ces rochers de corail qui serviront de base aux empires qui se préparent ainsi, à la voix de Dieu, pour l’avenir de l'humanité. Enfin, c'est la chimie encore qui nous montre comment, dès que l’homme ou les animaux ont fourni leur carrière et que la vie qui les animait a cessé, les éléments qui composaient leurs muscles, leurs os, leurs nerfs, leur sang, et qui étaient demeurés assujettis à la force vitale, reprennent tout-à-coup une sorte d'activité pour se séparer et aller animer de nouveaux êtres ; la fermentation s'établit, les gaz emprisonnés se répandent au loin dans l'atmosphère, tandis qu’une mouche

vient pondre ses œufs ; il en naît des milliers de larves qui, repues de sang, de chair, se métamorphosent, prennent des aîles à leur tour et portent encore en tous sens les matières dont elles se sont emparées.

Je pourrais m’étendre à l'infini sur les merveilles dont la science que j'ai entrepris d’étudier avec vous nous déroule le magnifique tableau et dont la simple énumération nous pourrait occuper bien longtemps encore ; je me contenterai de faire observer que si le philosophe peut en tirer d’intéressants sujets de réflexion, les hommes dont la vie doit être activement employée aux professions libérales, comme celui qui se destine à l'exercice des métiers les plus humbles, doivent encore chercher là les connaissances qui leur sont le plus nécessaires. L’agriculteur, le peintre, le forgeron, le ferblantier, l’ouvrier imprimeur, le graveur, le tanneur, le teinturier, le potier, le verrier ne peuvent faire, avec un succès constant, une seule opération dans leur art respectif sans une connaissance des principes généraux et de l'application de quelque partie de la chimie.

Aux médecins elle est indispensable pour comprendre l'effet et la préparation des médicaments. Les avocats, à qui sont confiés tant d’intérêts divers, ne sauraient ignorer une science qui est appelée si fréquemment devant les tribunaux pour y signaler des falsifications d'objets de commerce, ou des substances déiétères employées à des crimes. Un avocat chimiste sauva la vie d’un accusé, vers le commencement de ce siècle, en prouvant que l'analyse à laquelle avaient eu recours les docteurs-jurés pour reconnaître la présence supposée d’un poison, n’était pas concluante, et que des substances alimentaires fournissaient, sous action des réactifs employés, des signes et des produits semblables. Cet homme non seulement sauva la vie d'un innocent, mais, en faisant abandonner un système vicieux d'analyse, il rendit service à la société toute entière.

Enfn, il n’est pas jusqu’à la mère de famille, la ménagère, la cuisinière qui n’ait d’utiles leçons à tirer d’une

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connaissance des notions élémentaires de la chimie, qui lui indiquera, par exemple, que la magnifique couleur verte donnée aux cornichons des magasins et dont elle envie la recette, leur vient d’une substance vénéneuse, le vert-degris; qui lui fait aisément reconnaître si la toile qui la tente par sa fermeté, la doit à l'épaisseur de son tissu ou à l’empois qui lui sert d’apprêt ; qui lui montre pourquoi il est dangereux, bien qu’on ne le fasse que trop souvent, de préparer des gelées, des confitures ou des assaisonnements dans des vases de cuivre; qui lui indiquera enfin les conditions essentielles à la fermentation si elle veut composer elle-même des breuvages purs et salutaires.

Tel est, messieurs, le court aperçu des avantages que peut procurer la science dont nous allons étudier ensemble les principes et les principales applications à la médecine, aux arts et aux manufactures. J'espère que vous m’accorderez votre indulgence, votre aide et même quelquefois, s’il est nécessaire, vos suggestions dans un enseignement qui, pour être nouveau pour moi, n’en pourra pas être moins efficace pour vous, car, éprouvant le désir d'apprendre moi-même des principes ou des faits nouveaux, je devrai le plus insister sur ceux qui m'auront paru le plus obscurs, et cela devra nécessairement m’entraîner à des développements et à des expériences sur lesquels des professeurs plus savants eussent passé à la légère. En un mot, messieurs, l'espoir de vous apprendre beaucoup ne naît pas de ce que je crois savoir beaucoup, mais de ce que je veux moi-même beaucoup apprendre. Aidés des auteurs les plus renommés de la France et de l'Angleterre, et d’un laboratoire qui, pour n'être pas vaste, suffira, je l’espère ; aidés d’un mutuel concours, d’un double zèle et d’une mutuelle indulgence réclamée pour moi et, par conséquent, offerte par vous, nous avons tout lieu d'espérer que les débuts et les premiers résultats de l’école de médecine de Québec ne seront pas inférieurs à ceux des institutions aujourd’hui les plus prospères.

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