SIXIÈME ENTRETIEN
la vie s'écoule; je dois me décider a la vraie pénitence, d'autant plus que chaque refus peut être décisif pour l'éternité.
Combien de temps ai-je encore à vivre? Je ne le sais pas. En tout cas, ma vie ne sera pas longue. Que d'hommes, parmi ceux que j'ai connus, sont déjà engloutis dans l'éternité! C'est à mon tour de passer, et je passe rapide-
ment. Où en suis-je de ma carrière? Au tiers? A la moitié? Aux trois quarts? Presque à la fin? Qui le sait? Une génération passe et une génération vient ' . Je suis de celle qui s'en va. Combien d'êtres humains pour lesquels c'est fini et qui sont maintenant dans l'éternel séjour ! Combien d'autres qui n'existent pas encore ! Entre ces deux catégories d'hommes, j'en aperçois quelques-uns qui sont en mouvement et qui courent du berceau à la tombe. Je suis du nombre de ces derniers; mais bientôt ma course aura cessé et j'irai rejoindre ceux qui dorment dans leur cercueil.
Puisque je n'ai plus qu'un reste de temps, peut-être un tout petit reste, pourquoi ne pas l'employer à réparer le passé et à préparer ma mort et le jugement? C'est par la pénitence aidée de l'oraison que cette préparation s'opère, que la vie devient sérieuse et bonne. Refuserai-je d'entrer dans cette voie?
Elle est pénible, dira-t-on; toujours se poursuivre dans les moindres détails du péché, toujours se forcer l'esprit pour penser à la mort et à Dieu : une pareille existence est par trop triste ! — Mais n'est-il pas plus triste encore de s'en aller comme je m'en vais? Au côté douloureux de la vie je n'échapperai pas, puisque bon gré mal gré il faut vieillir et mourir. Le seul moyen de me donner de la joie dans ce triste passage, c'est de mettre dans mon âme le bon ordre et la paix. Or, ce bon ordre et cette paix dépendent de ma pénitence et des sérieuses pensées de l'oraison. Comment être heureux si je conserve un péché dans mon cœur, ou si, insouciant de tous mes péchés sans distinction, je profane la pénitence par la routine? Comment au contraire n'être pas content, si, grâce à un fidèle retour à Dieu, rien, plus rien, ne gêne ma conscience?
Il faut donc que je me hâte et que je profite de ces pensées pour embrasser le système salutaire du continuel re-