À FLORE
Te souviens-tu de ces vœux de jeunesse, De ces serments que, riches de tendresse, Nos cœurs aimaient à répéter ?
Te souviens-tu de ces larmes brûlantes Que sous ton œil je voyais s'arrêter ?
Comme sur tes lèvres tremblantes Les miennes se pressaient alors !
Oh ! qu’ils étaient doux nos transports !
Te souviens-tu de ces sites agrestes Vers lesquels chaque jour nous dirigions nos pas ?
De ces épanchements, de ces rêves célestes? . . Dis-moi, Flore, dis-moi, ne te souviens-tu pas Que tu voulais alors m’aimer jusqu’au trépas ? Et moi, dans mon fiévreux délire, Je te jurais fidélité ; Je mêlais au son de ma lyre Ton nom, tes vertus, ta beauté.
Alors mes yeux, dans toute la nature, Croyaient trouver tes formes, ta figure :
Tout mon sang était à toi, Tu m'étais la vie à moi.
Un peu plus tard, et notre flamme S'attiédissait, brûlait moins l’âme ; Ton front appuyé sur le mien N'était plus gai, serein comme naguère ; Nous nous offensions pour un rien, Et pour un rien affections la colère :
Un ennui vague accompagnait Nos entretiens, nos promenades ; Nos serments d'amour étaient fades ; Souvent l’un de nous dédaignait De répondre aux tendres œillades Que l’autre lançait froidement.
Plus tard encore, avec indifférence:
Je te voyais sourire mollement Aux tendres soins, aux feux d’un autre amant : Tu me voyais avec insouciance Presser le bras d’une autre idole.
Ainsi l’homme gémit, s’agite, rampe, vole Pour ce qu’il nomme le bonheur ; Et la chimère de son cœur Lui sourit-elle, il l’abandonne ; Pour une autre il se passionne.
P. PETITCLAIR.