HUITIÈME ENTRETIEN
JÉSUS-CHRIST, QUI DOIT ME JUGER, ME JUGERA SUR L'USAGE QUE J'AURAI FAIT DE LA PÉNITENCE.
Que d'émotions m'attendent encore durant mon existence! Et d'abord cette existence est sûrement éternelle. Oui, quant au passé, je suis infiniment différent de Dieu puisqu'il est. depuis toujours et que je suis à peine sorti du néant ; mais quant à l'avenir, entre lui et moi, pour la durée pas de différence. Pour Dieu pas de fin, pour moi pas de fin; Dieu éternel, moi éternel comme lui.
Sur le seuil de l'éternité, aussitôt que mon âme sera sortie du corps, elle se trouvera en face d'un personnage qui sera là, l'attendant pour la juger. Ce personnage mystérieux sera Jésus-Christ, Jésus-Christ en personne. Oui, un jour je verrai Jésus-Christ; je serai seul avec lui seul. Notre entrevue ne sera pas un simple entretien d'amitié : il s'agira de ma vie, de mon jugement, de mon sort éternel. Je me sentirai vu par lui, regardé par lui, scruté par lui. Je serai palpitant de frayeur, sachant que dans un instant il va se lever pour prononcer sur moi l'une ou
l'autre de ces deux paroles : « Sauvé! Damné! » Quel moment! Quelle angoisse ! Quelle terreur !
Et puis, après quelques siècles peut-être, alors que mon corps aura dormi longtemps dans son tombeau et que mon âme aura habité longtemps son séjour éternel, tout à coup, le feu ayant passé sur la terre, tous les hommes étant morts, et la terre entière n'étant plus qu'un immense désert de poussière et de cendres, la trompette retentira et je ressusciterai, et tous les autres hommes ressusciteront avec moi.
Une seconde fois je verrai Jésus-Christ, mais cette fois publiquement et pour le jugement général. Après la résurrection, tous seront poussés pêle-mêle par les anges dans la vallée de Josaphat. Là, attente des bons dans l'allégresse, attente des méchants consternés. Tout à coup le ciel s'ouvre, la cour céleste s'avance et se déploie dans l'immensité des airs ; apparaissent les anges, la croix, la sainte Vierge et Jésus-Christ lui-même.
Le jugement commence, le mien comme celui de tous les autres. Je suis à droite ou à gauche. L'univers entier voit tous mes péchés. Après cette immense confusion, vient la sentence, puis un cri de joie et un cri de désespoir. Le ciel s'ouvre, la terre s'ouvre; au ciel montent les élus en chantant, dans la terre se précipitent les réprouvés en rugissant. Tout se referme, et pour les siècles des siècles les saints sont dans l'empyrée, ayant l'univers pour palais, et les damnés roulent dans leur planète, ayant pour prison les entrailles de la terre. Et moi je serai ou dans l'un ou dans l'autre de ces deux séjours, éternel dans la mort ou éternel dans la vie.
Or, ces deux jugements porteront surtout sur l'usage que j'aurai fait de la confession. Jésus-Christ a dans son Église établi un tribunal : c'est le tribunal du pardon. Mais pour qu'on soit pardonné, il faut subir une loi : la loi de la pénitence, la loi de l'aveu, la loi du repentir. Jésus-Christ ne demande que cela : est-ce trop? Où est
EiNTRETIENS AVEC MOI-MÊME ET AVEC MON DIEU. 63
le juge qui, pour absoudre, se contenterait d'exiger qu'on avouât et qu'on demandât pardon? Encore faut-il s'y décider. Heureux ceux qui, pendant leur vie, acceptent humblement et exécutent pleinement la condition posée par le Sauveur! « J'aime à pardonner, peut dire le bon Maître ; pardonner est ma passion et ma joie ! Mais je demande qu'on s'humilie, qu'on se confesse, qu'on pleure et qu'on quitte le péché. Cette pénitence fait les délices de mon cœur de Rédempteur. Que personne ne me la refuse ! Heureux ceux qui auront subi cette loi de miséricorde ! Mais malheur à ceux qui se seront permis de fausser la pénitence, de la mutiler ! Je jugerai ceux qui ne se seront pas laissé juger; je pardonnerai à ceux qui se seront humiliés. >>
Voilà la situation. Reste à savoir maintenant si je profiterai de l'avertissement et si désormais ma pénitence sera pour ou contre moi au jugement de Dieu.
0 Jésus, mon Juge, ô Marie, Mère de mon Juge, ayez pitié de moi, et formez dans le fond de mon âme le courage désormais indomptable de la pénitence toujours vraie et complète!