LE RÉGIME DE LA MISÉRICORDE ET LA MÈRE DE MISÉRICORDE
Si je me mets à demander sans cesse l'amour et la persévérance, sans cesse je me vois dans la nécessité de recourir à la divine miséricorde.
En effet, il n'y a rien dont je sois plus positivement indigne que de la grâce d'aimer Dieu et de persévérer.
Et d'abord, je suis presque constamment indigne du don de l'amour. Presque constamment, en effet, je suis occupé soit à ai mer Dieu moins que je ne le devrais, soit à ne pas l'aimer du tout, soit même à l'offenser. Cela étant, comment osé-je revenir à chaque instant au Seigneur pour lui redemander juste le contraire de ce que je viens de faire, c'est-à-dire la grâce de l'amour, lorsque je viens de blesser l'amour?
Il en est de même du don de la persévérance. Chacune des grâces qu'il l'enferme est ou bien une grâce de fidélité, ou bien une grâce de pénitence. Or, comment me croire digne d'une grâce de fidélité, moi qui si souvent redeviens infidèle? Quant aux secours de pénitence, il est clair que rien n'est plus immérité toute grâce de ce genre étant une faveur accordée à quelqu'un qui vient de pécher, une faveur précisément opposée au péché qu'il a commis.
Aussi, je le comprends, quiconque poursuit la persévérance et l'amour poursuit deux dons qu'il ne mérite pas, et dont il est le plus souvent positivement indigne. Il n'a donc d'autre titre que la pure miséricorde de Dieu, laquelle a précisément pour attribution d'accorder ce qu'on ne mérite pas.
Or, il est une personne qui a spécialement reçu de Dieu la mission d'exaucer les indignes. Cette personne, qui est
elle-même admirablement compatissante et bonne, tient de Dieu le pouvoir d'obtenir miséricorde à qui elle veut et autant qu'elle veut; de telle sorte que si, par impossible, elle demandait miséricorde pour Lucifer, elle serait exaucée. Cette personne, aimable entre toutes les créatures, est la sainte Vierge Marie, Mère de Jésus et ma Mère.
Par conséquent, si je veux m'assurer la miséricordieuse persistance de Dieu à toujours répondre à mes indignités par de nouvelles grâces, je n'ai pas de meilleur moyen à employer que le continuel recours à la Vierge bénie. Si ce recours perpétuel devient chez moi une habitude ; s'il a toujours pour objet principal la grâce de persévérer et celle d'aimer; si jamais je ne m'en sers comme d'un prétexte pour accumuler plus tranquillement mes indignités; si, au contraire, je m'efforce de profiter du secours imploré pour vivre de mieux en mieux; dès lors, je suis dans la voie du salut assuré, et pourvu que je persévère dans cette voie, je .me sauverai et je me sauverai en vrai ami de Jésus-Christ; à condition, répétons-le, que jamais je ne m'appuie sur la miséricorde de Marie pour rester stationnaire, et que toujours je m'efforce d'avancer.
Que mon* retour continuel à Dieu ait donc, entre autres caractères, celui d'une infatigable fidélité à invoquer ma Mère !
0 Marie, donnez-moi vous-même le goût et l'habitude de cette invocation constante!