‹ Le retour continuel a DieuChapitre 30 sur 146 · L AMOUR JUSQU A L AMITIE · texte numérisé non relu

L AMOUR JUSQU A L AMITIE

Je l'ai compris, l'amour descend. Un grand roi épris de son valet irait-il jusqu'à lui dire : 0 toi qui étais mon domestique, deviens mon ami? Telle fut la conduite de Jésus- Christ. Parmi les hommes ses serviteurs, il daigna en choisir quelques-uns pour les appeler et les admettre à son amitié.

L'amitié est quelque chose de plus que l'amour. Elle implique je ne sais quelle égalité, quelle ressemblance. Deux amis sont ordinairement de la même condition; ils se communiquent leurs vues et leurs affaires; ils travaillent et ils vivent de concert. Ils se disent tout et se partagent en quelque sorteleur existence.

Or, je suis de ceux que Jésus7Christ a voulu pour amis. Cette amitié divine renferme deux éléments principaux: l'imitation et l'abandon.

L'imitation. Tous les chrétiens doivent imiter le Sauveur, et ceux-là seuls qui lui auront ressemblé iront en paradis. Mais il est deux sortes d'imitateurs. Les uns le sont en ce sens qu'ils accomplissent des œuvres conformes aux enseignements et aux exemples du Maître, mais sans avoir l'intention explicite de lui ressembler : ils sont imitateurs de fait sans l'être de cœur et d'intention. Les autres, au contraire, imitent en voulant imiter, en sachant qu'ils imitent, en mettant toutes leurs délices à imiter.

Ceux-ci sont vraiment les amis du Rédempteur, et je

suis obligé d'être de leur nombre. Reproduire Jésus-Christ doit être la vie de ma vie. Mon devoir est de l'imiter quant au fond des choses et quant au mode dans ce qu'il a fait, et dans la manière dont il l'a fait. Ce qu'il a fait, c'est l'œuvre de la Rédemption ; je dois l'imiter en cela par la continuation de cette œuvre, et en vouant toute mon existence au salut des âmes selon l'obéissance. Comment a-t-il opéré cette œuvre? Par la pratique de la charité, de la pauvreté, de l'obéissance, de l'humilité, et des autres vertus. Je dois retracer en moi, les unes après les autres, ces vertus d'un Dieu.

Si je me mets à copier de la sorte mon divin modèle, je ferai la joie du Père, du Fils et du Saint-Esprit; du Père, qui aime que l'on ressemble à son Fils bien-aimé; du Fils luimême, qui aime que ses frères soient semblables à lui; du Saint-Esprit, qui cherche à former en nous d'autres Jésus- Christ. Je ferai les délices de la très sainte Vierge et de tous les saints, car la reproduction de Jésus-Christ dans les élus est le désir du paradis entier.

De plus, si je nie décide à être ainsi l'imitateur de Jésus par un sentiment d'amour pour lui, je puis et je dois m'abandonner tout entier à sa Providence, et cet abandon sera le second caractère de mon amitié.

M'abandonner à Jésus-Christ, c'est passer avec lui un contrat affectueux et caché. C'est lui dire : Vous le voyez, mon bon Maître, je suis tout à vous et à vos intérêts; en retour, occupez-vous des miens, je vous les abandonne ! En vertu de ce contrat, le vrai abandon aime à négliger saintement, autant que la Providence et l'obéissance le permettent, et la santé, et la réputation, et le succès des entreprises, et la vie, en laissant au Sauveur le soin de gouverner tout cela selon sa sagesse et sa bonté.

Le voilà, le vrai ami de Jésus-Christ. // imite son Maître et il se fie à lui. Dès lors, il a une double joie : la joie de faire plaisir à celui qu'il aime, et la joie d'être lui-même inondé de pair.

Mon retour continuel me procurera ce trésor, si, en retournant à Jésus, j'ajoute assez souvent cette parole du cœur :

Amour, donc imitation de votre vie, ô aimable Sauveur, et abandon de tous mes intérêts à vous seul, ô mon unique ami ! Que cette grâce me soit accordée!

0 Marie, formez en moi le vrai ami de votre adorable Fils !

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