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à propos des grands travaux dart et d’amélioration. La fin de la société, c'est l’homme, c’est le bonheur, c’est Pavancement moral et intellectuel de Pespèce humaine entière. La propriété, ce n’est, ce ne doit être qu'un des moyens employés pour parvenir à cette grande fin. Que veulent dire alors toutes ces lois et coutumes si soigncusement calculées pour conserver intégralement dans certaines classes toutes les richesses d’un pays, laissant les masses dans l'impuissance permanente d'améliorer leur sort? Les anciens Grecs et Romains, comme les peuples de PAsie de nos jours encore, étaient au moins francs et conséquents ; ils n’admettaient pas la fraternité humaine, et ils traitaient le peuple en esclave. Nous, chrétiens et libéraux, nous avons l'hypocrisie de donner au peuple le nom de frère, et nous lui faisons souvent un sort pire que celui de lesclave. La belle égalité, la belle fraternité que nous faisons à l’homme du peuple! Voyez cet enfant, cet héritier du riche, à qui on prodigue tous les moyens d’instruction et d’avancement ; avec des talents médiocres, nuls même, il est sûr de parvenir à une position sociale des plus brillantes, Abaissez maintenant vos yeux sur cette humble chaumière ; voyez ce pauvre enfant, dans les yeux duquel pétille Pintelligence, dans l’âme duquel Dicu s’est plu à faire réfléter son image divine ; d’après la manière dont nos sociétés en général ont jusqu’à présent traité, chez la grande masse des hommes, l'intelligence, le plus beau don du Créateur à humanité, que va devenir cet enfant du pauvre? Eh bien! À moins de quelque coup imprévu de la fortune, il ne fera qu’un porte-faix, parce qu’il ne pourra aller à une bonne école, même élémentaire. Heureux encore pour lui et pour la société, si cette intelligence comprimée, sans essor, sans direction salutaire, ne fait de lui un grand scélérat, et ne coûte à la société et aux riches, par ses crimes, mille et mille fois plus que la bonne éducation qu'on lui aurait procurée.
Mais que voulez-vous donc? me demandera-t-on. Voulez-vous nous prêcher la loi agraire, la communauté des biens, l’abolition des lois de propriété? prétendez-vous qu'il faille priver un père du plaisir de laisser à ses enfants le fruit de ses longs et pénibles travaux? Non; quand je le voudrais, je sais que je prècherais dans le désert. Nos sociétés modernes ne sont pas en état d’entendre de pareilles doctrines, quoique quelque chose de semblable se soit vu cependant. Chez les Juifs, on avait, tous les cinquante ans, le jubilé qui abolissait toutes les dettes. On sait qu’à Sparte la propriété foncière était divisée également entre tous les pères de famille, et que tous les enfants y étaient élevés aux frais de l’état. Chez les Romains, outre une foule de lois agraires, “toutes inspirées, dit Blanqui, par un vain ‘6 désir de partage des terres et d'équilibre entre les for- “tunes,” il fut passé en différents temps nombre de lois en faveur des citoyens indigents, qu’on secourait sous une forme ou sous une autre. Enfin, lon voit que chez les premiers chrétiens il existait une espèce de communauté de biens, Encore une fois, ce n’est rien de tel que je viens proposer à nos sociétés modernes, pétries, par le haut au moins, d’égoisme et de matérialisme. Je viens leur demander seulement, au nom de leur intérêt autant qu’à celui de leur devoir, d'établir nn contrepoids salutaire, une valve de sûreté à leurs lois actuelles de propriété ou de succession, Je viens leur proposer l’adoption d’un remède doux à un mal social tel que Lycurgue, pour le prévenir à Sparte, n’hésita pas à frapper l’industrie de mort, et que les plébéïens de Rome mirent maintes fois la république en danger dans leurs vains efforts pour Pextirper. Nos lois de succession ont eu partout pour conséquence inévitable la concentration des richesses dans certaines classes de la société, et partant de créer deux peuples ennemis dans la même nation : l’un énervé par le luxe et la mollesse, Pautre abruti par l’ignorance et l’immoralité ; réalisation sociale de la statue de Nabuchodonosor, dont la tête était d’or et les pieds d’argile.
