‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme]Chapitre 175 sur 203 · BONHEUR N’A QU'UN JOUR · texte numérisé non relu

BONHEUR N’A QU'UN JOUR

Des jours sereins voyant poindre l'aurore, Levons enfin nos fronts insoucieux :

Pour l'an nouveau, frères, chômons encore Comme autrefois chômèrent nos aïeux :

Longtemps sans doute ont dû couler nos larmes ; Mais le bonheur apparaît à son tour; Empressons-nous d'en savourer les charmes :

Souvent, hélas ! le bonheur n'a qu'un jour.

Quand de nos maux le triste et long cortège Vint d’Albion désenchanter ces bords,

Nous n'avions foi qu’au ciel où Dieu protège, Détenant l’urne où s'agitent les sorts,

Mais, las d'attendre et de courber nos têtes, L'espoir déjà fuyait notre séjour,

Et nous disions en regrettant nos fêtes :

Souvent, hélas ! le bonheur n’a qu'un jour.

Puis est venu l’homme de la justice, Dont le bras fort nous releva soudain, Et qui toujours, sans qu’on le rapetisse, Souffre avec gloire un injuste dédain.

Nos ennemis que sa fermeté brave, N'osant se faire humbles valets de cour,

Son imagination brillante, son jugement sain et surtout sa persévérante envie de s’instruire, l’eurent bientôt fait sortir de l'obscurité : et tout jeune encore il conçut la noble, la patriotique pensée de conserver à ceux qui nous suivront, le fruit des travaux et des veilles de ceux qui nous ont précédés dans la carrière des lettres. C’est à lui que nous devons la réunion dans un seul cadre, de toutes les productions littéraires sorties de la plume des Canadiens, depuis plus d’un demi-siècle, C’est dans le Répertoire national que le vieillard d’aujourd’hui peut reconnaître un instant les émotions de sa vie de jeune homme. C'est 1à que les hommes faits peuvent retremper leur énergie qui s'émousse, dans les brûlantes aspirations de leur sortie du collège. Ce qu’il lui a fallu à ce jeune homme sans ressources, de travail, de veilles, de recherches et d’indomptable persévérance, pour avoir fait publier les quatre volumes de son Æépertoire national, je n'ai pas besoin de vous le narrer. Honneur donc à sa mémoire ! Il a laissé une œuvre nationale, une œuvre patriotique, qui fera que son nom ne périra pas. Que la terre lui soit légère !”’

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Disent aussi, ne foulant plus l'esclave :

Souvent, hélas! le bonheur n'a qu'un jour,

Et, dévorés d'une colère étrange,

Ils veulent tous que, Bagot renversé,

Vienne un tyran qui nous frappe et les venge Eu évoquant l'esclavage passé.

Mais se taisant À leur clameur :térile,

Au lieu de fers il fit des lois d'aniour.

Eux seuls diront dans leur fougue inutile :

Souvent, hélas ! 1e bonheur n’a qu'un jour.

Non, nou, la mort n'étendra point son ombre Sur les projets du consul bienfaisant,

Car le ciel aime à balancer le nombre

Des hommes vils, repus d'or et de sang,

Au Canada longtemps puisse-t1l vivre !

Et que nos voix le chantant tour à tour,

Ne disent plus, quand sa main nous délivre :

Souvent, hélas ! Te bonheur n'a qu'un jour,

Que notre joie accueille cette année

Comme un espoir de meilleur avenir ;

De nos plaisirs qu'elle soit couronnée ;

Et puissions-nous oublier de gémir !

En gais couplets rendant notre allégresse, Chômons le temps, le temps même est si court ! tit renonçons au refrain de tristesse :

Souvent, hélas ! le bonheur n'a qu'un jour.

En nos destins malheureux ou prospères, N'oublions pas qu'un arrêt inhumain

Au lieu d’exil enchaîne encor nos frères.

Que la pitié les console en chemin !

De leur pardon si le moment arrive,

Du moins rendons le poids d'exil moins lourd ; Car, chaque soir, ils pleurent sur la rive .

Pour eux, hélas ! le bonheur n'eut qu'un jour,

Nos vœux sont exaucés . . . il vivra donc encore Celui que tout un peuple à juste titre adore,

Celui qui parmi nous a ramené la paix

Et nous en fait déjà goûter les doux bienfaits .

Muses du Canada, bannissez la tristesse, Accourez partager la commune allégresse !

Vos lyres trop longtemps rendantes aux cyprès, Hélas ! ont soupiré de trop justes regrets.

Malgré vous suspendant vos courses bocagères, N'osant vous confier aux échos solitaires,

Dans le silence seul épanchant vos douleurs, Pour raconter nos maux vous n’aviez que des pleurs ! Ainsi toujou:s en proie à nouvelles alarmes, Rien ue pouvai: tarir la source de vos larmes. Mais pourquoi rappeler ce triste souvenir,

Alors que tout sourit de bonheur, de plaisir ; Que la patrie heureuse a repris sa guirlande, Vient aux pieds de Bagot en déposer l'offrande. Vous, reprenez aussi vos aimables festons,

De lauriers et de fleurs osez ceindre vos fronts ; Que la reconnaissance aujourd’hui vous inspire, Venez chanter Bagot et son heureux empire.

Touché de nos malheurs, fatigué de nos vœux,

Le cic! sur ce pays abaisse enfin les yeux.

11 l'a régenéré dans l'ordre de la grâce ;

Davs l’erdre politique il ouvre aussi la trace

Qu: doit nous ramener la justice et la paix,

Voulant qu'un même nœud, qu'une même couronne Enlace pour toujours et l’autel et le trône.

Quelle réforme! . . . à ciel ! quel abîme à combler ! Peuple trop malheureux ! oses-tu l’espérer,

Toi qui toujours en proie à mille et mille alarmes, Te sustentes d’un pain tout pétri de tes larmes ;

Qui gisant accablé sous le poids du malheur,

N'oses lever les yeux, demander un sauveur ?

Oui ! nation captive aux bords de Babylone !

Espère . . . ton salut arrive . . i’heure sonne !

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