‹ Le retour continuel a DieuChapitre 11 sur 146 · La Prédication, p · texte numérisé non relu

La Prédication, p

du rôle capital de la confession dans l'économie du salut, il se voua à la réforme de ces trois abus. L'extirpation des sacrilèges lui suggéra des mesures de prudence qui sont bien de son invention. La mauvaise volonté des confesseurs le poussa à mille efforts et à de saintes sévérités; enfin, l'impéritie des prêtres lui dicta son grand ouvrage : la théologie morale.

Alphonse établit sa théologie sur un principe unique : faire éviter le péché le plus possible. Ce principe général, base de son livre, lui inspire ces deux règles :

Première : Pour faire éviter le péché, je laisserai la conscience libre là où la loi n'est pas certaine. De là son système sur le probabilisme.

Seconde : Là où le danger de pécher est certain, pour le faire éviter je pousserai la sévérité aussi loin que Jésus- Christ qui exige qu'on s'arrache l'œil, qu'on se coupe la main et le pied. De là sa doctrine sur les occasionnaires et les récidifs.

Telle est la théologie morale d'Alphonse, dirigée, comme on le voit, et contre le légiste rigoureux et contre le praticien relâché. Les prêtres sont souvent l'un et l'autre. Le confesseur formé par notre saint Docteur sera à la fois indulgent et sévère : indulgent pour ne rien ajouter à la loi, sévère pour ne rien permettre qui soit péché certain ou occasion de péché.

Malgré la juste place donnée à la prédication et à la confession, ce système apostolique resterait incomplet s'il n'instruisait pas les confesseurs et les prédicateurs sur ces points auxquels ils doivent une attention spéciale.

En chaire et au confessionnal le prêtre doit avoir en vue l'extirpation du péché, surtqut du péché d'impureté; la séparation d'avec les occasions du péché; la formation de la vie chrétienne qui renferme essentiellement cinq éléments : l'usage de l'oraison, l'habitude de la prière, la pratique de l'amour envers Jésus-Christ, la dévotion à la sainte Vierge et. les précautions en faveur de la persévérance.

Ceci est la quintessence de la doctrine pastorale que saint Alphonse a érigée en système. Sans la distribuer à mesures égales à toutes les âmes, il la sert tout entière et dans ses prédications aux âmes les plus vulgaires et dans ses exhortations aux plus parfaites. En le suivant dans sa carrière apostolique, toujours on le voit combattant le péché, surtout l'impureté dont il est l'ennemi déclaré, comme Athanase l'a été d'Arius. Sa maxime familière est celle-ci : Sur cent damnés, quatre-vingt-dix-neuf se sont perdus à cause de ce vice. Il prêche à temps et à contretemps la loi de la séparation, de la fuite des occasions. A fous il inculque la nécessité de l'oraison mentale; il fait pratiquer ce saint exercice même par les porte-faix. Sans cesse il exhorte à prier, à prier beaucoup, à prier toujours. Convaincu que sans l'amour de Jésus-Christ il n'y a pas de conversion durable, il cherche à embraser tous les cœurs de la divine charité. Apôtre infatigable du culte de Marie, dans chaque travail il en prêche la nécessité et l'infaillible efficacité. Il ne prend pas de repos avant d'avoir assuré la persévérance surtout par la prière, les associations, les retraites.

Dévoré par les flammes du zèle, Alphonse veut se multiplier, il veut se survivre. Il généralisera, il éternisera ses efforts par la composition d'écrits salutaires et par la formation d'hommes apostoliques.

Quelques réflexions sur ses livres. Ils se divisent en quatre catégories.

Premièrement : les livres de théologie morale. On les a caractérisés plus haut.

Deuxièmement : les livides dogmatiques : les uns réfutent les erreurs du temps, et l'on est étonné, quand on les approfondit, d'y trouver la réponse à tous les mensonges d'aujourd'hui; les autres ont été composés dans l'intérêt des prêtres à qui Alphonse a v.oulu donner des résumés simples et substantiels.

Troisièmement : les divers traités de pastorale à l'usage

du clergé paroissial et plus spécialement des missionnaires.

Quatrièmement : les livres ascétiques.

Le lecteur désireux de comprendre les ouvrages du saint Docteur doit avant tout se bien éclairer sur le but visé dans la composition de chacun d'eux : pour cela l'étude des préfaces de l'auteur est nécessaire. De plus, quand on examine le moraliste, il faut ne pas perdre de vue les idées indiquées plus haut. Dans le dogmaticien, on trouvera des exposés de doctrine simplifiés, mais extrêmement solides. Chez le controversiste, on remarquera l'affinité de sa controverse avec celle de notre temps. Quant au docteur pastoral, on regardera chacune de ses phrases détachées comme un trait de lumière et une sentence d'or. Pour profiter de l'ascète et du prédicateur, il faut sans cesse tenir le fil des idées-mères exposées précédemment.