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L'histoire, en vous apprenant quel fut le sort de ces nations, vous prédit le vôtre, chute certaine, chute terrible, chute méritée.
Nous, Canadiens, que des lois vicieuses n’ont pas encore eu le temps de gangréner ; nous chez qui la concentration Se: richesses ne pèse pas encore d’un tel poids dans la haiance sociale, qu’elle puisse opposer à la réforme une résistance insurmontable, profitons du temps pour prévenir le mal, ou le guérir avant qu'il ne soit devenu incurable. Voyez vos frères de votre ancienne mère-patrie : dans moins de quarante ans, ils ont fait deux révolutions, dont l’une a épouvanté le monde. Et qu’y ont-ils gagné, si ce n’est de substituer deux cent mille maîtres aux quelques milliers qu’ils avaient auparavant? Ils avaient la noblesse, ils ont la bourgeoisie, Véritablement, ça ne valait pas deux révolutions à main armée. Et en fissent-ils deux autrés encore, s’ils ne donnaient un correctif aux lois actuelles de propriété et de succession, comme l’eau dans le tonneau des Danaïdes, leur sang aurait encore coulé en vain.
Je veux protéger la propriété, je veux stimuler autant que possible le travail et l'acquisition des richesses ; mais comme la propriété ou la richesse n’est pas la fin, mais un moyen, j'entends subordonner le moyen à la fin. Le fils héritera de son père opulent, oui; mais ce sera à la charge d’instruire le fils du pauvre, afin que celui-ci puisse entrer, avec une certaine chance, en concurrence avec l'enfant du riche, se trouver avec lui sur le pied de quasi-égalité ; car le fils du riche aura pour lui encore la richesse et une position sociale toute faite.
Faites cela, et du pauvre vous faites l’ami du riche, vous refondez votre peuple en une masse homogène et compacte; vous donnez ou préparez la solution du plus grand problême social qui ait occupé les publicistes et les hommes d'état de tous les temps. Faites cela, et alors vous pourrez, la main sur la conscience, parler d'égalité et de fraternité humaine, vous dire chrétiens et libéraux. Sinon, renoncez à ces deux
titres, et quand vous élevez les yeux au ciel, ne dites pas Notre Père, car vous mentirez à Dieu. N’entrez pas non plus dans vos temples, car l’'Homme-Dieu que vous allez y adorer, s’il fût né au milieu de vous, vous l’auriez condamné à Pinfériorité, au mépris, à la croix peut-être. Né dans une étable, élevé dans un humble atelier de charpentier, lui à qui vous élevez aujourd’hui des temples, vous n’auriez pas eu une bonne école à lui offrir. Et ce n’est pas là une vaine déclamation ; je ne fais qu’exposer un fait patent dans le langage le plus simple. S'il y a de l’étrangeté quelque part, clle n’est pas dans mes paroles, maïs bien dans Pénorme et flagrante contradiction que je signale, entre nos croyances et nos actes, entre nos institutions sociales et nos doctrines religieuses et politiques.
Or, messieurs, sachons bien, —et sur ce point l'erreur ou l’obstination serait funeste, —sachons qu’une pareille contradiction entre les faits et les idées ne saurait subsister bien longtemps au sein des sociétés, sans entraîner des conséquences désastreuses. Ouvrant les yeux à la vérité, vous pouvez ménager au cours des idées un lit large et profond, par où viendront et se répandront de tous côtés la vie, Pactivité et l'abondance; ou, vous obstinant dans votre ayeuglement, vous pouvez opposer des digues au torrent : mais alors Île flot populaire ne tardera pas à déborder, entraînant avec lui digues et travailleurs, et semant de toutes parts la ruine, la désolation et la mort ; ou, ce qui sera pis encore, vous réussirez à comprimer, à détendre le ressort populaire, et alors, le cas échéant, vous n’aurez qu’un peuple sans énergie à opposer aux attaques du dehors comme à celles du dedans. Ce n'est pas Jà de la fiction non plus, mais bien de l’histoire, et de la plus authentique.
Voyez, d'un autre côté, le gouvernement absolu de la Prusse: entouré d'états beaucoup plus puissants que lui, il a senti qu’il devait augmenter la force de son peuple, et par À compenser sa faiblesse numérique: qu’a-t-il fait ? il a établi un système d’enseignement populaire que l’on cite, et
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