‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme]Chapitre 51 sur 203 · M. DE LORIMIER ANNONÇANT SON SORT À SON COUSIN · texte numérisé non relu

M. DE LORIMIER ANNONÇANT SON SORT À SON COUSIN

Prison de Montréal, 12 février 1839.

Mon cher cousin et ami,

Quelque douleur que j'aie à vous communiquer dans ce jour de malheur la triste nouvelle qui vient de m'être annoncée, je dois le faire sans hésitation : mes devoirs dus à votre générosité, à votre bonté, le souvenir de vos bienfaits, me l’ordonnent et je m’y soumets. M. Day vient de m'avertir de me préparer à la mort pour vendredi. Tous vos efforts pour sauver votre malheureux cousin ont été inutiles ; mais à l'heure suprême je ne vous en suis pas moins reconnaissant ; on ne doit pas juger d’une chose par le succès ou l’irréussite qui ont accompagné la tentative : vous avez tout fait en votre pouvoir pour moi, voilà ce que je considère et ce pourquoi je vous offre les sentiments de la plus profonde gratitude. I1 me reste une chose à vous demander : allez, je vous prie, allez voir ma chère Henriette, c’est à vous de lui offrir les consolations qu’elle pourra goûter. Pauvre épuuse ! je vois, je sens son sein déchiré par la peine, éc .‘#t en sanglots ! mais, quoique

(1) La familie «: eu M, Chevalier de Lorimier a eu la bonté de nous communiquer, par l'entremise d’un ami, plusieurs lettre: autographes et copies de iettres antographes de ce courageux martyr politique. Ayant copié nous-même celles-ci, nous les 3 .::1"ssons conformes aux origiuaux et aux copies que l'on nous a transmis. Ces lettres semblent «voir été écrites très à la hâte, ce qui exp'ique. selon nous, les incorrections de style qu’on y rencontre.

(2) M. de Lorimier, notaire de profession, a été exécuté à Montréal, le 15 février 1839, avec Hindenlang, Nicoias, Norbert et Daunais, en vertu d’une sentence prononcée par la conr martiale que sir John Colborne avait instituée pour juger ies insurrectionnaires de 1838.

naturels, à quoi servent-ils ? mon sort est fixé, la mort est inévitable, il faut la voir arriver de notre mieux . . . plus on est faible, plus la mort a d'horreur. D'ailleurs ne vais-je pas passer par la voie ordinaire à tous les hommes ? Si ma mort arrive un peu plus tôt elle est pour des motifs dont je ne puis rougir : je meurs en sacrifice à mon pays. Puisse sa cause désolée en recueillir quelques fruits !

Assurez votre dame de mon amitié constante et de mes respects, et vous, mon cher cousin, vivez heureux et pensez quelquefois à un homme plus malheureux que coupable.

Votre cousin et ami,

CHEVALIER DE LORIMIER

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