TOME II 14 ï
O chêne, que ton nom résonne sur ma lyre, Toi dont l'ombre autrefois rafraîchit mes aïeux. J'ai souvent entendu le souffle de zéphire Soupirer tendrement dans tes rameaux noueux.
Alors l'oiseau du ciel, dans sa course sublime, Montait, redescendait et, caché dans ta cime, Il enivrait les airs de chants mélodieux.
Et dans un coin obscur de ton épais feuillage I1 déposait son nid à l’abri de l’orage,
Entre la terre et les cieux.
Mais depuis a passé le vent de la tempête ;
La foudre a dispersé tes débris glorieux :
Le hameau cherche en vain ta vénérable tête
Se dessinant au loin sur la voûte des cieux :
I1 n’aperçoit plus rien dans l’espace vide.
Au jour de la colère une flamme rapide
Du vieux roi des forêts avait tout effacé.
Hélas ! il avait vu naître et mourir nos pères,
Et l’ombre qui tombait de ses bras séculaires, C'était l'ombre du passé.
F. X. GARNEAU
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