FORETS AMERICAINES
Pénétrez dans ces forêts américaines aussi vieilles que le monde : quel profond silence dans ces retraites quand les vents reposent î quelles voix inconnues quand les vents viennent à s'élever î Êtes-vous immobile, tout est muet : faites-vous un pas, tout soupire. La nuit s'approche, les ombres s'épaississent : on entend des troupeaux de bêtes sauvages passer dans les ténèbres ; la terre murmure sous vos pas ; quelques coups de foudre font mugir les déserts : la forêt s'agite, les arbres tombent, un fleuve inconnu coule devant vous. La lune sort enfin de l'orient : à mesure que vous passez au pied des arbres, elle semble errer devant vous dans leur cime, et suivre tristement vos yeux. Le voyageur s'assied sur le tronc d'un chêne pour attendre le
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jour; il regarde tour à tour l'astre des nuits, les ténèbres, le fleuve ; il se sent inquiet, agité, et dans l'attente de quelque chose d'inconnu ; un plaisir inouï, une crainte extraordinaire, font palpiter son sein, comme s'il allait être admis à quelque secret de la Divinité : il est seul au fond des forêts ; mais l'esprit de l'homme remplit aisément les espaces de la nature ; et toutes les solitudes de la terre sont moins vastes qu'une seule pensée de son cœur.a
Chateaubriand {Voyez la page 63.)
3 Tout ce que le cœur et l'esprit de l'homme peuvent ressentir et penser en présence d'une nature empreinte de grandeur et de mystère, se trouve analysé dans cette description avec vérité, et peint des plus belles couleurs de la poésie.
UN CABINET D ANTIQUITES.
Au premier coup d'œil les magasins offraient un tableau confus, dans lequel toutes les œuvres humaines se heurtaient1. Des crocodiles, des singes, des boas empaillés0-, souriaient à des vitraux d'église, semblaient vouloir mordre des bustes, courir après des laques3, grimper sur des lustres.
Un vase de Sèvres où madame Jaquotota avait peint Napoléon se trouvait auprès d'un sphinx dédié à Sésostris. ... Le commencement du monde et les événements d'hier se mariaient avec une grotesque bonhomie*. Un tournebroche était posé sur un ostensoir5, un sabre républicain sur une haquebuteb du moyen-âge.
Les instruments de mort, poignards, pistolets curieux, armes à secret, étaient jetés pêle-mêle avec les instruments de vie, soupières en porcelaine, assiettes de Saxe, tasses orientales venues de Chine, drageoir s féodaux6. Un vaisseau d'ivoire voguait à pleines voiles sur le dos d'une immobile tortue. . . . Une machine pneumatique éborgnait l'empereur Auguste, qui ne s'en fâchait pas.
Plusieurs portraits cl'échevins français, de bourguemestres hollandais0, insensibles1, comme pendant leur vie,