‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme] (volume 4)Chapitre 66 sur 81 · À ALBION · texte numérisé non relu

À ALBION

Et quel temps fut jamais si fertile en miracles ! Racine, Athalie,

Salut, fière Albion; salut, reine des mers, Ton palais qui s’élève aux frais de l'univers, S’enrichit chaque année, Et les blancs escadrons de tes nombreux vaisseaux Enfin ne laissent plus de parages nouveaux A l’onde consternée.

La vapeur a sifflé sous ta puissante main,

Et, comme l’éclair donne à la foudre un chemin, À lancé par le monde

Tes haves Irlandais et tes marchands vermeils,

Tes fantastiques n œurs, ton orgueil sans pareils, Et ta ruse féconde.

Tu dis ; et comme au temps du sage Salomon,

Quand les heureux destins de Tyr et de Sidon Subjuguërent les vagues,

Te cédant leurs trésors et recevant la loi,

Les peuples du lointain s’endorment pleius de foi En tes promesses vagues.

Tu dis ; et les hourrahs de tes vieux matelots, Les ennemis vaincus en roulant sur les flots Proclament les désastres ; Tes Bretons sont partout, et partout triomphants, Et si la terre un jour manquait à tes enfants, Tu peuplerais les astres !

C’est bien, mère adoptive, à ton sein glorieux Que chaque jour suspende un peuple tout joyeux De sa mère nouvelle ; C’est bien, brillante reine, à ta couronne d’or Que mille diamants se rattachent encor, Qu’elle soit la plus belle !

Tes combats sont finis, ton arme désormais, Sur les deux océans, ton arme, c’est la paix, Cette paix adorée,

Qui livre à tes calculs, aux chiffres monstrueux, Le monde esclave fier d’un joug voluptueux D'une chaîne dorée.

Mais l’orage a grondé; de l’Europe endormie

Dissipant tout-à-coup la lourde léthargie, Quels longs gémissements !

Quelle clameur immense et quelle multitude

De voix et de rumeurs troublent ta quiétude De leurs frémissements !

Le monde va crouler, du moins si l’on en juge

Par la terreur des rois, qui n’ont plus de refuge Contre la liberté.

A ses vieux errements le Vatican rebelle

À lancé sur l’Autriche une foudre nouvelle :

La sainte égalité.

La France, ce géant de la pensée humaine,

Encélade nouveau qu’on tenait à la gène Sous de trompeuses lois,

De sa couche de feu, impatient esclave,

Vomit de tous côtés la bouillonnante lave Pour la troisième fois.

Le torrent lumineux fera le tour du globe :

A sa course applaudit l’Allemand francophobe Sur l’autre bord du Rhin ;

Il n’est plus un grand duc, ni margrave qui tienne,

Et demain vous verrez un parlement à Vienne, Un sénat dans Berlin.

Au livre de l’histoire une nouvelle page

Qu’annoncèrent jamais ni prophète, ni sage, A nos regards a lui ;

De prodiges sans nombre une foule indicible

Se disputent le pas : toute chose impossible Est probable aujourd’hui.

Pour chanter ses revers, Louis-Philippe, peut-être,

Soupire dans l’exil un plaintif héxamètre, Et Lamartine est roi!

On proclame à Lyon la république au prône,

L’autel, à ses côtés, voit s’abîmer le trône

Sans témoigner d’effroi !

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Eur. TT 26

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Ecoute maintenant, 6 la reine des mers ;

Que dis-tu du tableau que donne l’univers A ta vue étonnée ?

Pense:-t: jur miracle, au milieu des débris

De lPEu,5 ,1.1der intacte en tous ses plis Ta vaarte surannée ?

Que dis-tu de l’Irlande et martyr et bourreau,

Opprobre dévorant qui s’attache à ta peau Comme un remords au crime ?

Combien de temps encore espères-tu pouvoir

Bercer, en l’endormant d’un chimérique espoir, Ce mendiant sublime ?

Combien te faudra-t-il encor de bataillons

Pour combattre et dompter deux monstres en haillons, La fièvre et la famine ?

Les trésors de fureur qu’amassait O’Connell,

Sont là près d’éclater : O’Brien et Mitchell Feront sauter la mine.

Que dis-tu de l’Ecosse où le chartisme étend,

Des rochers à la plaine et de la ville au clan, Sa furieuse ligue ?

Penses-tu que l’on puisse étouffer les complots,

Que fabrique en plein air un peuple aux larges flots, Par l'or ou par l’intrigue ?

Connais-tu le passé, sais-tu quelle est la main Qui fit crouler un jour le colosse romain De l’un à l’autre pôle ?

Sais-tu quel fut le sort des proconsuls altiers, Valets vêtus de pourpre, et de peuples entiers Tyrans à tour de rôle ?

Entends-tu dans les airs, comme aux temples payens, Quand grandissait déjà le culte des chrétiens,

Des clameurs fatidiques ?

‘ Peuples de rois, les rois comme les dieux s’en vont, La couronne du monde insulte sur ton front

Aux jeunes républiques.??

Pourtant si tu voulais, tu pourrais voir encore Par des siècles sans fin, du couchant à l’aurore Ton nom glorifié.

Il est un mot magique au plus fort de l’orago Qui des vents furieux sait conjurer la rage ; Ce mot, c’est: Liberté !

Dis-le ce mot sacré, dis-le donc à l’Irlande, Qui dans son agonie en vain te le demande Avec des pleurs de sang ; Dis-le pour les colons que t’a légués la France, Et dont tu méconnais la fidèle vaillance, Aux bords du Saint-Laurent.

Dis-le pour tout le monde, et surtout dans la joie

De la sainte mission que le Seigneur t’envoie, Ne vas pas oublier

Les vieillards accablés sous le poids de l’ouvrage

Ni les pauvres enfants, que renferme avant l’âge Un fétide atelier.

Liberté, qui pour tous, et par toute la terre !

Pour les esclaves blancs d’Irlande et d’Angleterre, Pour les noirs du Congo.

Alors tu cueilleras une palme immortelle

Plus noble et plus riante et mille fois plus belle Qu’aux champs de Waterloo.

Alors tu pourras voir démolir l’édifice

Qu’avait construit des rois le constant artifice, Sans la moindre terreur.

Les peuples délivrés chanteront tes louanges ;

Pour te récompenser, du haut des cieux, les anges Répèteront en chœur:

‘ Salut, fière Albion, salut, reine des mers, Ton pouvoir qui se prête aux vœux de l’univers, S’affermit chaque année, Et les blancs escadrons de tes nombreux vaisseaux Enfin ne laissent plus de parages nouveaux A l'onde consternée.??

P. CHauveau.

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