‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme]Chapitre 192 sur 203 · LA PRESSE · texte numérisé non relu

LA PRESSE

Le sujet à traiter dont j'ai fait choix, pour me conformer à la règle de notre club (1), est la presse périodique politique de notre pays; sujet assez délicat, comme vous voyez, puisqu'il ne s’agit de rien moins que d’une des principales puissances de nos sociétés modernes libres : puissance dont le pouvoir est si bien établi, si. bien senti, qu’on l’a appelée le quatrième État sous le système gouvernemental britannique. D’autres l'ont appelée une magistrature, un apostolat, l’associant, la comparant à ce qu'il y a de plus vénérable parmi les choses de la terre, et à ce qui nous est envoyé de plus élevé d’en haut. Et si l’on considère quelle est la mission de la presse, mot par lequel, pour plus de brièveté, je désignerai la presse périodique politique ou le journalisme, si l’on considère, dis-je, quelle est la mission de la presse, on trouvera que ces désignations ou qualifications n’ont rien du tout d’exagéré. Eneffet, qui s’adresse à un auditoire plus nombreux, plus respectable que la presse, et qui parle aux hommes d'intérêts plus graves, plus multipliés? Qui est appelé à traiter de vérités plus salutaires, plus utiles ? Qui a de plus sublimes vertus à prêcher, et une cause plus sainte à défendre, que celle de la liberté, du bonheur du monde, résumé des devoirs de la presse ?

On admire et jamais on ne cessera d'admirer les grandes figures de Démosthène, de Socrate, et de ces fiers tribuns de Rome, qui entretenaient les deux plus célèbres nations de l'ère ancienne de leurs intérêts et besoins politiques. On voudrait avoir vécu du temps de ces grands citoyens, pour avoir eu l'avantage de les

(1) Cet écrit a été lu à une société littéraire portant le nom de Club social.

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entendre et les voir à l'œuvre de leur haute et sublime mission. Eh! messieurs, cette mission n’était autre que celle dont sont aujourd’hui chargés nos écrivains politiques, nos journalistes. La presse a remplacé le forum, la place publique, qui était chez les anciens le seul moyen qu’on eût de parler au peuple. Aujourd'hui l’homme animé de patriotisme harangue, agite les masses sans sortir de son étude, et sans que le peuple sorte de ses foyers. Le moyen, le procédé est changé, mais le sujet et le but sont les mêmes ; c’est-à-dire que la presse aujourd’hui parle au peuple et l’entretient des mêmes choses, et pour le même objet, que le faisaient autrefois Démosthène, Socrate et les tribuns de Rome.

J'irai même plus loin, et je crois que l’on ne me taxera pas d'exagération, lorsque je dirai que la mission du journaliste se rattache à ce qu’il y a de plus vénérable dans l’antiquité, et ici je n’entends rien moins que les prophètes du peuple de Dieu, dans ce que leur mission avait de temporel, en autant qu’elle se rapportait aux intérêts temporels. Pour s'en convaincre, il suffit de se rappeler leur sublime dévouement pour les libertés du peuple, et leurs luttes contre la tyrannie du dedans et du dehors.

Oh ! ne craignons pas de trop relever la mission de la presse. Plus on sentira la dignité de l’état de journaliste, plus ceux qui y sont engagés chercheront à le bien remplir, et plus les peuples seront exigeants sur les qualifications de ceux qui se mettent à la tête de la presse. Et peut-on l'être trop, quand on réfléchit à l'influence immense de l’engin puissant de la presse sur les destinées des nations ? Et l’a-t-on été assez dans notre pays depuis trente à quarante ans que la presse a pris un rôle dans nos affaires politiques ? et c’est là que j'en voulais venir. Cette haute magistrature, ce sublime apostolat, ce quatrième État dans le gouvernement, entre quelles mains se sont-ils trop souvent trouvés? Ici ma tâche devient pénible, mais j'aurai le courage de dire ma

