‹ Le Retour au bercailChapitre 5 sur 30 · LA SOURCE PURE · texte numérisé non relu

LA SOURCE PURE

Voici ce que dit cette inscription :

« A Néron-Glaudius-Gésar-Auguste, Pontife suprême, pour avoir purgé la province des brigands et de Ja secte qui prêchait au genre humain une superstition nouvelle.* » ' Voilà pourquoi le grand Jérôme s écriait :

« Le sublime Paul, l'Apôtre des nations selança en conquérant et parcourut la terre. Il prêcha l'Evangile depuis Jérusalem jusqu'en lUyrie et, de là, jusqu'en Espagne. Il fournit sa course depuis la mer rouge, où plutôt depuis un océan jusqu'à l'autre, imitant son maître, le divin soleil de justice dont il est écrit : d'un bond il vole, d'une extrémité du ciel à l'autre. La terre manqua sous les pas de Paul avant que son zèle eut éprouvé une défaillance.^ »

Nous savons que l'Egiise de Tolède honore le patricien Marcellus, ce romain que Paul convertit en Espagne et consacra évêque de cette région. Nous savons aussi que l'apôtre amena avec lui sur notre sol pour en faire le premier évêque de Tortosa, Rufus, fils de ce Simon le Gyrénéen, qui aida Jésus à porter sa croix. ^

Vous voilà donc fixés, mes fils bien-aimés, sur la source pure à laquelle ce pays, sur lequel vous régnerez, a puisé les principes de sa foi religieuse et chrétienne.

(1) Cette inscription a été découverte, en effet, dans les ruines de Marcussia en Lusitanie ; elle a été reproduite comme il suit, par Barooius [Ann, ecclésiast.^ ad ann. 69, § 46.)

NERONI CL. CMS, iUG.

PONTIF. MAX. OB PKO VIN. LA.TK0N13. KTHIS

Qvi novam genkki h» m.

SVPERSTniONIiM INCVLCAR, PVRGATJLM.

(2) S. .lérftme : Commentaire sur Amos^ ch. v,

(3j Fierez : Ëspana ^agrada^ t. m, ch. iv, § 3; Baronius, AnnaUs ecdésiast.^

ann. 69, n, 46 ; Alphonse de Requina, Histoire du voyage de S. Paul en Espagne.

s. Paul, pour aller de btome en tspagne, suivit, sans doute, la célèbre toie

— Votre science est profonde, seigneur père, dirent les deux jeunes princes, et de pareils témoignages sont un grand titre de gloire pour l'Espagne.

— Mais croyez-vous, poursuivit levêque, que ceux qui sont à l'honneur ne doivent pas être aussi à la peine? Sachez donc que le sol glorieux de l'Espagne a été, lui aussi, largement arrosé par les flots fécondants du sang.

romaine qui allait d Italie en Bétique à trarers les Gaules, par Nice, Arles, Narbonne et les Pyrénées, dit M. de Alarca. S. Adon {Chroniq. de Vienne) ^ dit ainsi que t Paul mis en liberté par Néron, passa en Espagne et laissa comme missionnaires, Trophime à Arles et Crescent à Vienne, «

Le martyrologe romain (23 septembre), nomme les deux martyres espagnoles Xautippa et Polyxèna, converties par S. PanI,

Tant de témoignages ne permettent {as de douter que S. Paul ait pu aller en Espagne y prêcher lui-même l'Evangile.

Deux lettres de S. Cyprien, dont l'une fameuse, relative à la déposition juridique de deux évêques d'Astorga et de Léon, coupables d'apostasie, font foi de la prédication de l'Evangile en Espagne et de la constitution des églises de ce pays avant l'an 250, époque de laquelle on veut faire dater souvent l'exi^'ansion du christianisme en ce pays.

