‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme]Chapitre 32 sur 203 · LA VOIX D'UNE OMBRE · texte numérisé non relu

LA VOIX D'UNE OMBRE

Quels sont, Ô mon pays, cet ébat sanguinaire, Cette ardeur parricide, et ces débris fumants !

Pleure, oh! pleure du sang !. . comme un drap funéraire, De neige un froid linceul étreint tes fils mourants !

Le voilà donc enfin ce volcan politique Soufflant au cœur de tous sa lave frénétique :

De son brûlant cratère il sort comme un géant,

Le regard plein de feu, les mains teintes de sang :

De l'insurrection c’est le tocsin qui sonne,

La haine qui rugit et l’airain qui résonne,

C’est le meurtre en orgie et qui, l’écume aux dents, Déchire encor les morts et poursuit les vivants ;

Seule au milieu des corps, joyeuse et triomphante,

C’est la mort qui saisit sa moisson palpitante.

Fatal aveuglement ! délirante fureur !

Hélas ! ils sont tombés victimes de l’erreur ;

Ils tombent chaque jour nos trop malheureux frères, Égarés par leurs cœurs, braves mais téméraires, Coupables envers eux autant qu’envers la loi,

Et martyrs vendéens, s’ils n’attaquaient leur roi.

L'amour de la patrie égara leur courage,

Traîtres par désespoir, ils ont bravé l’orage.

Le sort les déifiait s’il les eût faits vainqueurs,

Mais vaincus, non sans gloire, ils n’ont point de vengeurs. Éternels monuments des vengeances humaines, Saint-Charles ! Saint-Eustache ! ô trop funestes plaines,

Où, conduits à regret, tant de braves soldats, Sans armes, sans drapeaux, affrontaient les combats ; Vos tombeaux, vos déserts, vos sanglantes ruines, Inévitable effet des guerres intestines, N’attestent que trop bien leur coupable valeur. Mais silence ! quelle est, en cette nuit d'horreur, Cette voix qui surgit de ce carnage immonde ; Cette voix qui nous parle et n’est pas de ce monde : ‘ Frères, écoutez-moi, je sais la vérité ; ‘‘ J'ai combattu, j'ai vu tomber de tout côté ‘Nos plus fiers combattants ! Oh ! l’infamante orgie ! ‘ Chacun criait: mourons, mourons pour la patrie ; ‘ Mais mourez avec nous, traîtres et renégats, ‘“ Vous dont les noirs forfaits nous ont faits tous soldats. ‘ C’est du sang qu’il nous faut !—Oui, c’est du sang, mes frères, ‘ Mais notre propre sang versé pour des chimères. ‘“ Sur ce sol meurtrier ne suivez point nos pas ; ‘# Vous pouvez nous pleurer, mais ne nous vengez pas ; ‘ Un vertige effroyable avait saisi nos âmes, ‘ Rehaussant à nos yeux de criminelles trames ;

Lo ‘ Mais tant d’affreux complots faits pour la liberté

| ‘ Ont-ils jamais valu le sang qu’ils ont coûté ?

‘‘ Les temps sont encor loin où la justice humaine ‘ Veut qu’un peuple colon secoue enfin sa chaîne, ‘‘ Le peuple ne sent point l'empreinte de ses fers ; ‘ Soumis, il se croit libre, heureux en ses déserts, ‘ Sous l'égide des lois qu’il tient de ses ancêtres, ‘ Et le sceptre qu’il voit dans les mains de ses maîtres. ‘ Mais, frères, si jamais l’on vous veut asservir, ‘ Oui, si de nos méfaits l’on vous ose punir, ‘ De nos tombeaux vengeurs évoquez donc nos âmes, ‘Et vous verrez bientôt tout le pays en flammes. ‘ Contre l'oppression sachez qu’un peuple est fort, ‘ Et qu'il faut plus d’un coup pour lui donner la mort : ‘ Comme de neige on voit se grossir une boule, ‘* Il passe ; un trône tombe, un empire s'écroule. ‘ Mais non, ne croyons pas que jaloux de ses droits, ‘“ Le peuple que l’on vit détrôner tant de rois, ‘ À qui l’Europe doit ses plus chères doctrines, ‘{ Consente à provoquer les sanglantes matines ‘“ Dont jadis la Sicile a vu souiller ses bords, ‘ Et fasse un peuple ilote, ou règne sur des morts ! ‘Ah! maudit à jamais soit l’infernal génie “ Qui semant parmi nous la discorde et l'envie,

ats.

nes frères,

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