‹ Le Retour au bercailChapitre 25 sur 30 · LE SANO VENGE LE SANG · texte numérisé non relu

LE SANO VENGE LE SANG

les fantômes des vivants n'apparaissent eux-mêmes à les yeux épouvantés, et que tu sois instruit au-delà de tes désirs.

— Je veux savoir, dit l'homme sombre, et je nai peur de rien, pas même de la mort.

La vieille ricana.

— Ton manteau ne sert de rien, dit-elle, mon œil pénétrant te voit dans tes insignes, Witeric, officier du roi catholique Liuva.

— Qui t'a dit mon nom et ma fonction ? demanda l'homme surpris. '

— Tais-toi, dit la vieille, l'océan noir des formes charrie ton image passée, présente et à venir, et elle ne peut échapper à mon regard perçant. Je t'attendais. C'est à cause de toi et de tes œuvres qui sont celles de la sombre puissance, que j'ai tracé ce cercle, écrit ces figures, allumé ce feu de cyprès et mis en train cette cuisine. Regarde !

Elle fit des signes étranges sur le chaudron et prononça des paroles barbares.

Aussitôt, le feu s'éteignit et la cabane fut plongée dans une obscurité complète et profonde.

Witeric regardait, les yeux fixés sur le chaudron maintenant invisible.

Soudain, une spirale de clarté bleuâtre et floconneuse s'en échappa, éclairant Tair d'une lueur opaline et funèbre qui, bientôt, accusa des tourbillons larges et lents, zébrés parfois de rouges lueurs.

Et comme en un kaléidoscope tournant, des formes apparurent et tournoyèrent, montrant aux yeux de l'officier royal tous les panoramas de son existence passée.

Il vit l'enchaînement de sa vie et le motif infernal qui en diri^^eait les ressorts cachés, à son insu.

Puis, un trône apparut, celui des rois visigoths d'Espagne, occupé par un jeune homme au front glorieux, entouré de grands et d'officiers.

Parmi les officiers, Witeric se reconnut. Immobile, il se tenait près du trône.

Tout à coup, la scène changea, des cascades de sang roulaient sur les degrés souillés par le meurtre; de vagues clameurs d'orgie semblaient un brouhaha lointain, autour de ce roi qui n'était plus qu un cadavre, du cœur duquel sorlait un poignard ; bientôt une main apjjarut tenant ce poignard, puis un bras, puis un corps. Des chants iunèbres se firent entendi'e, puis des acclamations. Le trône resplendissait de nouveau et un nouveau roi y était assis.

Witeric se reconnut dans cette ombre.

Il sourit d'un sourire infernal, et la voix de la vieille retentit de nouveau à ses oreilles :

— Salut! tu seras roi!

Trois fois elle retentit, mais au ton lugubre de la troisième fois, Witeric regarda avec des yeux dilatés par l'épouvante, un horrible spectacle.

Pendant qu'il était assis sur le trône et recevait les hommages de ses courtisans et de ses complices, il lui semblait que le plancher du trône cédait sous le poids du trône, comme * une poitrine intermittente qui respire.

Et du sang sourdait de tous côtés, suintait de partout, jaillissait des fissures, souillait tout, tâchait tout, l'éclaboussait d'une pourpre humide et brûlante qui le serrait et le consumait comme une tunique de Nessus, infernale, vengeresse et perfide.

L'air de la salle, les visages, les luminaires, tout était sanglant, et des mains sanglantes écrivaient sur les murs sanglants des malédictions qui dégouttaient de sang.

— Hélas! murmura-t-il, les cheveux hérissés par une sombre horreur, quels sont ces horribles présages?

Autour de son trône, il les reconnaissait tous, ses amis de débauche qui avaient favorisé son bras pour la perpétration du crime régicide; maintenant, ils dansaient une

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