‹ Le retour continuel a DieuChapitre 20 sur 146 · CINQUIÈME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

CINQUIÈME ENTRETIEN

SI JE NE CULTIVE PAS LA VRAIE PÉNITENCE ET LA VRAIE ORAISON, JE ME METS EN PÉRIL DE DAMNATION.

Si, par malheur, j'étais dans le péché mortel, il est évident qu'en me contentant de la demi-pénitence et en ne me confessant que d'une manière telle quelle, je m'exposerais prochainement à être damné. Il est évident aussi que, sans une oraison quelconque mais vraie, par exemple sans le souvenir des fins dernières, difficilement mon âme, engagée dans le péché, irait au delà de la demi-pénitence, qui ne sauve pas, ou qui ne sauve guère. Tout cela est facile à comprendre.

Ce qui l'est moins, c'est que je puisse me damner pour

un péché véniel ; et que, par exemple, l'habitude de la médisance légère puisse me conduire en enfer.

Et cependant, saint Alphonse l'enseigne. Au sujet du danger de damnation, il accentue deux affirmations. Premièrement, s'adressant surtout aux âmes ordinaires, il leur dit que, si quelqu'un fait un pacte avec le péché mortel, en s'appuyant sur l'espoir de se convertir plus tard, il s'expose prochainement à l'enfer. Secondement, se tournant du côté des âmes appelées à Ja perfection, il leur déclare qu'elles aussi risquent de se damner si elles font un pacte ne fût-ce qu'avec un seul péché véniel.

Remarquons bien cette doctrine, et n'exagérons rien. 11 ne s'agit pas du péché véniel isolé et combattu : il s'agit du pacte; lequel pacte existe chaque fois qu'on n'applique pas à un péché la vraie pénitence. Il s'agit, par exemple, d'un péché de rancune volontaire que l'on caresse, et auquel on n'applique nullement le bon propos en confession. Eh bien ! saint Alphonse m'assure que, pour ce refus de pénitence appliqué à un seul petit péché, je puis, surtout si je suis voué à la perfection, être réprouvé et damné.

Encore une fois, comment et pourquoi cela? Parce que cet endurcissement dans un mal, qui est le mal de Dieu, bien que véniel, suffit pour que ce juste Dieu diminue ses grâces, et que de degré en degré je descende jusqu'au péché mortel et de là jusqu'en enfer.

Afin de mieux comprendre cette vérité, faisons l'histoire d'une de ces âmes malheureuses. Voici un religieux jusqu'aujourd'hui innocent. Une affection déréglée quoique simplement vénielle s'empare de lui. Il y consent et ne s'en confesse pas; ou bien s'il s'en confesse, c'est sans bon propos; car cette affection lui plaît, et il ne veut quitter ni la personne qu'il aime ni le plaisir de l'aimer. Qu'arrive-t-il, ou au moins que peut-il arriver? Le Seigneur, offensé et blessé, lui enlève les grâces d'oraison et de ferveur; vu la disparition de ces grâces, la faiblesse augmente et le goût pour le bien diminue ; d'autre part, les tentations s'aggra-

vent. Pour toutes ces causes réunies, cette âme risque de perdre la grâce de Dieu et ensuite le paradis.

C'est pourquoi ils sont bien à plaindre les religieux qui, esclaves de quelque péché véniel, refusent, soit par négligence coupable soit par résistance, d'en faire pénitence. Les infortunés mènent une vie qui est au fond bien triste. Car quoi de plus triste que de devoir se dire : « Ma vie étant ce qu'elle est, peut-être irai-je en enfer »?

Cet effroyable peut-être devrait me glacer d'épouvante. Car qu'est-ce que l'enfer, grand Dieu?

L'enfer, c'est le feu : c'est un étang de soufre, c'est un océan de matières en fusion perpétuelle au centre de la terre. Quel supplice si j'étais jeté tout vivant dans une chaudière de plomb fondu ou dans une fournaise ardente ! Tel, et mille fois pire encore, est le tourment du malheureux qui est précipité dans ce grand lac de feu où sont plongés les démons.

L'enfer, c'est V immobilité dans le feu. Si au moins le damné pouvait se mouvoir pour changer de douleur ! Non, il sera enfermé dans un feu épais, sans pouvoir remuer un membre. Ce feu s'acharnera contre lui et le pénétrera jusque dans la moelle des os; et lui, enseveli vivant dans un cercueil brûlant, demeurera sans mouvement durant l'éternité entière.

L'enfer, c'est la me du corps dans le feu. Jeté ici-bas dans une fournaise ardente, j'y serais consumé à l'instant; jeté dans les enfers, le corps humain est là, non pas comme la paille qui est dévorée, mais comme le fer qui devient feu lui-même sans se consumer jamais. Oui, le damné semble transformé en un charbon vivant, qui brûle et qui brûlera toujours.

Lenfer, c'est la vie de Vàme dans le feu. Ici-bas, quand la douleur est extrême, on perd le sens. Là, non. Le malheureux damné pense à Dieu ; en esprit il voit le ciel, Jésus-Christ, Marie, ses anciens amis; il sent son malheur; il se rappelle les grâces reçues, les fautes commises.

Pendant que son corps bouillonne dans le brasier, son âme est triste d'une tristesse mortelle. Il veut s'élancer vers le ciel, et son cachot de feu le retient immobile ; et il verse des pleurs, et il grince des dents.

L'enfer, c'est l'inutile recherche de l'espérance au sein de la prison de feu. Dans l'excès de sa douleur, l'infortuné, par l'instinct de la nature, se demande à chaque instant : Jusqu'à quand? Et chaque fois la réponse épouvantable se fait entendre : Toujours, toujours !

L'enfer, c'est le désespoir dans le feu. Alors, comprenant ce toujours, voyant que, malgré les efforts de son imagination, il ne peut apercevoir aucun terme à ses affreuses tortures, le malheureux pousse un rugissement, le rugissement du désespoir. Car c'est pour toujours, pour toujours !

Voilà l'enfer! Et moi, si je ne suis pas un vrai pénitent, si je néglige obstinément de détester un péché, un seul, je m'expose à y tomber.

0 retour à Dieu, û retour par la vraie pénitence aidée de la vraie oraison, viens, et sois désormais mon partage pour le reste de ma vie !

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