LE VIEUX CHÊNE
Naguère, sur les bords de l’onde murmurante,
Un vieux chêne élevait la tête dans les cieux ;
Et de ses rameaux verts l’ombre rafraîchissante
Protégeait l’humble fleur qui naissait en ces lieux.
Les zéphirs soupiraient le soir dans son feuillage
Argenté par la lune, et dont plus loin l’image
Ondoyait sur les flots roulant avec lenteur ;
Les oiseaux y dormaient la tête sous leur aile,
Comme, la nuit, sur l’eau repose la nacelle Immobile du pêcheur.
Des siècles à ses pieds reposait la poussière. Que d’orages affreux passèrent sur son front
Dans le cours varié de sa longue carrière ! #| Que de peuples tombés sans laisser même un nom ! \ Impassible témoin de leur vaste naufrage, is
Que j'aimais à prêter l'oreille à ton langage
Si plein de souvenirs des âges révolus.
Lui seul pouvait encore évoquer sous son ombre
L'image du passé, les fantômes sans nombre Des peuples qui n'étaient plus.