SCÈNE XII
BELLIRE, DELORVAL.
BELLIRE (#anf).—Ah ! ah! ah ! etc.
DELORVAL.—Ce cher ami ! ce cher Bellire! (77 «x
presse la main.) BELLIRE (tant loujours).—Ah ! ah ! ah! etc.
DELORVAL.—Ma foi, la maladie me gagne. (//s rient tous deux.)
BELLIRE (riant toujours).—Ah ! ah! ah!
DELORVAL.—Mais qu’a-t-il donc encore ce matin ?
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BELLIRE.—Une farce, mon cher, une farce, ah! ah! ah !
DELORVAL.—Ah ! bien ! mais tu vas me raconter cela, j'espère.
BELLIRE.—Oui, oui, je vous en ferai part . . . Mais comment se porte mon cher ami, mon meilleur ami, l’ami pour lequel je donnerais ma vie, s’il le fallait? (Z/s se donnent la main. Delorval prend un air riant.) Que je suis aise de vous voir encore ce matin tout radieux, tout sautillant, tout jeune! Sur mon honneur, l’âge n’a aucun pouvoir sur vous; c’est sans flatterie. (//s s'asseyent à chaque bout de la table.)
DELORVAL.—L, âge, dis-tu? mais je ne suis pas si vieux, Bellire. J'ai eu soixante . . . soixante. et. . . quatre. . . la veille de la Saint-Jean-Baptiste. Tu n’appelles pas cela un vieillard, sûrement, soixante et quatre.
BELLIRE.— Du tout, cher ami. Ce que je veux dire, c'est qu’on ne vous donnerait jamais cet âge-là. Le plus rusé physionomiste s’y tromperait. Pour ma part, je ne vois en vous qu’un homme dans la vigueur de l’âge.
DELORVAI..—Je te crois, Bellire. Bien ! nonobstant tout cela, il y en a qui s’obstinent à me traiter du nom de vieillard ! N'est-ce pas horrible ? hein ? vieillard !
BELLIRE (rianf).—Ah ! ah! ah! etc.
DELORVAL.—Comment ! tu ne le crois pas ?
BELLIRE.—Je ris de la farce.
DELORVAL.—Vieillard! Bellire.
BELLIRE.—Ce sont des cruches que ces personnes-là. Ce n’est pas l’äge qui fait le vieillard, monsieur Delorval, ce n’est point l’âge, soyez-en sûr, c’est, . . (4 part.) Diable m’emporte si je sais quoi dire. (Æaur.) Voyezvous, monsieur Delorval, un jeune homme peut être un vieillard ; vous n’avez pas l’air d’un vieillard, donc vous n'êtes pas un vieillard. Voilà ce que c’est que de
h!ah!
ter cela,
Mais
ni, l’ami (As se Que je ux, tout 'âge n’a ie. (Z/s
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Baptiste.
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eux dire, Le plus art, je ne 'âge.
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onnes-là.
Delorval, A part.) Voyezêtre un bne vous que de
raisonner, Ces gens-là n’ont pas appris leur logique, voyez-vous.
DELORVAL (à part).—Il a de l’esprit, le coquin ! BELLIRE.—Mais je n’ai pas le plaisir de voir made-
moiselle votre nièce, ce matin, j'ose espérer qu'elle est en bonne santé,
DELORVAL,—Mieux que jamais, mon cher.
BELLIRE.—J'en suis ravi. (// songe.)
DELORVAL (après quelques moments).—Mais qu'as-tu donc, Bellire ? tu me parais rêveur.
BELLIRE.—Bien ! oui, j'ai quelque chose qui me tarabuste l’esprit; voyez-vous, mon cher monsieur Delorval, plusieurs de mes amis font demain une partie de plaisir au lac Calvaire . . Vous connaissez l'endroit ?
DELORVAL.—Si je le connais ?
BELLIRE.—Délicieux, n’est-ce pas ? Eh bien ! je suis des leurs . . ,
DELORVAL.—Mais il n’y a là rien de si chagrinant, Bellire.
BELLIRE.—Vous allez voir. Imaginez-vous que l’autre jour, mon gris-pommelé, qui est fougueux comme tous les diables, a pris l’épouvante, et ma voiture a été brisée, fracassée de telle manière qu’il m’est impossible d’en faire aucune chose.
