‹ Le retour continuel a DieuChapitre 13 sur 146 · Charitatem autem non hahuero, nihil sum (I Cor. xm · texte numérisé non relu

Charitatem autem non hahuero, nihil sum (I Cor. xm

elle est une Congrégation mixte, très apostolique et en même temps contemplative, active et pénitente, mêlée au monde et solitaire, composée enfin d'hommes qui, remplis du double attrait du cloître et de l'apostolat, sont, d'après l'expression même de leur fondateur, des apôtres et des Chartreux.

Nous avons vu les caractères de leur apostolat, voyons maintenant les caractères de leur sainteté.

La sanctification personnelle des Rédemptoristes renferme quatre éléments principaux : l'amour de Jésus et de Marie, l'esprit de sacrifice, le goût de la vie contemplative et la préoccupation de la persévérance.

Il était naturel que, pour marquer à ses enfants le caractère de leur sainteté personnelle, Alphonse consultât deux choses : d'abord ses attraits personnels, car, étant le père, il devait être le modèle ; puis les besoins particuliers de l'Institut. Double raison pour que la première et principale règle de la Congrégation fût V amour de Jésus-Christ et de Marie.

C'était chez lui un axiome que tout sujet qui n'a pas une dévotion spéciale à Jésus-Christ est un faux Rédemptoriste. Mais quelle est cette dévotion? Voici en substance sa réponse.

Avant tout nous devons aimer Notre-Seigneur. L'insensibilité pour Jésus-Christ, cette disposition du cœur qui fait qu'on lui est étranger, l'indifférence pour sa gloire, l'oubli de ses intérêts, tout cela chez nous est monstrueux. Le fond de notre vie est la recherche du plaisir de Jésus- Christ. La flamme de ce feu sacré n'est autre que le zèle : l'amour des âmes doit marcher de pair avec l'amour du

Rédempteur. Le sentiment de l'amour est donc le sentiment dominant de l'Institut.

Vient ensuite la confiance en Jésus-Christ; puis le souci de l'imitation qui porte à vouloir lui ressembler en tout; enfin la familiarité qui veut toujours jouir de la compagnie et des entretiens du divin Maître.

Cette parfaite dévotion au Rédempteur s'acquiert, se nourrit, se consomme auprès de la Crèche, au pied de la Croix et devant le très saint Sacrement. Un vrai Rédemptoriste aime tendrement Jésus-Enfant, contemple dévotement la Passion, s'attache assidûment à l'Eucharistie. Grâce à ces dévotions, il a le bonheur de vivre de Jésus-Christ; il est plein de son amour, animé de son esprit, imitateur de ses vertus, attentif à son souvenir.

Le digne fils d'Alphonse répète sans cesse le nom de Marie en même temps que le nom béni de Jésus; car une dévotion tendre, extraordinaire, surabondante envers cette bonne Mère doit être, avec l'attachement à Jésus-Christ, notre caractère distinctif. Il ne serait pas téméraire de dire que pour discerner un véritable enfant de la Congrégation, il suffit de constater s'il peut dire en toute sincérité : Jésus et Marie, voilà mon bonheur et ma vie! Sans cela il ne possède pas l'essentiel.

Saint Alphonse ne veut pas pour enfants des dévots pleins d'eux-mêmes : aussi, à côté de la douce intimité avec Jésus et Marie, prescrit-il à ses fils un rigoureux esprit de sacrifice : c'est le deuxième trait d'un saint Rédemptoriste. Cet homme doit être dévoué à tous, dur à lui-même, oublieux de sa personne, laborieux jusqu'à l'épuisement, détaché de ses parents, étranger aux aises de la vie commode, vainqueur de l'amour-propre, insensible aux mépris et aux humiliations, supérieur à la vanité mondaine, oublieux de la volonté propre, et il doit être tout cela gaiement comme un travailleur qui est à son métier. Celui qui se sacrifierait avec tristesse, ou ne se sacrifierait pas, gardant l'amour des siens, l'attachement aux commodités de

la vie, la sensibilité du point d'honneur, le sentiment dejla volonté propre, n'aurait pas le caractère voulu. Le Rédemptoriste regarde le sacrifice et les souffrances comme sa profession naturelle.

