VÉRITÉ
Près du vieux chêne assis, sur la montagne sombre,
Voyageur, je contemple un spectacle chingeant,
Le crépuscule noir disparaître avec l’ombre
Que semble devant lui chasser l’agile vent ;
Le sourcilleux diamant, empreint sur la couronne
Du monde, à la lunière a caché son éclat .
Mille fois heureux si, content des biens que donne
Dans sa sage bonté des cieux le potentat,
Saus cesse je pouvais sourire à ces merveilles
Que produisit d’un mot le fécond Créateur .
Mais un lugubre son a frappé mes oreilles,
De la commune loi le signe précurseur :
‘ Marche! marche ! jamais le bonheur au mortel ! ” Dit l'Éternel.
La nuit succède au jour, de la nuit naît l’aurore,
Maintenant le plaisir, demain le noir tombeau !
Et dans ce changement, l’homme toujours adore
Et flatte le bonheur dans un vague flambeau! .
Mon âme, tu souris au rayon d'espérance,
Trop douce illusion que couronne la fleur
Avant l’âge arrachée au berceau de l’enfance .
O torrent du plaisir ! fais couler dans mon cœur
Plongé dans l’infortune, une onde fortunée,
Sur tes bords bienfaisants naîtra le vert rameau ;
A l'autel j’offrirai la victime sacrée .
Vas-tu combler mes vœux? L'avenir est si beau .
‘“ L'avenir, ton bonheur . . . tout poussière ! ô mortel,'’ Dit l'Éternel,
J'ai fixé mes regards sur la verte campagne ;
Le soleil de ses feux jaunissait le guéret ;
Lançant son rouge char du haut de la montagne,
I1 dit à l’univers : ‘‘ Souris au beau bosquet ;
Adore ma lumière et toujours dans ma course
Tu verras mon amour, j'embellirai ton sein ;
Mon nom est proclamé par la limpide source ;
De tes champs, des moissons la vie est dans ma main . Salut, astre adoré ! tu ranimes mon être :