DELORVAL.—Eh mon Dieu ! n’est-ce que cela? Est-ce que je n’en ai pas, moi, de voiture ? Et que diantre ne parlais-tu ? Ma voiture t’appartient comme à moi. Tout ce que je possède est à ton service. Voyez donc, tiens, tiens, il se chagrinait pour une bagatelle. Je t’enverrai ma voiture et mes deux chevaux, demain matin, à l'heure que tu voudras.
BELLIRE.—Cher Delorval ! vous êtes trop bon, vraiment. Vous allez peut-être penser que je parlais à dessein . , , mais.
DELORVAL.—Tiens, en voilà üne idée !
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BELLIRE.—Au contaire, allez. (Æiant,) Ah! ah! ah! cette maudite farce ne peut pas me sortir de la tête,
DELORVAL.—Bon ! je te vois rire, eh bien! je suis content, car c'est une marque que tu l'es aussi.
BELLIRE.—Je le serais encore plus, si je savais que vous eussiez pensé à ce dont je vous entretiens depuis quelque temps.
DÉLORVAL.—]J'y ai songé, Bellire.
BELLIRE.—Voyez-vous, mon cher monsieur Delorval, ce n’est. que dans votre intérêt que je vous donne un tel conseil. Vous savez vous-même que, bien que l'apparence soit en votre faveur, comme je vous le disais il y a un instant, vous n'êtes pas toujours jeune ; je veux dire que vous ne pouvez pas vaquer avec autant d'activité qu’un jeune homme aux diverses affaires qui vous requièrent personnellement, outre que quand on est riche on ne peut être exempt d’inquiétudes ; cela vous le savez.
DELORVAL.—C'est vrai.
BELLIRE.—Donc, comme je vous ai déjà dit, une
donation en faveur de quelque personne, de quelque ami. . . car vous comprenez qu’il faudrait que ce fût un véritable ami sur lequel vous puissiez compter . . . une donation en sa faveur, dis-je, serait votre affaire, Vous vous trouveriez alors exempt de toute inquiétude, de tout trouble. Les soins les plus assidus vous seraient donnés par des domestiques zélés, fidèles, et surtout honnêtes ; un cercle d’amis de votre choix vous ferait passer agréablement chaque jour où vous n'iriez pas faire quelque petite excursion de plaisir. En un mot, vous jouiriez exactement des mêmes avantages que ceux dont vous jouissez maintenant, moins le trouble et les inquiétudes, comme je viens de vous dire, et ce n’est pas peu dire.
DELORVAL.—Je t'ai mille obligations, mon cher Bellire, pour tes bons avis. Après de sérieuses réflexions, je me suis enfin décidé à les suivre ; car, vois-tu, Bellire, comme
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tu viens justement de me le faire observer, je m'aperçois que les affaires commencent à me fatiguer.
BELLIRE.—EÆEt voilà ce que je voudrais vous éviter, la fatigue : elle pourrait vous être funeste à votre âge ; non pas que je vous considère comme un vieillard, mais vous n'êtes pas toujours un jeune homme.
DELORVAL.—C'est cela. Je vais donc faire donation entre vifs de tous mes biens, Bellire.
BELLIRE.—Comme je prends part à tout ce qui vous intéresse, mon cher monsieur Delorval, pourrais-je, sans indiscrétion, savoir le nom de la personne en faveur de laquelle la donation va être passée ?
DELORVAL.—C'est un ami, c’est un jeune homme en qui j'ai la plus grande confiance. Il n’est pas loin d'ici. Voyons, je te le donne en quatre. Je suis certain que tu approuveras mon choix.
BELLIRE.—Que sais-je, moi ? c’est peut-être ce grand musicien qui préfère une gigue à un opéra de Rossini, et que je vis l’autre jour ici? . . Il ne ferait que vous faire sauter . . . vos écus dans sa cassette.
DELORVAL.—-Ce n’est pas cela.
BELLIRE.—Oh ! je parie que c’est ce petit médecin qui, pour arracher une dent, en fait sauter trois ou quatre avec un morceau de la mâchoire, pour être plus sûr de son
coup. Vous ne vivriez pas longtemps avec lui, par exemple.
DELORVAL (riant).—Ah ! ah! ah! Ce n’est pas cela, ce n’est pas cela. Comment, tu ne devines pas ? Je te dis qu’il n’est pas loin d’ici. C’est .
