‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme]Chapitre 45 sur 203 · M. LOUIS JOSEPH PAPINEAU · texte numérisé non relu

M. LOUIS JOSEPH PAPINEAU

Il est un homme sur qui tous les yeux du Canada se sont tournés, pendant bien longtemps, comme sur le messie qui devait le régénérer, comme sur le prophète dans le cerveau duquel se trouvaient enveloppées les nouvelles doctrines de son salut, comme l’oracle qui lui devait prédire ses destinées. Aujourd’hui encore que des vicissi tudes et des revers ont arraché l’idole de son piédestal, que l’histoire l’enregistre sur une de ses pages les plus sombres, les regards si longtemps attachés sur elle, les cœurs si souvent habitués à y puiser la confiance et l’espoir, s’élancent encore en souriant vers elle, ne pouvant croire à sa mortalité. Il n’est pas besoin de nommer Louis Joseph Papineau, tout le monde l’a reconnu.

Je ne viens point ici analyser une vie qui appartient aux archives du pays et qu'elles seules pourront faire juger avec impartialité. Je viens seulement écrire et consigner avec toute l’impartialité du peintre, si cela m'est possible, ce que j'ai pu voir des dehors, des moyens, des

lle, au 1 singr | degré oute si

)ersonoure et ges de isantes à point euse à et que ait peu és des patient Gugy

ada se e mese dans ivelles devait icissi” estal, es plus Ile, les bt l’esbuvant Louis

rtient

faire ire et m'est s, des

ornements de l’homme tel que nous l'avons tous vu dans ses jours de gloire populaire.

M. Papineau régnait au milieu de la législature par sa puissante voix, par son inébranlable fermeté, par son opiniâtre persévérance ; de là son pouvoir s'étendant au loin sur tout le pays, dont il était le palladium, la pensée.

Qui l'a vu dans la chambre dans l'un de ces grands débats où il venait imposer à chacun ses strictes opinions, indiquer du doigt la route qu'il fallait suivre dévotement, ne peut certainement pas l'oublier. Son visage altier, ses traits où se peignent la force d'âme et le commandement, sa bouche toujours prête à lancer le sarcasme, à remettre dans la voie qu'il avait tracée celui qui s'en écartait, et à détourner le ressentiment et la menace sur les puissants qui avaient pu oublier leurs promesses ou en retarder l'accomplissement ; sa tête hardiment posée, fièrement redressée, son buste large et plein de vigueur montraient un type unique, recélant une supériorité bien décidée et devant laquelle toutes les autres ambitions devaient s'échouer.

M. Papineau était certainement celui que l'œil même de l'étranger eût désigné au milieu de tous ses collègues, sans balancer, comme celui auquel appartenait le fauteuil de la présidence, aussi allait-il s'y placer comme au seul siège fait à sa taille. Il possède une voix étendue et forte, mais l'émotion du ressentiment, l'explosion de la colère, l'amer sarcasme ou le ton grandiose du récitateur sont les seules nuances qui la font vibrer. Iexpression de la douleur touchante, celle d’une joyeuse hilarité et la gaie plaisanterie ne viennent que bien rarement se faire sentir et sont chez lui tout à fait secondaires ; mais les premiers de ces moyens ont chez lui un degré de solennel qui rachète et fait oublier l'imperfection ou l'absence des derniers. L['orateur doit avoir à sa disposition tous les moyens de plaire, de persuader, de récréer, d'appeler à son aide le rire, l'enthousiasme ou les larmes tour à tour. M. Papineau n'est donc point un orateur parfait, mais il

lui reste encore une assez belle position dans son art pour la faire envier et pour satisfaire son ambition sous ce point de vue ; je ne parle pas ici de l'homme politique.

La diction habituelle de M. Papineau est élégante, pure et facile ; si phrase est correcte, bien ponctuée, et, quelque longue qu'elle soit, toujours complète, parfaitement tournée ; les nombreuses incidences, où le mot propre ne se fait jamais attendre ni regretter, n’en obscurcissent point le sens, Ses épithètes sont nombreuses, vives, serrées, progressives et toujours justes ; la dernière est toujours la plus forte, la plus pittoresque Soit qu'il veuille louer, blâmer, abattre ou seulement décrire, il développe en de simples qualifications le tableau, l'image ou la caricature de son sujet, descriptions pour lesquelles un orateur ordinaire emploierait autant de tours, autant de phrases, autant de longueurs, autant de commentaires. La multiplicité, la recherche et la justesse de ses mots donnent à sa harangue un brillant: un coloris qui délassent, attachent et en font oublier la longueur. M. Papineau est le seul de tous les orateurs de la dernière chambre dont on puisse sténographier et reproduire les discours tels qu'ils furent prononcés. Ceux de presque tous les autres membres sont remplis de tant d'incorrections et de familiarités que, quelque sage que soit la pensée, il serait impossible de la reproduire comme elle fut donnée. Les premiers sont ordinairement gâtés par les rapporteurs, tandis que les autres sont arrangés pour la publication, analysés, replâtrés. Il n’est que fort peu d’exceptions à ce que j'avance ; ayant été du métier, je puis en connaître les ruses ; aussi puis-je dire que les saluts empressés et les cordiales poignées de main ne se font point attendre de la part des orateurs qui ont besoin d’un peu de complaisance des sténographes. M. Papineau, lui, aurait souvent raison de se plaindre du défaut contraire. Outre l'élégance intrinsèque de ses discours, M. Papineau se distingue par une prononciation recherchée et classique,

