‹ Le retour continuel a DieuChapitre 27 sur 146 · DIXIÈME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

DIXIÈME ENTRETIEN

APRÈS LE MYSTÈRE DE L'INCARNATION, NE PAS MEME SONGER A AIMER DIEU, C'EST UNE ABOMINATION.

Dieu est l'amour, et parce qu'il est l'amour, il s'abaisse jusqu'à avoir besoin du cœur de l'homme, jusqu'à mendier l'affection de sa créature.

Ne vous étonnez pas de cet abaissement d'un Dieu. Le propre de l'amour est de faire descendre jusqu'à l'objet qu'on aime. Parmi les serviteurs d'un grand roi se trouvait un valet chargé des écuries. Jamais le monarque ne pensait à lui, il ne le connaissait même pas. Un jour, la vue de ce valet le frappe. Il se sent pris pour lui d'une tendre affection. Le lendemain, on le voit quitter ses appartements royaux et descendre dans les basses-cours du palais : Où allez- vous donc, ô grand roi? — Je vais voir un de mes serviteurs chargé du soin de mes chevaux. — Quoi! vous poussez jusque-là la condescendance? — Que ■voulez-vous! je l'aime, et l'amour descend.

Ce récit n'est qu'une fable. Mais ce qui n'est pas une fable, c'est le mystère de l'Incarnation. 0 mon âme, écoute '.

Si ce grand roi dont je parlais était tellement épris de ses chevaux eux-mêmes que, pour être toujours avec eux, il allât jusqu'à se faire valet d'écurie, on crierait à la folie. Que serait-ce si, pouvant changer de nature sans changer de personne, il devenait lui-même animal par amour pour les animaux, objets de son affection? On s'écrierait : Impossible, impossible !

Eh bien, à genoux, chrétien ! Le Verbe s'est fait chair* !

Il y avait au ciel une famille divine' composée du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et ces trois n'étaient qu'un. Il y avait sur la terre des êtres inférieurs, les hommes. Or, le Père, le Fils et le Saint-Esprit furent épris d'affection pour eux. Alors, par l'inspiration du Saint-Esprit qui est l'amour même, le Père dit au Fils : Veux-tu, mon Fils, veux-tu, sans cesser d'être Dieu, devenir homme comme eux? Et le Fils, par le même Saint-Esprit, répondit : Avec bonheur, mon Père, car je les aime. Et il s'incarna par l'opération du Saint-Esprit, de la Vierge Marie, et il fut fait homme2.

Mais encore une fois, pourquoi ce prodige d'un amour allant jusqu'à l'excès? Écoute, ô mon âme, écoute la réponse des trois qui sont un seul Dieu, et la réponse de Jésus-Christ : Nous voulions être aimés de l'homme. Voilà pourquoi un de nous s'est fait homme. Et maintenant, aimez-nous. Aimez-moi! s'écrie Jésus-Christ ! Aimez-moi ! s'écrie le Père de Jésus-Christ.

Et moi, moi homme, moi chrétien, moi religieux, moi à qui l'on prêche le retour continuel à Dieu, je refuserais ce retour tant désiré? Ou bien, me bornant à moi-même, je retournerais à Dieu pour lui dire : Sauve-moi, mais ne compte pas sur mon amour? Impossible, Seigneur ! Je reviens à vous; chaque jour et chaque heure de ma vie, je reviendrai ; et ce sera au moins autant pour vous aimer que

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