‹ Le rescrit d'Hadrien a Minucius Fundanus [microform]Chapitre 14 sur 16 · Hist. Eccl. IV · texte numérisé non relu

Hist. Eccl. IV

' LE UÈSdUIT D HA.DUIEN 'Sù

que ce texte ne fût l'original. Eusèbe la traduit en ^rec pour l'insérer dans son Histoire de f Eglise. Plus tard cette version apris, dans l'œUvre grecque de saint Justin, la place même du texte latin qui ne nous a pas été transmis avec V Apologie du philosophe martyr.

Mais dans sa traduction latine de VBistoi?'e de- l'Eglise d'Eusèbe, Rufin nous donne du rescrit un texte latin qui ne concorde pas exactement avec la traduction de Tévêque de Gésarée. Nous savons, par de multiples exemples, que Rulin était loin d'être un traducteur méticuleux. Aussi les écarts entre les deux textes ne devraient pas nous empêcher de croire que le texte de Rufîn peut être une traduction faite sur le grec d'Eusèbe. Toutefois quand Rufin rencontrait dans VHistoire de VEglise^ les passages qu'Eusèbe a traduits et empruntés à des ouvrages latins, il lui est arrivé parfois d'aller reprendre dans l'ouvrage original le texte latin, plutôt que de traduire à sa manière la version d'Eusèbe '.

On s'est donc demandé si le texte latin, donné par Rufin, n'est pas l'original même du rescrit, tel qu'il se trouvait, peut-être encore de son temps, dans V Apologie de saint Justin ^.

MM. Keim et Funk ^ ont fait valoir de sérieuses raisons contre cette hypothèse. Mais loin d'être abandonnée, celle-ci semble jouir de la faveur delà plupart des historiens modernes. Citons par exemple MM. Gieseler, Neander, Rimmel, Otto, Overbeck, Aube, Lightfoot, Ramsay

1. Voir p. ex. sur la manière dont Rufin traite les citations empruntées par Eusèbe à \' ApologeticuinA& Tei'tullien, A0. Harnack, Die grieschisc/ie Uebersetzung des Apologeticus Tertullians. Leipzig 1892 (Texte undUntersuch., VIII, 4),p. 11 ss.

2. Une faudrait donc pas supposer avec M. Funk (p. 344) que Rufin aurait dû faire de longues recherches pour trouver le texte, si on suppose — gratuitement d'ailleurs — que l'original se trouvait encore dans V Apologie de saint Justin, du temps de Rufin.

'3. Voir art. cité de Punk, p. 334,

36 LE REscuïT d'hadhieN

Hardy et Harnack ^. Plusieurs autres qui se contentent toujours de citer ou de traduire le texte latin semblent être du même avis.

1. Rufin, disent les partisans du texte latin, nous avertit lui-même qu'il a emprunté son texte à l'apologie de saint Justin. Car, dans sa traduction àeV Histoire, il a omis précisément la phrase dans laquelle Eusèbe inlbrmait ses lecteurs qu'il avait traduit lui-même en grec le texte original latin de saint Justin. Au reste, dans ses écrits authentiques, Rufin n'emploie guère un langage juridique, alors qu'ici nous trouvons plusieurs expressions techniques, empruntées à la langue des juristes.

Ces raisons ne sont pas à dédaigner, mais ne nous semblent pas décisives. La première pourrait être un excellent argument, s'il s'agissait d'un traducteur exact et minutieux. Mais Rufin n'a pas la conscience si étroite. Jl ne se gêne pas pour ajouter des explications qu'il croit nécessaires à ses lecteurs ; il omet facilement ce qui ne lui semble pas utile ; dans bien des cas, il fait une adaptation plutôt qu'une traduction.

Quant au caractère juridique et technique de la langue de Rufin, nous avouons ne pas connaître assez bien son style pour pouvoir trancher une question si délicate. Qu'on; nous permette cependant quelques observations.

a) Nous venons d'entendre M. Aube se plaindre du caractère vague, flottant et embarrassé du style du rescrit, qui ne rappelle pas le style ferme des autres rescrits d'Hadrien.

b) Les termes qu'on nous signale comme particulièrement techniques : hoc exeqid non prohiheo, si quis postulaient

1 . Das Eclikt des An/oninus Puis , p. 6, note 2. Il considère cette opinion comme très probable, en ajoutant toutefois : « Doch sind nicht aile Bedenken gegen dièse Annalime bereils gehoben. » M. P. Alladd qui, dans son Histoire des perséc. (1885), en appelle toujours au texte latin, ne le cite plus même dans l'appendice de son ouvrage plus récent, Le Christianisme et l'empire, p. 294.

LE RESGRIT d'hADRIEN 37

reum, vindicare n'ont pas un cachet si exclusivement juridique qu'ils soient soustraits à la langue usuelle, et qu'ils ne pourraient être employés par un écrivain quelconque qui n'aurait que des affinités très éloignées avec le code et les juristes, c) Enfin tout écrivain tâche d'adapter son style à la matière qu'il traite. Etant obligé de parler jurisprudence, il s'efforcera de se servir autant que possible des expressions du droit, et bien malhabile serait l'écrivain qui ne parviendrait pas à en employer quelques-unes à propos. Ne serait-ce pas là la raison de la diversitéentre ce morceau juridique et lalangueordinaire de Rufin, si tant est que cette différence existe?

11. Quand le critique se trouve en présence de textes différents, de recensions multiples, de copies ou de traductions diverses, c'est toujours, pour lui, un problème bien délicat de décerner la palme de la priorité à tel ou tel prétendant. Personne n'ignore avec quelle facilité les impressions subjectives peuvent jouer le rôle prépondérant dans ces sortes de controverses. Nous pouvons craindre qu'ir n'en soit de même ici. C'est pourquoi nous chercherons une base objective plus large dans la comparaison de notre double texte avec les deux textes du soi-disant rescrit d'Antonin le Pieux. Pour ce dernier document, nous sommes sûrs de posséder dans le texte latin une traduction faite par Rufin '. Voyons si les mêmes procédés ne trahissent pas le même auteur.

Voici la dernière partie — la plus juridique — du rescrit du pseudo-Antonin.

T7:èp TÛv TotûÙTWV Wc âXAoi Super quibus PLuniMi ex prè-

Ttvèç Twv TCepc Taç âirapyjaç rc{z- vinciis judices etiara venerabili

li.6vwv -uôi Osictâ-w [J,oL» -a-pi Ipya- patri nostro scriiiseranl. Quibus

(j^av, oîç y.ai avTÉYpa^'' Wfl^''^ rescriplum est ab eo, ut nihil

Page 1