pensée. Heureux si je puis contribuer tant soit peu à une réforme à laquelle on n’a pas encore pensé, et qui est peut-être la plus importante de toutes, la première à faire ; celle qui doit former le fondement de toutes les autres ; celle sans laquelle les autres ne pourront que difficilement s’opérer. Cette réforme est d’autant plus pressante que nous entrons sous un nouvel ordre de choses, sous un système de gouvernement régulier, et cela après ce qu'on peut véritablement appeler une révolution. Pendant un demi-siècle nous nous étions trouvés dans une position telle que nous n’avions d’autre alternative, d'autre devoir, presque, que de faire au gouvernement une opposition constante et systématique, opposition sur tout, opposition partout, opposition toujours. Il s'agissait d’user, de détraquer un système de gouvernement qui se refusait à toute réforme. Telles étaient au moins les idées du temps, et elles ont si bien prévalu qu’un bon jour le système de 91 s’est écroulé sous l’effort incessant d’une opposition semi-séculaire. Et après une période d’anarchie, suite ordinaire des commotions politiques, un nouveau système nous est apparu, que nous avons dû accepter, et dans lequel il ne nous reste plus qu’à remplir la part qui nous y est faite, à moins que nous ne voulions abdiquer, et sceller nousmêmes notre anéantissement comme peuple. On concevra tout d’un coup que notre rôle est changé ; qu’il ne s’agit plus tout simplement pour nous de faire une opposition systématique à l’ordre de choses existant, mais d'y jouer notre rôle du mieux possible. De spectateurs hostiles, nous sommes devenus acteurs. Cette position est beaucoup plus difficile que l’autre, et demande d’autrestalents et d’autres qualités. Dans notre première position, il suffisait d’être tribun, dans la nouvelle il faut être homme d’État ;: naguère, réduits à la guerre de guérillas, il nous suffisait d’avoir de bons soldats, aujourd’hui que nous avons à livrer des batailles régulières en rase campagne, il nous faut de bons capitaines ; il nous

u à suffisait de manœuvres pour détruire, il nous faut mainqui tenant des architectes pour rebâtir. Et dans tout cela re à la presse est appelée à jouer un rôle très marquant, les | sinon le principal.

que Ces propositions admises, que devons-nous avoir à la plus tête de nos journaux? Des jeunes gens tout frais sortis > de

des bancs de l’école, ou des hommes expérimentés et

r, et versés dans les sciences politiques et dans la connaissance une du monde? Des aventuriers venant chercher ici, non ions une nouvelle patrie, mais du pain, ou des hommes liés à utre nous par les liens du sang, par des affections et des idées e au communes, et par des intérêts et des besoins communs ? que, Des hommes à passions violentes, qui, semblables à des ition vipères, ne se plaisent qu’à déverser le venin dont leur tème cœur est rempli, qui par leur intempérance de langage ‘elles vous ruineront la meilleure des causes, qui vous feront bien perdre vos amis, et multiplieront vos ennemis, ou bien roulé des hommes au cœur chaud mais à la tête froide, qui laire. dans les moments les plus critiques sauront faire taire

des leurs mouvements passionnés, et à force de raison, de 5 est modération et de savoir-vivre, feront respecter votre il ne cause de vos adversaires même, raffermiront vos anciens faite, 1 amis et vous en feront de nouveaux ? Des hommes 1ous- brouillons, pétulants, écervelés, qui lorsque des récononce-

ciliations ou des rapprochements se préparent au sein du peuple divisé, y viennent inconsidérément jeter de nouveaux brandons de discorde, ou des hommes posés et sensés qui cherchent sans cesse à opérer ces rapprochements et ces réconciliations ?

Je ne pousserai pas plus loin l’antithèse, et je vous demanderai dans laquelle de ces catégories vous placerez | un grand nombre des journalistes que vous avez connus. dt

il ne

une mais eurs ition ande

ière

faut Hélas ! je crains bien que votre réponse ne soit désolante sil de et que par elle ne s’expliquent une foule de maux qui jo

jour- sont tombés sur notre pays et sur notre race, sans

s en

compter le bien qui souvent a manqué de s’opérer. nous Comment en serait-il autrement ? La presse . . . mais

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