‹ Le retour continuel a DieuChapitre 22 sur 146 · Generatio prœterit, et generatio advenit (Eccle. i · texte numérisé non relu

Generatio prœterit, et generatio advenit (Eccle. i

î)8 LE RETOUR CONTINUEL A DIEU.

tour à Dieu ! C'est d'autant plus opportun que, dans la vie, chaque refus formel de pénitence peut être décisif pour l'éternité. Dieu a tout compté : les grâces reçues et les péchés commis. Quand la mesure est pleine, elle est pleine, et c'est la rigueur de la justice qui commence. Sainte Thérèse vit la place qu'elle aurait occupée dans l'enfer, si elle n'avait pas renoncé à une amitié trop naturelle. Qui sait si, au moment où elle a fait son sacrifice, il n'était pas grand temps, et si, en ajoutant un jour de plus à son infidélité, elle n'aurait pas fatigué Dieu, et mérité de tomber dans une vie relâchée commencement de sa damnation?

Je dois donc trembler d'abuser des avertissements que je reçois en ce moment. La Providence m'appelle, me presse fortement, m'exhorte puissamment à la vraie pénitence, accompagnée de la vraie oraison. Si j'ai le malheur de ne pas prendre la chose au sérieux, et de continuer à mener une vie négligente et dissipée, qui sait si Dieu ne m'abandonnera pas, et si ces lumières qui devaient me sanctifier ne seront pas le commencement de ma perte?

0 mon Dieu, détournez de moi ce malheur, et fortifiez dans ma volonté la résolution de me livrer à l'oraison et à la pénitence!

SEPTIÈME EMTRETIEN.

JE SUIS UN CONDAMNÉ A MORT; EN COMPTANT SUR LA MORT POUR UN RETOUR COMPLET A DIEU, JE ME TROMPE ÉTRAN- GEMENT.

Je suis un condamné à mort. Si la justice humaine avait prononcé sur moi cet arrêt : « Dans un an, on te conduira à la potence et tu seras pendu! » que cette dernière année serait triste, désolante, préoccupée ! Pourreis-je un seul

instant me livrer à la joie sans qu'aussitôt l'image de ce terme qui s'approche vienne tout assombrir? Et à la fin de chaque jour, de chaque semaine, de chaque mois, ne dirais-je pas en gémissant : « Encore un nouveau pas vers cette mort qui s'avance et qui ne tardera plus ! »

La justice humaine ne m'a rien annoncé de semblable, mais la justice de Dieu !... Je te dis, ô mortel, qu'entre un criminel ainsi condamné et toi la différence n'est pas grande, et qu'elle est à ton désavantage. Car contre lui ce sont les hommes qui ont parlé, et contre toi c'est Dieu. v

Je vais donc mourir, tout comme le malheureux qui dans le cachot est destiné au trépas. Et que serait-ce si à cet infortuné le tribunal- tenait ce langage effrayant : « On te condamne à mort, mais on te laisse ignorer quand et comment tu seras exécuté. Va-t'en dans ta prison, et là attends. Ce sera peut-être demain, peut-être après-demain, peut-être dans un mois, peut-être dans un an : dans tous les cas, tiens-toi prêt. Peut-être le jour, peut-être la nuit, on viendra et il faudra marcher. Sera-ce la guillotine, sera-ce la corde, sera-ce le feu? Tu le sauras plus tard. Pour le moment va-t'en, et attends-toi atout. » L'infortuné s'en irait tremblant, n'ayant plus désormais un instant de repos ni le jour ni la nuit.

Or, Dieu qui nous a condamnés à la mort agit de la sorte à notre égard, non par méchanceté, mais par bonté. S'il ne nous avait caché ni le jour ni le mode, nous nous damnerions tous en remettant au dernier moment une conversion illusoire. Il nous fait marcher dans l'incertain, afin que nous marchions dans la prudence. Comme un voleur pendant la nuit*, voilà la mort. Si on venait me prévenir que je mourrai cette année, ne l'opérerais-je pas ce retour à Dieu que l'on me prêche? Or, qui me dit le contraire? Qui m'assure que j'ai encore un an à moi?

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