‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme]Chapitre 35 sur 203 · À MA SŒUR · texte numérisé non relu

À MA SŒUR

Te souvient-il, dans notre enfance, Des jours bien heureux, où jadis, Au sein de la plus douce aisance, Nous goûtions les plaisirs permis ?

A cet âge innocent et tendre, Lorsque tu n’avais que douze ans, Ma sœur, je ne pouvais comprendre Que ton cœur devînt inconstant.

Tous deux égaux par la naissance, Le même toit nous abritait ;

Tous deux nourris dans l'espérance, Le même sein nous allaitait.

Combien de fois sur la verdure,

Assis à l'ombre de l’ormeau,

Nous mêlions nos chants au murmure Du cristal d’un léger ruisseau !

Par une belle matinée

Du printemps, roi des saisons, Quand d’une abondante rosée Cérès fructifiait ses moissons ; Aux doux accents de l’hirondelle Tu joignais des accords si gais, Que la plaintive tourterelle Semblait quitter les bois, les prés,

Aux mois de juillet et d’Auguste, Lorsque Philomèle endormait

Les petits du haut d’un arbuste, Paisiblement tu sommeillais.

Qu'il te souvienne encore que lasse Des ardeurs de l’astre du jour, Avec une naïve grâce,

Tu protestais contre l'amour.

En septembre, où Pomone étale

La richesse de ses présents,

Quand, d'une tendresse amicale

Uu fruit violait ses serments ;

Te souvient-il qu'assis à l'ombre, Sur un gazon jonché de fleurs, Quelquefois vêtus d’un deuil sombre, Nous venions partager nos pleurs ?

En janvier qui toujours recèle Les autans les plus rigoureux,

A ma voix sans cesse fidèle L'aube du jour ouvrait tes yeux.

Banuissant le dieu des ténèbres, Sans craindre de blesser sa loi, Tu fuyais sa fuite funèbre,

Et ton cœur soupirait pour moi.

Dans ces temps, que tu m'étais chère !

Étrangère aux ruses d'amants,

Quand tu connaissais l’art de plaire, Bien que tu n'eusses que douze ans !

Sensible, constante et sincère,

Ton seul guide était l'amitié,

Garde que l'enfant de Cythère

De tes seize ans n'ait pas pitié.

ROMUALD CHERRIKER,

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