SORTANT DU COLLÈGE
O toi ! second moi-même, aimable et tendre ami, Qu'’avec tant de douceur mon âme a tant chéri,
O toi qu’à si bon droit je puis appeler frère,
Toi qui pour moi toujours eus la bonté d’un père ; Puisqu’un destin cruel veut bien nous désunir, Avec mes adieux reçois un souvenir.
Quand d’un coup imprévu l’immuable sentence Vient du globe roulant frapper la faible engeance, Ami, que voyons-nous ? les mortels agités ;
Les uns pleurant leur sort, les autres irrités, Maudissant à grands cris le malheur qui les frappe Et blasphémant tout bas l'être à qui rien n’échappe. Et nous, Ô mon ami, qu’un jour trois fois cruel Abreuve à trop longs traits d’amertume et de fiel, Dis-moi, que ferons-nous ? Pour essuyer nos larmes Dans notre affliction quelles seront nos armes ? Consulte ta grande âme, interroge ton cœur ;
Par leur voix parleront le devoir et l'honneur. Mais mon esprit déjà saisissant la réponse,
Entend dans le lointain ta bouche qui prononce : Ami, si le destin par un terrible arrêt,
Exécutant du ciel l’immuable décret,
De deux mortels heureux vient rompre l'alliance Et les condamne, hélas ! aux tourments de l’absence, Faut-il pleurer, gémir? Non, l’honneur le défend. Que notre cœur répande une larme de sang,
Et sans nous irriter du malheur qui nous presse, Bénissons à genoux la divine sagesse.
Et puis! puisqu’en deux mots, dictés par la raison, Tu subjugues mon âme à ton impression,
En silence admirant ta grandeur magnanime,
Je me sens embrasé du beau feu qui t’anime.
Ainsi, puisqu’à plaisir les Parques pour toujours Sous un autre soleil veulent filer nos jours,
Si jamais de l’ennui la coupe redoutable
Vient verser dans nos cœurs son poison détestable ; Par un doux souvenir que ce monstre inhumain Perde dans notre esprit son empire importun.
ce,
Et vous, enfants du ciel, en vain vous appelé-je, Venez, présentez-vous, souvenirs de collège.
Ami, te souvient-il de ces jours pleins d'appas,
Où le bonheur volant sur chacun de nos pas,
Donnait à nos plaisirs des fleurs toujours écloses,
Semait sur son chemin le lilas et les roses ?
Qu'ils étaient doux alors nos tendres entretiens !
Ils ne sont plus, ami; maïs moi, je m'en souviens, Et toi, t’en souviens-tu ?
Te souvient-il encor de ce temps d'allégresse Où pour un jour entier bannissant la tristesse, Cent jeunes cœurs amis formant un même cœur, Allaient au fond d’un bois goûter le vrai bonheur? Qu'il était beau de voir ces compagnons d'enfance A leur rang désigné s’avancer en cadence
Avec leur uniforme.
Que je m’en souviens bien, il me semble les voir
Sous un chêne touffu tranquillement s’asseoir ;
Et là se délassant de leur courte fatigue,
Assaisonnant leurs jeux d’une innocente intrigue ;
Et pour bénir le ciel de leur heureux retour,
Entonnant dans les airs un cantique d'amour, Langage de leurs cœurs.
Un orme du soleil repoussant les rayons,
Sous sa longue crinière, ami, nous méditions ;
Dans les bois nous chantions les merveilles champêtres :
Alors ce siècle d’or, chanté par nos ancêtres,
Il était revenu. Douces illusions !
Sur nous l'oiseau chantait ses plus belles chansons, Concert de la nature !
Là de Chateaubriand nous vantions maint chapitre, De Boileau nous lisions une élégante épître ; Ami, me disais-tu, si de ces grands esprits Nous pouvions un instant imiter les écrits, Que de riches tableaux s'offrent à la peinture, Que de rares beautés présente la nature Au crayon du poète !
