CONCLUSION
L'ouvrier de l’industrie anglaise a tiré de la diminution de la durée de son travail, et particulièrement du repos de l'après-midi du samedi un très grand profit, tant moral que physique. Aussi tient-il essentiellement à cette coutume, et serait-1l bien difficile, pour ne pas dire impossible, de le faire y renoncer. Se trouvant dans une condition sociale meilleure, son niveau intellectuel s'est peu à peu élevé, sa capacilé au travail s’en est ressentie, et il est devenu un excellent instrument de production. La meilleure preuve qu’on en puisse donner n'est-elle pas la prospérité, toujours croissante et longtemps invincible, de l'industrie de la Grande-Bretagne.
Comment se fait-il donc que les autres pays aient mis, en général, peu de hâte à s'approprier à leur tour cetusage, alors que sa fortune avait été en Angleterre si rapide? C’est que les circonstances étaient là-bas singulièrement favorables à l'application d’une mesure d'ailleurs en parfaite harmonie avec le caractère anglo-saxon.
Ce qui manquait tout récemment encore à beaucoup de pays, ce qui fait encore défaut à certains, pour leur permettre de pouvoir espérer la semaine anglaise, cest un
repos dominical généralement observé et solidement établi, prémisse indispensable du repos du samedi.
Or les Anglais avaient depuis fort longtemps ce repos du dimanche : leur religion le voulait même effectif et absolu, et la loi s'était efforcée de le rendre tel. Mais, exigeant presque l’immobilité, il ne se suffisait pas à lui-même. Voilà pourquoi on songea à créer le demi-congé du samedi, qui seul pourrait mettre la femme ouvrière à même de se reposer réellement le lendemain dimanche.
Favorisé et amené de la sorte par l'observation scrupuleuse du repos dominical, le repos du samedi après-midi trouvait encore une circonstance des plus propices pour son succès dans la prospérité de l'industrie anglaise, douée d'une supériorité qui paraissait définitive, dans le textile particulièrement. Si l'inévitable argument de la concurrence étrangère devait néanmoins être mise en avant, il perdait beaucoup de sa force en face des réalités très rassurantes.
Enfin, l'organisation puissante et disciplinée que les ouvriers de l’industrie anglaise ont été les premiers à connaître, a fort contribué aussi à les doter d’une institution vivement désirée.
Toutes ces raisons expliquent suffisamment pourquoi l'Angleterre a été le berceau et reste aujourd’hui encore le pays d'élection d’une coutume, dont l'intérêt pourtant n’est pas enfermé dans ses frontières.
Le terrain, dans lesautres pays, en général, était moins bien préparé. Il convient cependant de mettre à part les États-Unis qui, grâce à leur situation industrielle extrêmement florissante et à l'intervention énergique des Trade- Unions, ont pu, assez vite pratiquer aussi la semaine anglaise, et l’ont érigée, comme les Anglais, en coutume