LES SEiMAILLES TRAGIQUES,

— Vous avez appris, mes chers fils, continua le vénérable Léandre, que la vérité chrétienne, pour s'établir sur la terre, dut lutter contre l'opposition formidable du paganisme qui, sentant sa cause à jamais perdue, usa de toutes les violences les plus atroces contre les héroïques prédicateurs de la foi nouvelle.

« Hélas! soupira l'évéqae, cette foi même devait voir, plus tard, surgir des rangs même de ses fidèles, des persécuteurs et des bourreaux!

5» Mais, en ce temps-là, où la foi était une partout, encore en son berceau, l'orient fut inondé du sang des martyrs.

r^ L'occident ne fut pas moins fécond en sacrifices, et l'Espagne où déjà Je grand arbre de la foi étendait puissamment ses racines, vit des milliers de martyrs.

« Dioctétien, alors, ensanglantait l'empire tout entier par le meurtre des chrétiens.

5» C'était le proconsul Dacien qui avait été chargé de faire exécuter dans nos provinces les édits de persécution. Et ce n'était pas pour lui une petite tâche, il lui fallut se multiplier vraiment pour y suffire, tant il y avait de héros qui bra-

valent toutes les tortures et la mort la plus horrible au nom du Christ.

' » A César- Augusta,^ dix-huit martyrs donnèrent leur sang pour attester leur croyance.

y) L'un d'entre eux, le plus célèbre, a été loué par Tillustre Augustin et chanté par le poète chrétien Prudence.

» C'est le saint martyr Vincent qui était archidiacre de Valérius, évêque de César- Augusta.

j» Trop âgé pour distribuer lui-même le pain de la parole évangélique à son peuple, le vieil évéque avait chargé Vincent de le suppléer dans cet office et le jeune archidiacre, plein de zèle et de science et très versé dans l'étude des Ecritures, obtenait les plus consolants succès dans ce saint ministère.

» On le vénérait déjà partout comme un saint et sa réputation de sainteté et d'éloquence le désignait sûrement aux premiers coups de la persécution.

» Lorsque le proconsul Dacien passa à César-Augusta, il ordonna qu'on lui amenât Vincent et Valérius, le diacre et révoque, afin qu'ils répondissent de leur ministère et sacrifiassent aux dieux.

» Le vieux pasteur Valérius, à cause de son âge avancé, fut envoyé en exil, mais le diacre Vincent fut mis à la torture.

« Pendant que ses os disloqués craquaient sur le chevalet et que ses membres étaient alireusement déchirés par les ongles de fer, le saint martyr se tournait vers JJacien et lui disait avec le sourire sur les lèvres :

» — En vérité, personne ne m'a jamais traité plus amicalement que vous!

r> Les bourreaux, lassés par sa constance et couverts de sueur, s'arrêtaient de temps en temps pour respirer et prendre de nouvelles forces. .

(1) Saragosse.

LES SEMAirXES TRAGIQUES, ** 25

» — Quoi! leur dit Vincent, est-ce ainsi que vous êtes forts? Allons, un peu de courage et de vigueur!

j» Deux fois, ces suppôts d'une fureur diabolique s'arrêtèrent afin de laisser refroidir les plaies du héros chrétien et pour donner à la souflrance le temps de raviver en lui ses aiguillons.

» Devant ce spectacle affreux, le proconsul Dacien écumait de rage.

j» Il fit retirer du chevalet ce corps défiguré par les plaies qui n'y laissaient pas une place intacte et mettaient à nu les entrailles, et ordonna qu'on couchât le martyr sur un gril de / fer, sur des charbons ardents.

V Les parties du corps que le feu n'atteignait pas étaient, par les soins des bourreaux, brûlées avec des plaques de fer rouge; on jetait sur les plaies saignantes du martyr des poignées de sel qui, pénétrant profondément dans les chairs, ajoutait à celles du feu une douleur dont l'atrocité ne changea rien à la constance du héros de la foi.