BELLIRE.—Ma foi ! je ne sais pas. (4 Part.) Enfin m'y voilà.
DELORVAr.—Auguste Richard. (//s se lèvent. Bellire très surpris.) Vois-tu, c’est un jeune homme sur la probité et l’honneur duquel je peux compter. D'ailleurs il
doit bientôt être mon neveu, et c’est surtout cette dernière TOME II
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raison qui m'a porté à passer la donation en sa faveur, Sans cela, mon cher Bellire, tu peux être persuadé que nul autre que toi n'aurait été le donataire. Mais tu ne seras pas oublié, et j'aurai soin de faire insérer une clause en ta faveur, Hein? n’est-ce pas bien comme cela ?
BELLIRE.-—-Auguste !
DELORVAL.—Oui, Auguste, mon premier commis.
N'avais-je pas raison de te dire qu'il n’était pas loin ? En bas, au comptoir.
BELLIRE.—Auguste !
DELORVAL.—Oui, Auguste. Comment ? est-ce que tu n'approuverais pas mon choix ?
BELLIRE.—Auguste ! monsieur Delorval ! Est-il revenu tard ce matin ?
DELORVAL.—Comment, tard ?
BELLIRE.—ÆEh bien ! oui ; c’est que, voyez-vous . mais non. . . je n’en ferai rien . . . je déteste la médisance.
DELORVAL.—Que veux-tu dire ?
BELLIRE.—Voyez-vous, il a été vu dans un certain lieu .
DELORVAL (se fâchant).—Auguste ?
BELLIRE.—Oui, monsieur Auguste, votre commis.
DELORVAL.—Dans un certain lieu, dis-tu ? Et quel est ce lieu ?
BELLIRE.—Oh! . . . c’est. . . mais non, . . c’est tout à fait contre mon caractère que de me mêler des affaires des autres ; à moins qu’on ne soit, comme vous, cher Delorval, une personne au bonheur de laquelle je m'intéresse.
DELORVAL.—C'est pourquoi, Bellire, tu dois me communiquer tout ce que tu sais sur son compte. Je te prie de le faire. Dans quel lieu a-t-il été vu ?
BELLIRE.—Puisqu’il faut le dire, c’est dans une
a faveur.
uadé que [ais tu ne ne clause ela ?
commis.
loin ? En -ce que tu t-il revenu
OUS , … déteste la
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,. . c'est mêler des mme vous, laquelle je
s me com- Je te prie
dans une
certaine hôtellerie, rue Champlain. Il paraît qu'il est bien connu dans ce quartier-là. On l’appelle l'hypocrite, par son aptitude extraordinaire à feindre la vertu en présence de , . . Mais le mot hypocrite dit tout . Malheureusement il a un autre nom.
DELORVAL.—Quel est-il? Vite.
BELLIRE.—Oh ! cela ne me regarde pas, moi ; pourquoi le dirais-je ?
DELORVAL.—Mon petit Bellire, je t'en prie.
BELLIRE.—Celui de libertin, débauché.
DELORVAL.—Auguste ! hypocrite ! débauché ! Mais qu'y faisait-il donc dans cette hôtellerie ? Vite, mon petit B ‘'re.
BELLIRE.—Oh ! . . . que sais-je, moi?
DELORVAL.—Allons, ne te fais donc pas tirer l'oreille.
BELLIRE.—EÆEh ! il faisait comme il a coutume de faire quand il y va.
DELORVAL.—Il y est donc souvent ?
BELLIRE.—Tous les soirs, je crois.
DELORVAL.—Oh ! pour cela, Bellire, ça ne se peut pas, car j'en aurais connaissance.
BELLIRE.—Je ne pourrais pas assurer qu'il y est tous les soirs, mais je sais bien qu'il y a passé toute la nuit dernière, en compagnie d’une demi-douzaine de jeunes dandies à face rubiconde et au nez royal.
DELORVAL.—Et comment s’amusaient-ils ?
BELLIRE.—Oh ! ïls jouaient, buvaient, chantaient, criaient .
DELORVAL.—Et lui ?
BELLIRE.—II n’en cédait pas aux autres.
DELORVAL.—Horrible ! Quand était-ce cela ?
BELLIRE.—La nuit dernière.
DELORVAL.—La nuit dernière? (// se frotte le front.) Ça ne se peut pas : tu te trompes, Bellire. Auguste a
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