LE RÉPERTOIRE NATIONAL 303 SCÈNE XXII LES PRÉCÉDENTS, EXCEPTÉ BELLIRE
DELORVAL (allant vers Auguste et lui donnant la main). —Auguste ! . . . Je ne saurais te demander assez de pardons, pour avoir pu te soupçonner un seul instant de dépravité, de malhonnêteté. Vois-tu, j'avais les yeux fermés ; on vient de me les ouvrir. J'en suis heureux pour toi et malheureux pour moi. Je vois aujourd'hui bien mieux qu'auparavant. Je m'aperçois que l’homme, c'est l'intérêt. . . Ah! Auguste, . , tu oublieras les effets de mon inexpérience.
AuGusTrE.—Monsieur, je vous l'avoue, je n'avais jamais encore éprouvé les angoisses qui m'ont torturé aujourd'hui. . . mais le présent me dédommage amplement du passé , . . Pourtant j'aimerais à connaître le stratagème dont il s’est servi contre moi.
DELORVAL.—Forgé un extrait, . . une lettre. . . Tu connaîtras tout. (Wi/omont se lève.) Monsieur le notaire voudra bien avoir la complaisance d'attendre la passation du contrat de mariage, pour passer la donation. I1 recevra le paiement du trouble qu’on lui a donné aujourd’hui.
VILLOMONT.—Oh ! corbleu ! cela est entendu entre les parties.
DELORVAL (à Susette).—TJ'ai mille obligations à Susette pour sa conduite, et je veux que son mariage avec Nicodème soit célébré avec le vôtre (s'adressant à Auguste et Caroline). Je me charge aussi de sa dot.
SUSETTE.—Oh ! monsieur ,
NICODÈME (avec transport).—Pour lors, notre cher maître, je m’sens l’âme toute remuante de reconnaissance pour vos bontés. Et voilà. (4 Susette.) Ah ! Susette, embrassons-nous ! (77 veut embrasser Susette.)
SUSETTE (se défendant ).—Nicodème ! .
DELORVAL (à Caroline).—Kh bien ! ma Caroline, hein ? n'avais-je pas raison de te dire que la fortune c'était l’inconstance ? Quand pars-tu pour la campagne ?
CAROLINE (souriant).—I1 me semble que je suis inieux, mon oncle : je vais attendre encore quelque temps.
DELORVAL.—Allons, mes enfants, à mardi les deux noces. En attendant je vais prendre du repos. J'en ai besoin, après les secousses que je viens d’éprou ver.
LE PROCÈS PERDU (Znédit) ENVOI À UN AMI
Désirant ne pas voir ton attente trompée, Sache que mon objet n’est point une épopée Où d'un fier conquérant la terrible valeur De vingt peuples soumis illustre le malheur.
Je ne m’'élève point à ces hauts faits de prince ; Mon sujet est moins noble et mon héros plus mince. Un procès chatouilleux qu’un bon client perdit, Un oracle trompeur que son juge rendit, Voilà les grands motifs de son dépit extrême, Et les raisons pourquoi je m’échauffe moi-même, Je veux chanter le fait dans nos journaux divers, Et par eux, s’il le faut, l’apprendre à l’univers. Trop content si mes vers obtenant quelque estime, Consolent de Thémis une honnête victime.
Regçois-en, s’il te plaît, cet homtfiage d'auteur De ton ami fidèle et zélé serviteur.
F. M. DEROME
LE RÉPERTOIRE NATIONAL 305 in ?
, hein : LES POIS MANGÉS c'était Récit d'un plaideur malheureux.
inieux, J'ai perdu mon procès ; c’est la faute du juge : . >. Nul n’a jugé si mal à compter du déluge ! a dète J'avais cru, m’étayant du simple sens commun, “Jeu “ Que justice et bon droit ensemble n’étaient qu’un ;
| Mon erreur était lourde, hélas! et l’on s’en flatte, r. RE Mon ennemi de rire à tout moment éclate,
Et moi, triste plaideur qu’on épluche d'autant, Je solde tous les frais en vingt piastres comptant.
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Voulez-vous un récit de ma petite histoire ?
Elle est facile à dirg'et moins facile à croire; Mais j’enterds être court, et j'aurai bien raison : Le chicaneur seul parle et radote à foison.
Un jour du mois dernier (jour néfaste sans dout2),
De mes champs en culture ayant choisi la route,
Je cheminais pensif, l’âme sans nul émoi,
Quand soudain, 6 surprise ! il se présente à moi
Trois pourceaux gras, dodus, qui s'étaient mis en herbe |
Dans mes pois entassés et dans mes blés en gerbe, pui Bi |
Et de ma qualité ne faisant aucun cas, fl |
Prenaient à mes dépens un copieux repas : |
Êtres sots et gourmands et que nulle clôture Le N’empêche de voler partout leur nourriture,
Qui, du bien étranger fort avides toujours, L
Troublent la paix des champs et tourmentent nos jours !
Aussitôt, sans m'armer d’un courroux homicide, | J'interroge la loi comme le meilleur guide, LE Et mande deux témoins qui, mesurant le tort, | Me disent qu’en bon droit je serai le plus fort ; À Puis, chassant les pillards qu’à leur maître ils conduisent, | A payer le dégât doucement ils l’induisent. | Mais celui-ci répond : ‘‘ Nenni, vous n’aurez rien . ‘“ Mes cochons n’ont mangé que peu de votre bien, , . “ Or, je tiens que neuf francs, considérant la chose, LES AT ‘“ Sont un ample paîment pour si chétive cause . i ‘“ A prendre cette somme à l'instant consentez, UE ‘ Ou, s’il vous plaît, messieurs, de ma maison sortez. ”? il, ToME II 20 ! ul