Deus chantas est (I Joan. iv
De même notre Dieu est bon et il aime parce que sa nature est ainsi disposée. Les hommes ont un amour borné, tandis que l'amour en Dieu est sans bornes; aussi lorsque ce cœur infini se met à aimer un être, il l'aime avec une force qui surpasse toute conception.
Dieu est donc amour. Or, remarquez-le bien, il y a cela de particulier dans l'amour que, s'il est prêt à tout donner, il veut qu'on lui rende quelque chose, et ce quelque chose c'est encore l'amour. Oui, celui qui aime veut être aimé. Une mère sacrifiera avec joie pour ses enfants sa vie et mille vies, mais il faut qu'elle ait leur affection, leur cœur, sinon elle souffre. Et plus elle aime, plus elle veut être aimée. C'est dans la nature même de l'amour.
Cela étant, voici le prodige des prodiges. Dieu est amour, il est amour infini. Eh bien! à cause de cela, il lui faut l'amour de l'homme. C'est son désir; c'est, si l'on peut s'exprimer de la sorte, sa divine passion. Pour obtenir l'amour d'un fils qui ne l'aime pas, une mère ferait l'impossible. Pour obtenir l'amour d'une pauvre créature humaine, Dieu ferait, j'ose l'affirmer, des extravagances. Que dis-je? Il en a fait. Il est devenu homme, nourriture et breuvage, il s'est constitué victime, et tout cela pour obtenir de nous ce seul mot : Je vous aime.
Donc, moi qui lis ces choses, il faut que je le sache et que jamais je ne l'oublie : je dois aimer Jésus-Christ et son Père; Si je passe un mois sans leur offrir un acte d'amour, je fais un péché mortel; si je meurs sans aimer, je vais en enfer; si je convertissais le monde tout entier mais sans amour, je ne mériterais rien; si je ne donne qu'un verre d'eau mais avec amour, je mérite le ciel.
Je serais donc le plus insensé des hommes si, m'occupant du retour à Dieu, je le faisais consister à vouloir me sauver sans vouloir aimer. Non, non, il n'en sera pas ainsi. Désormais je reviendrai, non pas à la moitié de ma fin, c'est-à-dire à mon salut, mais à ma fin tout entière, c'està-dire au salut avec l'amour.
Et voilà bien pourquoi je dois joindre à la pénitence l'oraison.
0 Jésus, convertissez-moi! Jusqu'à présent, être dénaturé et homme indigne, j'ai vécu presque sans songer ni au salut ni à l'amour : à partir d'aujourd'hui, mon âme sera haletante vers ces deux biens à la fois; et quel que soit le moment où l'on m'interpellera pour me demander ce que je fais, je pourrai répondre : Je cherche à me sauver, je cherche à aimer Jésus-Christ !