‹ Le retour continuel a DieuChapitre 28 sur 146 · ONZIÈME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

ONZIÈME ENTRETIEN

APRÈS LE MYSTÈRE DE LA RÉDEMPTION, NE PAS CHERCHER A AIMER JÉSUS-CHRIST, CE SERAIT N'ÊTRE PLUS NI CHRETIEN NI HOMME.

Un jour, une mère avait un fils qui ne l'aimait pas, et qui, par cette absence d'amour, était le tourment de son cœur maternel. Cet enfant tomba gravement malade. Que décida sa pauvre mère? 0 imagination de l'amour ! 0 invention d'un cœur qui aime et qui n'est pas aimé ! Elle s'écria : Voici maintenant l'occasion de satisfaire deux fois mon amour. Je rendrai à mon fils la santé, parce que je l'aime, et pour la lui rendre, j'emploierai un moyen qui le forcera à m'aimer, parce que je veux son amour.

Cela dit, que va-t-elle faire? A prix d'or, elle achète d'un médecin un remède infaillible. C'est bien, mais ce n'est pas assez. Car, pensa-t-elle, si je lui donne ce remède tel qu'il est, peut-être se contentera-t-il de guérir sans me rendre son cœur. Là-dessus, elle se perce une veine, et laisse couler son sang presque jusqu'à la dernière goutte. Ce sang, elle le mêle au remède qui doit guérir son fils. Du remède et du sang elle compose un seul breuvage. Puis, après s'être assurée que, grâce à l'effusion de ce sang, elle porte sur son visage la pâleur, la tristesse et la mort, elle s'approche du lit de son enfant, toute palpitante d'amour

et d'espérance ; elle s'approche, et elle dit : Mon fils, regarde-moi, regarde tamère. Tu vois que je suis mourante. C'est mon sang qui a coulé. Je l'ai versé pour toi, parce qu'on m'a dit que le sang d'une mère mélangé aux remèdes de l'art guérit un enfant malade. Tiens, bois-le, il te rendra la vie. Mais quand tu l'auras bu, je t'en supplie, aime-moi.

L'enfant jette sur sa pauvre mère un œil hagard, absorbe le breuvage et répond : Ton sang, je l'ai bu ; mais mon amour tu ne l'auras pas! Alors la mère infortunée se retire en sanglotant.

Voilà Jésus-Christ, et voilà l'homme. Encore une fois, ce récit est une fable, car il faut bien recourir aux fables pour parler des inventions d'un Dieu. Ce qui n'est pas une fable, c'est le mystère de la Rédemption.

Le Fils de Dieu fait homme aurait pu nous sauver sans souffrir. Mais la souffrance était une nouvelle et suprême preuve d'amour; c'était donc en même temps une chance de plus d'obtenir notre cœur. Jésus-Christ n'hésita pas, il prit cette décision : Je souffrirai, je souffrirai pour lui ! Pour le sauver, je lui donnerai mon sang. Après trente-trois ans de douleurs intérieures, je me ferai flageller ; on brisera ma chair, on .pourra compter tous mes os. Puis je serai crucifié, et élevé bien haut afin que l'homme puisse me voir. Je me montrerai à lui tout sanglant. Il verra son Père, son Frère et son Dieu, transpercé pour lui. Il entendra ce qui me reste de sang tomber goutte à goutte sur sa tête. Je pousserai un cri, et, levant les yeux, il verra ma face toute couverte de crachats, dépoussière, de sueur et de sang. Ce cri sera le cri de mon cœur : 0 homme, lui dirai-je, j'ai soif, j'ai soif de ton amour ! Aime-moi, je t'en supplie ; car, si j'ai choisi pour te sauver la croix et ses tourments, c'est pour gagner ton cœur. Je suis l'amour, et mon désir d'être aimé de toi est allé jusque-là.

Et l'homme passera en branlant la tête, vous refusant, ô pauvre Jésus-Christ, vous refusant une marque d'affec-

tion que du haut de la croix vous lui demandez en pleurant!

Ah ! Jésus, Jésus, c'est trop, et je ne puis supporter ma conduite! Moi aussi, jusqu'à présent, quand vous m'avez demandé mon cœur je vous ai regardé et j'ai répondu : Non ! Aujourd'hui, intimidé par mes refus, vous n'osez guère me demander mon amour. Vous vous contentez du retour sincère de mon âme après chacun de mes égarements. Seulement vous désirez que, quand je reviendrai à vous, ce ne soit pas uniquement pour profiter de votre sang, mais pour vous donner mon cœur et réjouir le vôtre. Eh bien! mon Dieu, je le promets et je le jure : pendant tout le reste de ma vie, le bonheur de mon âme et la loi de mon cœur seront de retourner à vous pour vous procurer la joie de me sauver et la joie d'être aimé !

0 saint retour de la vraie pénitence, ô saint retour de la vraie oraison, devenez la vie de ma vie, et le travail accompagnant tous mes autres travaux! Qu'il en soit ainsi, ô Jésus-Christ si peu aimé! Aidez-moi; et priez pour moi, ô Mère de Jésus !

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