« Gomme il résistait encore à tant de supplices, le proconsul le fit retirer de sa couche ardente et jeter dans un cachot dont le sol était hérissé de débris aigus de poteiie.

r^ Mais, quand les geôliers vinrent pour constater l'agonie définitive du martyr, ils reculèrent stupéfaits.

r> Vincent se promenait dans son cachot en chantant les louanges du Seigneur.

» — Le Dieu de cet homme est le vrai Dieu! se dirent-ils alors.

y> Et ils se convertirent à la foi.

« Cependant, Dacien, par un nouveau raffinement d'atrocité, voulant ôter au diacre héroïque la gloire de mourir dans les tourments, le fit retirer du cachot et coucher sur un lit moelleux, afin que les médecins le soignassent et lui rendissent uiv corps capable de souffrir encore de nouveaux tourments.

r> Mais le martyr y était à peine étendu qu'il expira.

» Son corps fut jeté dans la campagne à la merci des bêtes fauves et des oiseaux de proie, et il y resta pendant quinze jours. Le proconsul, alors, le fit coudre dans un sac et jeter à la mer. Mais les flots le rendirent au rivage où il fut recueilli par des chrétiens qui l'ensevelirent dans une église voisine.

y> A Mérida, une jeune fille de douze ans nommée Eulalie, marcha sur les traces glorieuses du diacre Vincent et montra le même courage héroïque.

» Dacien étant sur son tribunal, elle y vint d'elle-même confesser sa foi.

» Le proconsul ne douta pas un seul instant qu'il lui fut possible, par de douces paroles, de la faire sacrifier aux idoles. Mais, ne réussissant pas par ce moyen, il fit étaler sous ses yeux tous les instruments de torture.

r> — Vois, lui dit-il, jeune fille insensée, quel sort atroce est réservé à ton obstination, si tu refuses absolument de sacrifier aux dieux.

» Mais Eulalie renversa les idoles, dispersa les offrandes qui leur étaient destinées et cracha avec mépris au visage du proconsul.

» Aussitôt, deux bourreaux la saisirent et déchirèrent ses membres délicats avec des ongles de fer.

» Eulalie, tranquillement, comptait les coups et disait :

« — Ecrivez, écrivez sur mon corps d'une façon indélébile, la victoire de Jésus-Christ.

» On prit alors des torches enflammées pour les appliquer sur ses blessures, mais le feu ayant pris à sa longue chevelure, la fumée l'étoufia et elle rendit l'esprit.

« A Gomplutum,^ deux jeunes frères, Justus, égé de treize ans et Pastor, âgé de sept ans, étaient à l'école lorsqu'ils

(1} Alcala de Hônarès.

LFS SKM AILLES TRAGIQUES. 27

apprirent l'arrivée de Dacien et sa fureur contre les chrétiens.

y> Aussitôt, ils quittent la classe et vont se présenter au proconsul.

" — Que veulent ces enfants? demanda Dacien.

y> — Nous venons te dire que nous sommes chrétiens, répondirent-ils, fais de nous ce que tu voudras.

r> Le féroce gouverneur les fît alors flageller jusqu'au sang et ordonna au bourreau de leur trancher la tête.

?» Cela se passait sous Dioclétien, mais, sous le règne de Tapostat Julien, on devait voir encore des martj^rs. Honte éternelle! quoique les païens fussent heureux de ces excès quiis fomentaient et dont ils recueillaient les bénéfices, ces forfaits devaient être perpétrés par des chrétiens sur d'autres chrétiens.

» Dans toutes les villes de la Mauritanie, à Lemellum,^ à Carpos,* à Tipasa,^ les prêtres et les diacres catholiques furent égorgés au pied des autels.

» On dépeçait en mille morceaux le corps tout vivant des martyrs : on dépouillait de leurs voiles les vierges du Seigneur, on les livrait aux outrages de la soldatesque infâme; on arrachait avec le fer, aux mères infortunées le fruit de leurs entrailles. Le pain eucharistique et sacré était jeté en pâture aux chiens immondes.'* Les ampoules de verre conte-

(1) Lemellum, ville de la Mauritanie Sétifienne.

