‹ Le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne [microforme]Chapitre 72 sur 203 · ARE · texte numérisé non relu

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D'un jour calme et serein il n'attend plus l'aurore, Il a trop espéré pour qu'il espère encore.

Ainsi qu'un mendiant qui déchu de bien haut, Sale et déguenillé, gît auprès d'une borne, Contemplant les palais qu'il possédait tantôt, Aumône et coups de pied, reçoit tout d'un air morne, Un peuple qu'on descend vivant dans son cercueil Confond les jours de fête avec les jours de deuil, Voilà comment, voilà, sans qu'un long cri de joie N'éclate dans les airs et ne te suive au port,

Sans que, pour le bénir du bien qu'il nous envoie, Saus que, pour témoigner un trop juste transport, Nous adressions au ciel un hymne d'allégresse ; Voilà, Colborn, voilà comment tu peux partir,

Ne laissant après toi qu’un sanglant souvenir,

Et tout fier d'observer la publique tristesse,

Oh ! lorsque l'Océan recevra ton vaisseau,

LI RÉPERTOIRE NATIONAI, 143

Si l'esprit protecteur de la jeune Amérique, Comme le Dieu des mers à la pointe d'Afrique Apparut à Gama, pouvait surgir de l’eau,

Lugubre et menaçant, et sa bouche sévère

Dire la vérité, la dire sans mystère,

Saurais-tu que répondre à sa pressante voix ? Comment justifier les immorales loix,

Qui, jetant un manteau sur de hideux coupables,

A ton gré les font tous où méchants ou louables ? Tandis que pour scruter des crimes prétendus On tira de l'égout tous les hommes perdus,

Et que pour satisfaire à ton puissant caprice, Interprètes soldés des pensers de chacun,

Ils mirent au cachot sans forme de justice,

Sans rien vouloir entendre ct sans motif aucun, Tous ceux qui n'avaient pas le talent de leur plaire ! Eu vain prétendras-tu qu'un effroi salutaire

Résulte de ces faits et seul sauve l'État, Jeter aux chiens d'enfer dont la race fourmille, Comme un os corrompu, toute brave famille ; Traiter un peuple entier comme un vil scélérat,

Ce n'est pas 1à des rois venger la noble cause,

Ft s'il est des méchants, s'il en est que l’on ose Envoyer devant Dieu chercher leurs châtiments : Ceux qui passent la vie à forger des tourments

Pour des hommes par eux contraints à la révolte ; Qui sèment la discorde, attendant pour récolte

La mort de leurs rivaux et les biens des proscrits ; Puis quand ils ont enfin élevé la potence

Comme une table où règne une affreuse abondance, Pour provoquer encor font éclater leurs ris ; Ceux-là sont les méchants ! Ceux-1à sont les vrais traîtres ! Sous ton règne, Colborn, ceux-là furent nos maîtres ! Ainsi, tout satisfaits du mai que nous faisons,

’ar leurs soins réunis, par leur noire menée

Dans leurs griffes de feu lorsqu'une âme est tombée, Au pavé des enfers ricanent les démons !

Et tu ne pouvais point, par un peu de tendresse, LUN Accordant quelque trève à leur lâche allégresse, Ravir un malheureux à la rage du sort ?

Et tu ne pouvais point, toi qu’on disait si fort, Imposer le silence à ces bouches infâmes,

Et jeter un peu d'onde a°1x dévorantes flamimnes ? Et tu ne pouvais point repousser de ton pied

Les dégoûtants troupeaux des hyènes voraces,

Par l'odeur de cadavre alléchés sur tes traces ?

Et tu ne pouvais point du haut de ton trépied Parler d’une voix douce à la pauvre victime

En qui l’on punissait jusqu’à l'ombre du crime ? Du bourreau qui criait : J'ai soif, donnez du sang ! Ou de l'épouse en pleurs, qui pour sauver le père Du fruit qu'elle portait dans son malheureux flanc, Embrassait tes genoux, sur le point d’être mère, Qui des deux méritait un dédaigneux refus ? / | Pourtant (et sans frémir, on dit que tu le pus)

| Tu repoussas la femme et pressas le supplice !

. Oh ! oui, c'était bien toi, l’invincible guerrier, Qu'une femme aurait su de ses pleurs ennuyer, Jusqu'au point d’engourdir ta rapide justice !

Toi, le grand destructeur des ennemis rendus, Toi qui jamais ne crains les armes qu’ils n’ont plus, Toi qui toujours livrais à ta cohorte avide

Le temple du Seigneur et le village vide ; Qui brûlais en partant le toit que tu laissais, Purifiant ainsi les lieux où tu passais.

Plutôt que de t’enfuir à la prochaine vague, Je voudrais que pressé par un souvenir vague, Solennel et pensif, et marchant à pas lents, À Comme marchent toujours les vainqueurs opulents, Tu fusses voir encor le sol de Saint-Eustache : | De la rébellion, il conserve la tache.

| Sur ces vieux murs déjà deux neiges ont passé,

du Le lierre triomphant déjà s’est élancé ri Sur la pierre jaunie, et le poudreux squelette | Chaque jour disparaît sous la terre que jette |

| Le lugubre aquilon, dernier ami des morts, Dans ce champ funéraire illustré par tes armes, Peut-être entendras-tu dire à des voix en larmes :

‘“ Les faibles sont tombés sous la hache des forts !

114 ‘‘ La justice a détruit les bourgades trompées.

‘ Les vengeances de Dieu, comme ils les ont outrées ! ‘Ils n’épargnent personne, ils n’ont point de remords,

à ‘“ Les faibles sont tombés sous la hache des forts ! ” | Ces voix, ce sont les voix des enfants et des femmes,

Î Des vieillards, qui, souffrant pour les fautes d'autrui, Au jour de la vengeance ont péri dans les flammes, Ensuite, si tu veux, pour chasser ton ennui, Quelqu'un pour converser, du tertre mortuaire

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