Celui qui serait tenté de blâmer le désordre apparent qui règne dans ces écrits devrait se rappeler l'esprit du Saint, les règles qu'il s'est prescrites comme écrivain populaire, les exigences de la piété chrétienne et enfin le mérite caché d'un système invariablement suivi malgré tout. Ce qu'il faut voir et admirer dans saint Alphonse, c'est particulièrement son inimitable onction.

Il a, ai-je dit, voulu se survivre en formant des apôtres. De là ses divers travaux pour la réforme et la sanctification du clergé séculier. C'est une des grandes œuvres de sa vie. L'appréciation qui vient d'être faite sur son système pastoral suffit pour donner l'intelligence de tout ce qu'il a entrepris dans ce noble but. Il n'est pas téméraire d'attribuer au saint évêque un mérite analogue à celui du réformateur du clergé en France, saint Vincent de Paul. En même temps, Alphonse a fondé une Congrégation de religieux apostoliques. Cette Congrégation est la production la plus chère et la plus parfaite du zèle inépuisable que je n'ai pu décrire qu'à grands traits.

L'Institut de saint Alphonse a pour but la Rédemption.

La Congrégation du Très-Saint-Rédempteur, telle que saint Alphonse Ta conçue et établie, a pour fin spéciale de continuer ici-bas la Rédemption prise dans le sens strict du mot. Je m'explique.

Toutes les œuvres particulières qui regardent le salut des âmes se rattachent par le fait même à la grande œuvre de la Rédemption. Toutefois, entre ces branches rattachées au même tronc, il y a une distinction importante. La Rédemption, entendue dans son sens rigoureux, a été un changement frappant, une révolution sainte dans lésâmes passant de l'esclavage du péché au service de Jésus-Christ. Ce changement, cette révolution ont été opérés par un ensemble de moyens extraordinaires qu'on appelle la prédication apostolique. Certaines œuvres de zèle n'ont pas ce cachet de transformation extraordinaire et ne recourent pas aux moyens propres aux apôtres : elles ne peuvent à ce point de vue s'appeler une Rédemption continuée. Saint Paul se disait envoyé non point pour baptiser, mais pour prêcher *. D'autres œuvres, au contraire, sont des œuvres de Rédemption parce que, parleur but et par leurs moyens, elles ont tous les caractères de la première prédication évangélique. C'est à ces sortes d'oeuvres qu'est voué exclusivement notre Institut. Saint Alphonse dit à ses sujets ces remarquables paroles : Notre vocation est d'être tes coopérateurs, les compagnons et les ministres de Jésus-Christ dans la grande œuvre de la Rédemption. Nous devons être ses copies parfaites par la reproduction tant de ses actes que de la manière dont il les a accomplis. Que tous

J.Nonenimmisil me Chiïstus baplizare, sed evangelizare (I Cor. i, 17).

nos efforts tendent à imiter les apôtres et à marcher sur leurs traces, si en réalité et avec grand profit nous voulons atteindre la fin de notre vocation l ! Voilà pourquoi sa Congrégation porte le nom du Très-Saint-Rédempteur et ses religieux s'appellent Rédemptoristes. Mais il est nécessaire de donner des explications plus précises; la proposition suivante les fournira.

Les Rédemptoristes se dévouent à toutes les âmes. mais surtout au peuple et au clergé.

Certains pensent que la Congrégation du Très-Saint- Rédempteur a pour fin d'évangéliser les pauvres gens de la campagne; leur sentiment est juste mais incomplet. L'exacte vérité c'est que notre zèle s'intéresse à toutes les âmes, non sans se réserver des préférences. Pas d'exclusion, mais prédilection pour une certaine classe : tels sont les deux caractères de notre Institut. Le priver de l'un ou de l'autre, c'est le défigurer. Si on le rend exclusif en faveur de la classe qu'il préfère, on rétrécit la pensée de son Fondateur ; si, au contraire, sous prétexte qu'il n'exclut personne, on lui enlève ses réserves et ses préférences, on dénature son esprit, on le blesse au cœur.

Mais quels sont ces privilégiés? Saint Alphonse, dans la Règle, nous les désigne ainsi : les pauvres gens, les campagnards, les âmes les plus délaissées. Donc pauvreté, séjour loin des villes, et abandon ; voilà les trois condi-

1. Veluti Jesu Christi in magno Redemptionis negotioadjutoresatque socii et administri vocati sunt, illi et in re et in modo quam simillimi existant... Apostolos imilari, illorumque vestigiis insistere conabuntur, si reapse, solidisque cum fruclibus praecipuum suae vocationis finem assequi cupiant (Reg. et Consl., pars I, c. i, g 1).

