‹ Le retour continuel a DieuChapitre 31 sur 146 · AMOUR ET PERSÉVÉRANCE ; PERSÉVÉRANCE ET AMOUR · texte numérisé non relu

AMOUR ET PERSÉVÉRANCE ; PERSÉVÉRANCE ET AMOUR

Si je reviens sans cesse, comme je l'ai promis, à l'idée de mon salut et à l'idée de l'amour de Dieu, je dois être un infatigable mendiant à la porte du ciel, et solliciter sans relâche deux dons à la fois : celui de l'amour et celui de la persévérance.

Le don de l'amour. Pourquoi ne pas simplement m'exercer à aimer Dieu? Faut-il donc que je commence par lui demander l'amour que je dois ensuite lui offrir? Pour aimer mon père, pour aimer ma mère, ai-je besoin de leur en demander la grâce? Cet amour ne m'est-il pas naturel? Oui, certes, il m'est naturel d'aimer mes parents, mais, hélas ! il ne m'est pas naturel d'aimer Dieu. Que dis-je ! cet amour sacré m'est impossible, et impossible à un double titre : à cause de sa sublimité, et à cause de son opposition à ma mauvaise nature.

Amour trop sublime : Dieu est si élevé au-dessus de moi; Jésus-Christ, lui-même, est si invisible âmes yeux! Comment m'attacher à lui?

Amour trop opposé à ma nature : aimer Dieu, c'est opérer une révolution dans tout moi-même. Le fond de mon être,

c'est l'amour de moi-même. Toujours, en tout, et partout, ce que je cherche c'est mon bonheur, et en ce bonheur personnel je me repose comme dans ma fin. Or, aimer Dieu c'est changer de fin : c'est établir ma joie suprême et dernière, non plus dans mon bien, mais dans celui de Dieu ; c'est être plus content du bonheur de Dieu que du mien propre ; c'est mettre Dieu à la première place et moi à la seconde. Ce sentiment si généreux m'est impossible, je le sens.

Voilà bien pourquoi il faut demander le don de l'amour divin, car cet amour est essentiellement le don de Dieu, don qui nous est communiqué par le Saint-Esprit. Si je pouvais mettre dans le cœur d'un autre l'amour que je porte à moi-même, certes cet autre m'aimerait, puisqu'il serait disposé à mon égard comme je le suis moi-même. Or, voilà précisément la merveille opérée par la charité. Le Saint- Esprit en nous faisant part de ce don précieux, nous fait aimer Dieu comme il l'aime lui-même, et comme il 'veut que nous l'aimions.

C'est pour cette raison que la sainte Église nous fait commencer toutes nos actions par le Veni, Sancte Spiritus. Par conséquent si je veux à l'avenir retourner sans cesse à l'amour de Dieu, sans cesse je dois demander et redemander que cet amour me soit communiqué.

Heureuse l'âme assez pure et assez généreuse pour toujours revenir ainsi au désir d'aimer Dieu! Oh! qu'une telle prière est agréable au Seigneur et utile à l'homme ! Elle sera désormais la mienne si désormais je travaille au vrai retour de mon cœur vers le souverain bien.

Mais à la demande de l'amour il faut joindre celle du don de la persévérance. Qu'est-ce que ce don? C'est tout l'enchaînement des grâces qui produisent le salut d'une âme. Le don de la persévérance, dans son acception la plus large, est un secours qui commence au berceau pour finir à la mort, et qui, entre ces deux termes, suit l'homme durant chacune de ses journées. C'est une chaîne formée

d'une multitude d'anneaux, une grâce composée d'une foule de grâces : aujourd'hui la grâce du pardon, demain la grâce de la résistance à la tentation, après-demain la grâce du devoir accompli, plus tard la grâce du bon conseil au moment difficile. C'est, vers la fin de la vie, le choix d'une maladie favorable au salut. C'est enfin et toujours la grâce de la bonne mort. Don merveilleux qui plane sur la tête des élus, don que personne ne mérite, mais qui est obtenu par quiconque le demande.

Le demander, c'est demander le salut. Donc, ô mon âme, puisque tu veux désormais revenir à ta fin, tu dois sans cesse revenir à la prière pour la persévérance !

Mais ne la sépare pas de la prière pour l'amour. Ces deux prières sont nécessaires l'une à l'autre, et se corroborent mutuellement. Si je demande le salut, c'est-à-dire la persévérance, sans demander l'amour, je suis un égoïste qui veut se sauver sans aimer Dieu : ma prière a quelque chose qui déplaît au Seigneur, et, dès lors, elle perd de son efficacité. Si, au contraire, je demande l'amour sans implorer la persévérance, je suis un téméraire, un imprudent qui songe au présent sans songer à l'avenir, et qui, comptant trop sur l'amour qu'il demande, oublie qu'on ne ee soutient dans le bien qu'en sollicitant sans cesse du Seigneur la grâce d'y persévérer.

Puissé-je donc faire consister une bonne partie de mon retour à Dieu dans le fait de revenir sans cesse à la prière pour la persévérance et pour l'amour ! En priant de la sorte je plairai à mon Dieu, et ce grand Dieu m'exaucera.

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