GUILLAUME TELL
souvenir d'un chant guerrier sous le nom de ce paladin ; mais le texte en est perdu. L'idée principale en a été reproduite dans une romance du comte de Tressan.
k Le carreau d'arbalète était une flèche dont le fer avait quatre pans ; de là l'expression figurée : Les carreaux vengeurs de Jupiter,
1 C'était le cri de ralliement des Croisades.
GUILLAUME TELLa.
Gésier b ayant, selon la chronique, fait dresser sur la place publique d'Altorf, capitale du canton d'Uri, une perche au haut de laquelle il avait fait placer le chapeau ducal d'Autriche, enjoignit à tous les Suisses de rendre à ce chapeau les honneurs prescrits envers le prince lui-même. Tell, dénoncé pour avoir désobéi à ce décret de servitude, fut condamné par Gésier à abattre d'un coup de flèche, sur la le te de son propre fils, une pomme que le tyran y avait fait placer.
Il regarde son fils, s'arrête, lève les yeux vers le ciel, jette son arc et sa flèche, et demande à parler à Gemmi. Quatre soldats le mènent vers lui: "Mon fils," dit-il, "j'ai besoin de venir t'embrasser encore, de te répéter ce que je t'ai dit. Sois immobile, mon fils ; pose un genou en terre, tu seras plus sûr, ce me semble, de ne point faire de mouvement; tu prieras Dieu, mon fils, de protéger ton malheureux père. Ah I ne le prie que pour toi ; que mon idée ne vienne pas t 'attendrir, affaiblir peut-être ce mâle courage que j'admire sans l'imiter. O mon enfant! oui, je ne puis me montrer aussi grand que toi. Soutiens, soutiens cette fermeté dont je voudrais te donner l'exemple. Oui, demeure ainsi, mon enfant, te voilà comme je te veux.... Comme je te veux! malheureux que je suis î... Ecoute.... Détourne la tête... Tu ne sais pas, tu ne peux prévoir l'effet que produira sur toi cette pointe, ce fer brillant dirigé contre ton front. Détourne la tête, mon fils, et ne me regarde pas." — " Non, non," lui répond l'enfant, "ne craignez rien, je veux vous regarder, je ne verrai point la flèche, je ne verrai que mon père." — " Ah ! mon cher fils," s'écrie Tell,
" ne me parle pas ; ne me parle pas : ta voix, ton accent m'ôterait ma force. Tais-toi, prie Dieu, ne remue pas."
Guillaume l'embrasse en disant ces mots, veut le quitter, l'embrasse encore, répète ces dernières paroles, pose la pomme sur sa tête, et, se retournant brusquement, regagne sa place à pas précipités.
Là, il reprend son arc, sa flèche, reporte ses yeux vers ce but si cher, essaie deux fois de lever son arc, et deux fois ses mains paternelles le laissent retomber. Enfin, rappelant toute son adresse, toute sa force, tout son courage, il essuie les larmes qui viennent toujours obscurcir sa vue ; il invoque le Tout-Puissant, qui, du haut du ciel, veille sur les pères ; et, roidissant son bras qui tremble, il force, accoutume son œil à ne regarder que la pomme. Profitant de ce seul instant, aussi rapide que la pensée, où il parvient à oublier son fils, il vise, tire, lance son trait, et la pomme emportée vole avec lui. Florian.
Florian {Jean-Pierre Claris de), Né en 1755, mort en 1794. Membre de l'Académie française. On a de cet écrivain célèbre des fables, des nouvelles, des romans poétiques, des comédies, etc. Ses Fables, le plus beau titre qu'il ait à la gloire, le placent immédiatement après La Fontaine. Gonzalve de Cor doue est le meilleur et le plus intéressant de ses romans ; dans ses comédies on remarque la Bonne mère, petite pièce pleine de grâce et de naïveté.
a Guillaume Tell, l'un des chefs de la révolution helvétique de 1307, naquit à Burghen, canton d'Uri, et mourut en 1354.
b Gésier, gouverneur de la Suisse pour Albert d'Autriche. Le gouverneur de ce fief de l'Empire, à l'époque de la révolution de 1307, se nommait Handenberg.