tions qui donnent droit à notre préférence. La deuxième paraît moins essentielle; car il semble hors de doute que les pauvres gens abandonnés qui résident dans les villes, appartiennent aussi bien que les pauvres délaissés de la campagne à la classe de ceux pour lesquels la Congrégation a été spécialement établie. Cette modification est la seule qu'on puisse accorder aux circonstances. Les autres conditions : pauvreté et délaissement, doivent rester inséparables, et ce serait une sorte d'hérésie chez nous de prétendre qu'en certains cas la haute classe, devenant la plus abandonnée, pourrait, par là même, devenir l'objet de notre prédilection. L'infériorité sociale est aussi nécessaire que l'abandon pour mériter notre faveur. Ce sont deux conditions également rigoureuses; du reste, en les examinant de plus près, on constate qu'elles se confondent. Effectivement, par le mot abandonnés, saint Alphonse a voulu indiquer les gens qui, à cause de leur position misérable, sont naturellement et ordinairement méprisés, laissés là, quand même, dans certains cas, ils seraient entourés de très bons soins. Or, ces gens dont naturellement personne ne veut, donton rougit de s'occuper, dont Févangélisation est plutôt ennuyeuse, ce sont toujours les pauvres, les individus de basse condition ; et, parmi les pauvres, ce sont le plus souvent les paysans. S'il y a des riches qui n'ont pas de secours spirituels, c'est qu'ils le veulent bien : ils ne sont pas privés, ils se privent; ils ne sont pas abandonnés, ils s'abandonnent eux-mêmes.

En quoi consiste la préférence que nous devons à ceux que leur condition expose à l'abandon spirituel? Elle consiste à avoir plus de goût pour eux que pour la haute classe; à tenir compte dans nos prédications de leurs besoins et de leur infériorité intellectuelle; à rendre nos confessionnaux tout aussi accessibles, plus accessibles même pour eux que pour les riches; à consulter, au sujet de l'emplacement de nos maisons, avant tout les intérêts de la classe inférieure ; conséquemment à opter, en cas d'alter-

native, pour les travaux où il y a un plus grand nombre de pauvres à évangéliser.

Cela supposé, nous n'excluons personne dans nos missions, dans nos églises. Partout où nous travaillons, notre esprit est d'admettre, d'inyiter et d'évangéliser toutes les classes indistinctement. De la combinaison d'un zèle accessible à tout le monde et prédisposé en faveur des petits, il résulte qu'effectivement on nous rencontre plus souvent dans les humbles paroisses de la campagne, bien que fréquemment aussi dans les villes, mais que, en chaque milieu, la foule qui entoure nos chaires et nos confessionnaux est un mélange de toutes les classes, foule populaire où Ton voit les riches résignés à l'égalité de l'Évangile, les petits bourgeois contents d'un genre qui est à leur niveau et beaucoup de pauvres heureux d'être aussi bien traités que les autres, conformément à cette parole de nos Règles : Quels que soient leur condition et leur âge, que tous, petits et grands, nobles et plébéiens, savants et ignorants, hommes et femmes, soient nourris et saturés du pain de la parole divine 1 .

A côté des pauvres gens délaissés, nous devons accorder, dans nos préférences, une place au clergé. Profondément convaincu qu'un peuple ne se maintient que grâce au zèle de ses prêtres, saint Alphonse veut que nous soyons les apôtres des pasteurs aussi bien que du troupeau. 11 exige que dans nos missions, autant que les circonstances le permettent, nous exercions une action sérieuse sur le clergé de l'endroit, même en lui prêchant alors une retraite si possible. Il veut que nous acceptions avec empressement les retraites ecclésiastiques ; pour les exercices spirituels à donner aux séminaristes et particulièrement aux ordinands, il nous met sur le même pied que les Lazaristes. En un mot, l'apostolat du prêtre est un des principaux devoirs

1. Divini verbi pabulo omnes cujus vis ordinis et eetatis homines, pusilli et magni, nobiles et plebeii, litterati et rudes, viri ac mulieies. nutrianlur et saturentur (Reg. et Const., p. I, c. i, § 1).

20 INTRODUCTION DE l' AUTEL H.

de notre vocation. Il importe de relever ce point qui n'est pas assez connu.

Ajoutons ici que certains actes de la vie d'Alphonse nous prouvent que les missions étrangères ne sont nullement défendues par nos constitutions : au contraire notre saint Fondateur a toujours considéré les pauvres infidèles comme méritant, à tous égards, les plus ardentes sympathies du Rédemptoriste.

Après avoir indiqué notre champ d'apostolat, il s'agit d'examiner à quels travaux nous devons nous livrer.

Le ministère exclusif des Rédemptoristes est celui des missions et des retraites.

11 est nécessaire de dire à un Ordre religieux pour qui il doit se dévouer, et comment il doit se dévouer. En supposant qu'on ait à travailler sur une seule classe d'hommes, on ne peut pas tout faire pour elle '. On n'est pas non plus obligé de tout faire, car on connaît ces deux axiomes : L'esprit attentif à plusieurs objets s'occupe moins de chacun en particulier 2 ; personne n'agit plus que celui qui n'a qu'un seul travail3. Saint Alphonse tire de là une précieuse conclusion. Il nous interdit un grand nombre de fonctions saintes, afin que, nos forces et nos esprits étant moins partagés, nous arrivions, selon l'adage, à bien faire ce que nous faisons *.

Voici ce qui nous est interdit. D'abord pas de charge d'âmes, excepté dans les pays de missions, et encore n'acceptons-nous ce ministère qu'avec bien des précautions.

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