art pour ce point

égante, uée, et, Jarfaitele mot Tr, n’'et ht t1onijustes :

Jresque ulement ions le riptions : autant , autant 1e et la brillant:

1blier la orateurs phier et DHonCés.

remplis quelque e de la ers sont que les nalysés, ce que aître les s et les endre de e cotn- , aurait bntraire.

'apineau assique,

son accent est tout à fait agréable ; on peut seulement lui reprocher en ce genre un peu d'affectation ; mais peut-être aussi cela vient-il du contraste étrange de son accent avec celui de ses collègues, ordinairement bas et trop commun pour le style parlementaire. On regrette aussi d'y apercevoir quelquefois une teinte d’anglicisme qui pourrait faire croire au premier abord que l'anglais serait sa langue favorite, ce qui n'est point le cas, quoiqu'elle lui soit tout à fait familière. Néanmoins, lors même que le discours de cet orateur n'aurait nul intérêt attachant, on peut toujours l'écouter avec plaisir, c’est-à-dire littérairement parlant.

On peut reprocher à M. Papineau de ne point diriger, ménager, mesurer ses moyens oratoires. Il entame ordinairement un discours avec toute la force de son éloquence ; il prodigue d’abord tout ce qu’il peut trouver d'expressions énergiques, et il en a considérablement, en sorte qu'il faiblit, diminue et qu'il donne à croire qu’il est arrêté par le défaut d’aliment. De 1à viennent l'extrême longueur de quelques-uns de ses discours et les répétitions dont on peut les taxer. Mais on ne peut nier qu’il soit véritablement beau, et que nul, j ose le dire, ne peut se soustraire à l'enthousiasme, lorsque déroulant majestueusement et de sa grande voix tremblante d’indignation les griefs et les souffrances, il invoque l'avenir comme le seul juge impartial entre les oppresseurs et ceux qui souffrent avec une patience qu'ils ne peuvent toujours conserver. La menace surtout est éclatante dans sa bouche et lorsqu'il la fait entendre sans nulle retenue, le silence le plus imposant règne dans la salle et ses adversaires politiques même oublient leur cri favori de : à l’ordre, à l'ordre! Il est surtout admirable lorsque quelque redoutable antagoniste a fait une attaque sur son premier discours et qu’il l’a assaisonnée, comme cela n'arrive que trop souvent, de satiriques personnalités, alors, dis-je, il est inimitable : sa première sortie d'abord accable, pulvérise celui qui

s'y est exposé, puis il rétablit ses arguments d’une manière beaucoup plus solide, plus serrée et plus saine qu'il ne l'avait fait d’abord ; la victoire lui est alors ordinairement assurée, ce qui démontre que M. Papineau, placé dans une sphère où il aurait rencontré une opposition plus redoutable, plus savante que celle qui le combattait ici, eût toujours été d’un rang fort élevé parmi les orateurs et de beaucoup supérieur à ce qu'il est actuellement.

On accuse M. Papineau de trop de violence dans ses discours parlementaires. Il n'épargne personne, pas même ses plus chauds partisans lorsqu'il diffère avec eux, sûr qu’il est de l'empire qu'il peut exercer. Ona pu voir ceci particulièrement dans la discussion du bill projeté de judicature, où il combattait seul contre presque tous et où les votes furent le plus souvent en faveur de ses vues.

A cette inflexibilité de caractère, le pays doit sans doute la position où il se trouve aujourd'hui. L'avenir seulement pourra dire si l’on doit l’en blâmer ou lui vouer de la reconnaissance ; car en politique il ne faut guère juger strictement que les résultats et, quelque bonne que soit une cause, ceux qui l’avocassent doivent considérer quel bien ils peuvent faire et se résoudre à être les plus fins lorsqu'ils ne sont pas les plus forts ; sans cela ils jettent leurs sectateurs dans des abîmes sans honneur comme sans gloire, car il n’est, hélas ! que trop vrai que de nos jours le succès seul fait le mérite.

Page 1