‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme]Chapitre 176 sur 203 · SUR LA CONVALESCENCE DE SIR C. BAGOT · texte numérisé non relu

SUR LA CONVALESCENCE DE SIR C. BAGOT

De ta lyre assoupie ose éveiller l'accent,

En faire retentir les bords du Saint-Laurent ! Trop longtemps à ses flots tu vins mêler tes larmes, C’en est fait, embelli de ses antiques charmes, Vois-le se transformer en un fleuve d’oubli, Souvenir du passé s’y perdre enseveli ! .

Le ciel touche le cœur de notre jeune reine ;

Lui qui la fait partout régner en souveraine,

Il veut que des méchants déjouant les complots, Sa main vienne briser la chaîne de nos maux ; Que digne de son nom, quand son souffle l'inspire, Elle nous fasse aimer, vénérer son empire ; Qu'elle retrouve en nous, en nous comme autrefois, Un peuple tout loyal, mais jaloux de ses droits.

Le ciel s’est déclaré, bientôt l’auguste reine

Cède à l'impulsion, au penchant qui l'entraîne. Accoutumée à l’art de faire des heureux,

Peut-elle repousser nos soupirs et nos vœux, Méconnaître du ciel cette voix si puissante

Qui lui dit : ‘Reine, sois équitable et clémente ! C’est par là que tu dois faire adorer ton nom,

À ta couronne encore ajouter un fleuron.””’

Pour répondre aux élans de son cœur magnanime, Pour fermer sous nos pas le plus profond abîme, Victoria fait choix d'un homme dont le nom

Garantit le succès de sa haute mission.

Soudain, il a compris sa digne souveraine,

Il ne se berce point d’une espérance vaine.

Plein d'espoir, il s’arrache à ses’nobles foyers Pour porter le bonheur sur des bords étrangers, Pour ramener la paix, la justice avec elle,

Chez un peuple égaré . . . mais demeuré fidèle! Heureux d’aller combler l’abîme de nos maux, Bagot impatient s’élance sur les'flots.

Quand le ciel est pour nous, qu'il veille sur sa tête, Qu'il enchaîne pour lui les autans, laftempête ; Qu'il va d'un peuplejentier améliorer le sort, Craindrait-il de ne pas arriver à bon port ?

Aussi bientôt vainqueur des vents et des orages,

Il est sous notre ciel. . . il foule nos rivages ; Nos rivages couverts de nuages, de deuil ;

La mer n'eut point pour lui de plus terrible écueil. Il en triomphera . . . le ciel le favorise ; Conciliation, justice est sa devise,

Peuple, cours au-devant de ton libérateur !

Tu recules . . . pourquoi? d’où vient cette froideur ?

Le jour qui sur nos bords amène sa présence

Est un jour de triomphe et de réjouissance ; | Toi, tu le convertis, hélas ! en jour de deuil. L'indifférence seule signale ton accueil !

Insensible au spectacle, insensible à la joie Qui si pompeusement sous tes yeux se déploie,

Tu restes solitaire au sein de tes foyers,

En proie à tes soucis, à tes sombres pensers.

Bagot de ton absence et s’afflige et s'étonne .

Il te voit à l'écart. . . et son cœur te pardonne.

Habitant d’une terre encor teinte de sang,

Et naguères soumise au sceptre d'un tyran,

Tu ne peux dans ton cœur fixer la confiance,

Ni, relevant ton front, sourire à l’espérance.

Ah ! trop souvent déçu, ton espoir s’est éteint ;

Sous le poids du malheur ton cœur palpite et craint !

Bagot a deviné la froide indifférence ;

Mais il veut que, bientôt, sous sa douce influence,

Rappelant ton espoir, déposant ta frayeur,

Tu retrouves en lui ton père, ton sauveur.

Un astre bienfaisant a brillé sur sa tête,

Et le calme bientôt succède à la tempête.

Chacun avec transport y fixe ses regards.

L'allégresse, l'espoir naissent de toutes parts !

Bagot s'est prononcé . . . sous son heureux auspice

Apparaissent soudain la paix et la justice ;

La discorde en fureur ans son antre s'enfuit, Le jour le plus brillant a remplacé la nuit ! \l Mais à la fois, c'est trop de bonheur et de joie,

A de nouveaux soucis la patrie est en proie :

Pour faire apprécier, regretter à jamais

De si douces faveurs, de si rares bienfaits,

Le ciel frappe soudain, au seuil de sa carrière,

Notre libérateur, notre ami, notre père ;

Ses jours sont menacés . . . s’il succombe . . . malheur ! Avec lui va s’éteindre aussi notre bonheur.

Déjà de tous les cœurs il faisait la conquête ;

Et la faux de la mort vient planer sur sa tête !

C'en est fait, succombant à ce malheur nouveau,

La patrie est en pleurs ; la cité, le hameau, Désolés tour à tour, le front dans la poussière, Font monter vers le ciel l’encens de la prière ;

PAR RE annee

Pour prolonger des jours si chers, si précieux, Les autels sont chargés de suppliques, de vœux. O Dieu! dans ta bonté conjure cet orage !

Ne va pas en un jour détruire ton ouvrage,

Ou rouvrir sous nos pas cet abîme de maux, Dont ta miséricorde avait fermé les sceaux.

Peuple reconnaissant, souris à l'espérance !

l'a piété, ton zèle au ciel font violence.

Tes vœux sont exaucés ! nouvel Ezéchias, Bagot est rappelé des portes du trépas,

Pour perfectionner son magnifique ouvrage, Pour cueillir les lauriers d’un héros et d’un sage.

O peuple canadien ! si chrétien, si loyal !

Ta sensibilité te laisse sans rival.

Après avoir montré tant de sollicitude,

Ah! pourrais-tu bien 1à borner ta gratitude ?

Et sensible au bonheur que ta reine t'a fait,

En jouir, oublier l’auteur de ce vienfait ?

Non ! cédant au transport, au penchant qui t'entraîne, Tu chériras bien plus ta jeune souveraine,

Qui s'avance vers toi, l'olivier à la main,

Pour te rendre tes droits, assurer ton destin, Jaloux d'appartenir à cette reine illustre,

Ton dévoñment saura donner un nouveau lustre Au sceptre qui vers toi s'incline avec douceur. Pour l'honneur d’Albion et pour notre bonheur À son glorieux règne à l’envi tout conspire.

Déjà son nom porté jusqu’au céleste empire,

Où flottent triomphants ses nobles étendards, Fait pâlir le Chinois devant les Léopards ;

Il retire tremblant sa barbare phalange ;

Albion fait la loi sur les rives du Gange.

Vous donc, peuples jaloux de ces faits glorieux, Qui, dans vos préjugés, peut-être dans vos vœux, Prophétisiez déjà la chute de son trône, Contemplez quelle gloire aujourd’hui l’environne ! Que peuvent contre lui vos sinistres complots ? Rocher inébranlable assis au sein des flots,

Pour le frapper la vague arrive menaçante,

Ft recule d’effroi dans sa rage impuissante ! lorsque tant de succès parmi les nations Viennent de sa couronne embellir les fleurons, Son éclat reflété sur notre heureux rivage,

Devra nous faire aimer et chérir davantage La chaîne qui nous lie à la fille des rois, Dont la voix aujourd’hui sanctionne nos droits.

Que son nom qui s’inscrit au temple de la gloire, | Se grave dans nos cœurs et dans notre mémoire ! k ll

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