(2) Carpos, ville <]e l'Afrique proconsulaire.

(3) Tipasa, ville de la Mauritanie Césarienne.

(4) Ces excès étaient comnois par les hérétiques doratistes, qui prétendaient que les catholiques avaient perdu le privilège de consacrer vaiidement l'Eucharistie.

Rappelons en quelques mots la nature de ce schisme, devenu bientôt une dangereuse hérésie, dont le berceau fut l'Afrique.

Les donatistes, nommés ainsi de Donat, leur chef, prétendaient que les prêtrts indignes, quoique validement consacrés, entraînaient par leur indignité la nullité des sacrements qu'ils confèrent.

Cette opinion serait juste, si elle se rapportait à un individu agissant en son propre nom, mais si, selon 1 expression de S. Denjs l'Aréopagite, • le prêtre indigne

nant les huiles saintes étaient brisées ou jetées dehors par les fenêtres des églises profanées. Les calices d'or et d'argent étaient fondus en lingots et livrés aux agents du fisc impérial dont ils allaient grossir les trésors.^

y> 0 mes fils bien-aimés, voilà les douleurs de la division dans un même troupeau! L'Eglise universelle de Jésus-Christ présente le spectacle d'excès que le monde païen n'a pas connus, car jamais on n'a vu la religion païenne divisée contre elle-même. Bien plus, l'histoire nous montre un mémorable exemple de l'entente parfaite qui existait entre tous les temples du monde, lorsqu Alexandre le Grand vint à Jérusalem et que le grand-prêtre Jaddus s'avança au-devant de lui, le conduisit au temple de Jérusalem et jusqu'au Saint des Saints. Le conquérant pénétra dans le redoutable sanctuaire où le grand-prêtre lui-même n'entrait qu'une fois l'an et oflrit à Dieu un sacrifice.

est un loup dévorant, souvent, dans le troupeau du Seigneur, n cDenys Areop. Lettre au moine Dëmophile)^ comme le prêtre n'est qu'un ministre, ce n'est pas lui qui agit dans 1 administration des sacrements, mais la grâce, par les mérites de Jésus-Christ, par 1 ensemble des forces mystiques de l'Eglise et, enfin, par le canal du prêtre indigne si souillé soit-ilet qui n'a qu'un rôle d'instrument liturgique docile.

A cette époque, il y avait un certain nombre de prêtres qui, ayant livré les Ecritures aux persécuteurs (traditeurs), ou ayant même apostasie, s'étaient repentis et, après pénitence, avaient été réintégrés daus leur ministère par 1 Eglise, en vertu de son pouvoir de lier et de délier. C'était contre ce fait que les donatistes s étaient révoltés. Ils se prétendirent donc la seule, unique et pure église de Jésus-Christ, et se livrèrent bientôt aux excès les plus fanatiques contre les catholiques, ci^mme on le voit ici, se refusant d'ailleurs longtemps à toute conférence contradictoire avec ceux-ci. Enfin, vers Tan 410, une conférence eut lieu à Carthage sur ce sujet et saint Augustin y démontra clairement que : 1° L'Eglise ne se compose pas uniquement de bons mais auss; de mauvais, puisqu'elle possède des sacrements puriticateurs. 2** Que l'Eglise catholique (c'est-à-uire universelle), ne pouvait être concentrée dans une poignée de sectaires africains. 3o Qu'il est absurde de soutenir la nullité des sacrements conférés par des ludignes, la vertu des sacrements étant indépendante des dispositions intérieures du ministre qui les confère, La question fut ainsi tranchée au profit des catholiques et la sentence confirmée par le pape et l'empereur.

(IJ D'après S. Optât : Schisme des donatistes^ Patrol. lat.. t, xi.

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