Le troisième trait auquel on reconnaît le fils de saint Alphonse, c'est /'.' goût de la vie contemplative, c'est-à-dire l'amour de la prière et de l'oraison. Nous devons être apôtres et Chartreux. Aussi dès qu'on entre dans un de nos couvents bien réglés, on y respire une atmosphère de silence et de recueillement qui rappelle les anciens cloîtres. Les exercices de piété sont longs et multipliés ; les usages et l'esprit y ajoutent beaucoup de surérogatoire. C'est, chez nous, une tradition imprescriptible qu'il faut prier sans cesse. Visites au saint Sacrement, chapelets, oraisons, fréquentes prières jaculatoires, lectures spirituelles, conversations ascétiques, retraites; et, dans les missions, dans les voyages, habitude de remplir de prières les moments libres ; en un mot les occupations d'un Chartreux parmi les travaux d'un apôtre, telle doit être la vie d'un vrai Rédemptoriste, comme telle a été la vie de saint Alphonse.

Pour achever ce portrait, ajoutons que le véritable Rédemptoriste est fortement préoccupé de la persévérance. Aux trois vœux ordinaires, s'adjoignent le vœu et le serment de persévérance. En vertu de ce double acte, le religieux est lié jusqu'à la mort à la Congrégation, et celleci est engagée envers lui. La grâce confirmant ce vœu par l'esprit qui lui convient, il en résulte, dans l'âme de tous les sujets de l'Institut, un amour de famille, un attachement remarquable à leur vocation, une vive crainte de la perdre avec la persuasion que la perdre c'est se damner, et une attentive fidélité à en demander sans cesse la conservation. C'est ce qu'on nomme l'esprit de la persévérance et c'est ce qui complète la sanctification personnelle du Rédemptoriste.

Dans toute famille religieuse, à côté des vertus requises pour la sanctification individuelle des sujets, il y a d'autres

qualités, que j'appellerais volontiers les qualités sociales de l'Ordre, dont la privation fait que le personnage jure dans l'ensemble comme s'il portait un habit étranger : et dont la possession provoque à dire : Voilà un Père qui a bien le genre, le type de son Ordre! Quel est, pour les enfants d'Alphonse, le type particulier?

Le caractère distinctif des Rédemptoristes est l'humilité et la simplicité.

Ces deux vertus, sans aucun doute, ont leur place dans le tableau que nous venons de tracer du parfait Rédemptoriste, car on est simple quand on aime Jésus-Christ et l'on est humble quand on se sacrifie soi-même. Elles ont un double rôle à jouer : nous sanctifier et aussi nous mettre d'accord avec le ton général de l'Institut. Elles doivent donc être pratiquées avec une attention plus soutenue' et se traduire davantage dans le genre dévie.

Pour que l'Institut conserve son tempérament, son cachet nature^ il faut que ses membres soient au dedans et se montrent au dehors bien humbles et bien simples. Cette condition nous est imposée par le genre de notre vocation : nous sommes des missionnaires populaires, dévoués spécialement aux pauvres gens.

Sans le goût de la simplicité et de l'humilité, comment se résigner longtemps à l'obscurité d'une pareille vocation? En supposant qu'on s'y résigne, comment y réussir? Le caractère même de nos œuvres nous dit que nous devons être très modestes dans nos prétentions, pour nous-mêmes et pour notre Ordre. Nous devons accepter l'obscurité comme le partage naturel de gens voués à un ministère heureusement obscur. Nous devons aimer cette obscurité comme le seul moyen capable de nous conserver dans Tes-

32 INTRODUCTION DE l'aITEUR.

prit de notre vocation. Nous devons bénir la Providence de ce qu'elle nous préserve de la gloire humaine. Loin d'être désolés de notre effacement, nous devons désirer qu'on parle peu de nous, que le ciel nous envoie peu ou point de sujets illustres selon le monde, que nous passions pour de braves gens ordinaires, habiles dans leur métier et peu experts dans le reste. Le vrai Rédemptoriste doit consentir à tout cela, il doit le vouloir. Le propre de notre Ordre est qu'on y sente circuler pour la célébrité une aversion prononcée, instinctive, traditionnelle, de sorte que les tentations dans le sens du grand et du brillant y soient punies par le mépris de la conscience publique, et qu'on y éprouve une certaine joie de demeurer dans l'obscurité.

A cette humilité doit se joindre la simplicité. La raison est la même. Nous sommes populaires par vocation; le peuple doit nous aimer, oser s'approcher de nous, être à l'aise avec nous; de notre côté, nous devons savoir communiquer avec lui. Pour cela, il faut des allures simples, ouvertes, populaires en un mot. La simplicité ne s'improvise pas. Pour être simples avec le peuple, nous devons être simples entre nous, simples toujours et partout. Aussi saint Alphonse qui nous recommande instamment la dignité religieuse, veut cependant que cette dignité soit alliée à une parfaite simplicité de famille. Nos rapports avec les supérieurs et les confrères doivent être cordiaux ; l'obéissance sera, pour ainsi dire, enfantine; l'ouverture de cœur, parfaite; les récréations, gaies; les conversations, à la portée de chacun. Les études mêmes seront empreintes de simplicité, car bien qu'il nous soit recommandé d'étudier profondément et beaucoup, il n'entre pas dans notre esprit de nous livrer ex professa à la science pour la science. Les goûts scientifiques perdent l'apostolat populaire. Habitués à vivre chez nous dans une atmosphère de simplicité, nous devons porter avec nous, quand nous sortons, notre genre poli et réservé

sans doute, mais bon, étranger aux vaines manières et aux cérémonies.