A ces grands noms nos cœurs étaient pleins de respect ;
C'était de nos discours tout l’éloquent sujet ;
Et de nos facultés accusant la faiblesse,
Nous plaignions bien haut la timide jeunesse ;
Puis suivant le génie à travers ses degrés,
Nous allions rendre hommage aux antiques beautés Des Horace et des Virgile,
En remontant ainsi des siècles de lumière, Nos regards se portaient jusqu’à celui d’'Homère ; Sur cette longue route, ami, que de flambeaux D'âge en âge brillaient sur des siècles nouveaux. En comtemplant de loin leur marche triomphante, Nous donnions une fleur à leur plume éicyyante ; Hommage au vrai génie !
Mais, hélas ! cher ami, ces beaux jours sont passés !
Sur les ailes du temps ils se sont envolés ;
Le siècle d’or n’est plus ! Ce soleil est sans flamme,
Un vague souvenir te rappelle en mon âme !
Mais quand je jouissais d’un si glorieux sort,
Pouvais-je me douter que quelques jours plus tard Je perdrais mon ami ?
Ab ! tu ne verras donc plus la saison nouvelle, Sur les bords de l'étang voltiger l’hirondelle ; Le nid du rossignol caché dans l’arbrisseau, Qui jeune encor grandit tout le long du hameau ! Et l’aurore amenant le jour à la nature, Répandre tout l'éclat de sa riche parure
Sur le clocher jauni.
Ah! tu ne verras plus dans nos jours de loisir,
Combien doux à nos cœurs se montre le plaisir !
Tantôt en conversant par couple on se promène ;
Tantôt deux champions bondissant sur l’arène,
Franchissent d’un pas sûr l’espace mesuré ;
Et deux seconds pour prix donnent, au lieu fixé, Une palme au vainqueur.
Tu ne verras donc plus dans leurs jeux amusants Quatre athlètes égaux s’avancer sur les rangs ! Et là sur une paume invoquant la victoire,
Dans leur habileté se couronner de gloire !
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Le signal est donné : prompte comme l'éclair Le balle en un instant s'envole au haut de l'air, Et bondit et revole.
Tu ne verras donc plus, lorsque juillet expire, A revoir ses parents combien chacun soupire ! L'un en illusion forme mille projets, L'autre au collège encor parcourt mille trajets : Par le s/eam il se voit conduit de ville en ville ; Dans les bois il détruit la gente volatile,
Mieux qu’en réalité.
Mais enfin du départ on voit l'heure arrivée,
Au sommet de la tour la cloche est ébranlée :
L'un prenant dans sa main la maïn de son ami,
Dans son cœur resserré sent se glisser l’ennui ;
Et comme le vaisseau sur une mer profonde,
Un autre pour toujours se lance dans le monde, Comme toi, mon ami!
Toi donc à qui sourit le printemps du bel âge, Qui vois les jeux, les ris venir te rendre hommage, Se plaire à parsemer le berceau de tes ans Des roses du bonheur et du fruit des talents, Ne crois pas de ces biens l’éblouissant mensonge, IæÆur éclat emprunté passera comme un songe,
Et toi, tu resteras !
Tu resteras, ami, puis tu verras les jours S'écouler lentement dans leur rapide cours, Ton sort sera semblable à celui de la rose Que l’on voit se faner sitôt qu’elle est éclose ; En lançant un regard sur l’immense avenir, Tu verras l’univers sans cesse rajeunir,
Et toi, tu vieilliras.
Les rides à l’envi sillonnant ton visage Proclameront bien haut le déclin de ton âge ; Filles de la vieillesse et mères de la mort, Elles mettront un terme à ton malheureux sort : De ton néant alors tu feras l’humble aveu, En disant aux mortels un éternel adieu :
Mon ami, tu mourras !
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WE hu !
LE RÉPERTOIRE NATIONAIL
Que toujours la candeur sourie à ta jeunesse ;
Que toujours la vertu console ta vieillesse !
Que les fleurs du plaisir couronnent ton printemps ;
Que les fruits du bonheur nourrissent tes vieux ans !
Et qu'après de longs jours filés d’or et de soie,
Tu chantes dans le port, au séjour de la joie, L'hymme des séraphins !
# jamais mon ami vivra dans ma mémoire ;
Üe son nom dans mon cœur je graverai l’histoire ; “1 saura bien aussi me payer de retour ;
tit notre affection croîtra de jour en jour,
a sque in æternum.