‹ Le rértoire littéraire;Chapitre 168 sur 267 · JEANNE-D ARC PRISONNIERE · texte numérisé non relu

JEANNE-D ARC PRISONNIERE

La Pucelle-d' Orléans naquit, en 1410, à Domremy, près de Vaucouleurs, de parents pauvres, et fut bergère jusqu'à 18 ans. Le désir de délivrer son pays et de rétablir son souverain dans ses états en fit une fille inspirée. Elle prend l'habit et l'armure d'un guerrier, elle ranime l'espoir des Français, et en peu de

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temps les Anglais sont contraints de se retirer. Elle conduit ensuite Charles VII à Reims, où il est sacré en 1429. Après plusieurs actions héroïques, elle fut prise au siège de Cornpiègne, et les Anglais la mirent en jugement à Rouen, où elle fut brûlée vive comme sorcière le 31 mai 1431.

Le duc de Bourgogne vint mettre le siège devant Compiègne ; c'était la principale ville que les Français eussent dans le pays. Le sire Guillaume de Flavy, que le roi y avait pour capitaine, et qui l'avait conservée ensuite malgré ses ordres, était un vaillant homme de guerre, mais le plus dur et le plus cruel peut-être qu'on connût dans ce tempslà. Il n'y avait pas de crime qu'il ne commît chaque jour. Il fesait mourir toutes sortes de gens, sans justice ni miséricorde, dans les plus affreux supplices.

Ce terrible capitaine avait fait les plus grands préparatifs pour se bien défendre. La ville était suffisamment approvisionnée de vivres et de munitions. Les murailles étaient fortes et réparées à neuf; la garnison, nombreuse; l'artillerie, bien servie. Aussi le duc de Bourgogne assembla toute sa puissance pour un siège si difficile. Il fit entourer la ville presque de tous les côtés : le sire de Luxembourg, le sire Baudoin de Noyelles, sir John Montgomery, et le duc lui-même commandaient chacun les postes principaux.

Dès fju'elle apprit que Compiègne était ainsi resserrée, Jeanne-d'Arc partit de Crespy pour aller s'enfermer avec la garnison. Dès le jour même de son arrivée, elle tenta une sortie par la porte du pont, de l'autre côté de la rivière d'Aisne. Elle tomba à l'improviste sur le quartier du sire de Noyelles, au moment où Jean de Luxembourg a et quelques uns de ses cavaliers y étaient venus pour reconnaître la ville de plus près. Le premier choc fut rude ; les Bourguignons étaient presque tous sans armes. Le sire, de Luxembourg se maintenait de son mieux, en attendant qu'on pût lui amener les secours de son quartier, qui était voisin, et de celui des Anglais. Bientôt, le cri d'alarme se répandit parmi tous les assiégeants, et ils commencèrent à arriver en foule. Les Français n'étaient pas en nombre

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pour résister : ils se mirent en retraite. Jeanne-d'Arc se montra plus vaillante que jamais; deux fois elle ramena ses gens sur l'ennemi ; enfin, voyant qu'il fallait rentrer dans la ville, elle se mit en arrière-garde pour protéger leur marche et les maintenir en bon ordre contre les Bourguignons qui, sûrs maintenant d'être bien appuyés, se lançaient vigoureusement à la poursuite. Ils reconnaissaient l'étendard de Jeanne-d'Arc, et la distinguaient à sa huqueb d'écarlate, brodée d'or et d'argent ; enfin ils poussèrent jusqu'à elle. La foule se pressait sur le pont. De crainte que l'ennemi n'entrât dans la ville à la faveur de ce désordre, la barrière n'était point grande ouverte ; Jeanne se trouva environnée des ennemis ; elle se défendit courageusement avec une forte épée qu'elle avait conquise à Lagny sur un Bourguignon. Enfin, un archer picard, saisissant sa huque de velours, la tira en bas de son cheval ; elle se releva, et, combattant encore à pied, elle parvint jusqu'au fossé qui environnait le boulevard devant le pont. Pothon le Bourguignon, vaillant chevalier du parti du roi, et quelques autres étaient restés avec elle, et la défendirent avec des prodiges de valeur. Enfin il lui fallut se rendre à Lionel, bâtard de Vendôme, qui se trouva près d'elle.

De Baraxte.

Barante (Prosper-Bnv giere, baron de), Auteur vivant. 11 naquit à Riom (Puy-de-Dôme) Ri 1783. D'abord auditeur au conseil d'Etat sous l'Empire, M. de Barante devint préfet du département de la Loire-Inférieure^ et, après la seconde abdication de Napoléon, conseiller d'Etat, secrétaire-général du ministère de l'intérieur, puis député et enfin pair de France. Il a publié un ouvrage intitulé : Des divers projets de constitution pour la France ; un autre sur la Littérature française pendant le 19e siècle ; mais son plus beau titre à la gloire est Y Histoire des ducs de Bourgogne. Cet ouvrage retrace le moyen-âge tout entier, avec sa physionomie, sa parole, son caractère et ses actions.

a Jean de Luxembourg, gouverneur d'Arras en 1414, et de Paris en 1418, pour le roi d'Angleterre, Henri VI. b Huque ou hucque, ancien mot qui signifie tunique ou cotte.

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