Saint Alphonse veut donc une compagnie d'apôtres capables et dévoués, en même temps ennemis du bruit ou de l'éclat, et simples dans toute leur personne. Pour conserver à ses enfants leur perfection et l'esprit de leur vocation, pour conserver l'existence même à son cher Institut, Alphonse indique deux vertus qui sont, d'après lui, les colonnes de l'édifice.

Les deux bases de notre Institut sont la pauvreté et l'obéissance.

Admirons la sagesse du fondateur. Alphonse nous impose une pauvreté sévère. Les sujets pourront conserver la propriété de leurs biens, mais ils ne garderont pas un centime pour un usage indépendant. Indulgence quant au domaine, sévérité implacable quant à l'usage. Ce moyen terme préserve l'Institut des donations qui le rendraient trop riche ; il donne plus de facilité pour expulser les infidèles, puisqu'ils peuvent retenir leurs biens; il entretient la perfection de la pauvreté évangélique, puisque tout usage indépendant est interdit.

Telle qu'elle est voulue par Alphonse, la pauvreté est une des bases de la Congrégation : sans elle, on expose l'Ordre au danger du superflu, on favorise les sujets indisciplinés, on porte atteinte à la pauvreté é\angélique.

Dans la Congrégation tout doit être commun. Pas l'ombre d'une distinction, d'un privilège. Cette clause est fondamentale ; sans elle, adieu la cordiale et charitable simplicité si nécessaire à notf-e vocation !

En fait de possessions, ou de revenus fixes, la Congrégation ne peut dépasser une limite déterminée, assez large

pour qu'on vive honnêtement, assez étroite pour que le superflu soit impossible. Les sujets, enfants d'une mère pauvre, doivent se vêtir, se nourrir, se loger, voyager, se présenter en pauvres, vivre en pauvres. Pas de dignité, pas d'attirail qui convienne et qui plaise aux riches, pas de liaisons mondaines; la pauvreté honnête sans doute, mais pratiquée sans respect humain.

On voit les rapports intimes de cette vertu ainsi entendue avec l'esprit même de l'Institut, esprit d'humilité, déloignement du grand monde, d'amour des pauvres et de sainte obscurité. Le vœu et la vertu de pauvreté sont donc bien une des bases de notre Congrégation. Heureux, si résistant aux entraînements du siècle, nous conservons toujours sans brèche ce mur de la sainte pauvreté, qui, empêchant le monde d'entrer chez nous et nous défendant d'aller à lui, garde intacte la splendeur de notre vocation!

Quant à l'obéissance, un mot suffira. Fondement de tous les Ordres religieux, elle l'est plus encore des Ordres apostoliques. Cependant l'autorité s'exerce en chacun d'eux d'une manière plus ou moins absolue. L'Institut d'Alphonse, sous ce rapport, est presque calqué sur celui des Jésuites. Le Supérieur Général est nommé à vie; après avoir délégué ses représentants pour choisir celui qui commandera à tous, la multitude n'a pas à intervenir dans le choix des autres supérieurs, non plus- qu'à l'exercice de leur pouvoir. C'est un régime de soumission absolue : Je veux! Je ne veux pas ! doivent demeurer des mots inouïs parmi nous.

On comprend que si l'obéissance était amoindrie, les règles fondamentales de l'Institut, qui sont toutes extrêmement contraires à la nature, deviendraient bientôt les victimes de l'inévitable et indestructible fragilité humaine. Sans le sévère contrôle de l'obéissance, adieu la pauvreté, adieu la simplicité, adieu l'esprit de sacrifice, adieu l'apostolat des pauvres, adieu la Congrégation du Très-Saint- Rédempteur !

Je m'arrête, mon tableau est achevé. Je fais des vœux pour qu'il soit, jusqu'à la fin, celui de la réalité parmi nous, et je remercie le glorieux prélat qui, voulant écrire la vie de notre saint Fondateur, a poussé le désir d'être exact et complet jusqu'à regarder comme un secours les humbles pensées qu'ose lui communiquer le dernier des enfants de saint Alphonse.

A. Desurmotvt,

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