LA MANIÈRE D'OPÉRER LE RETOUR CONTINUEL DE L'AME A DIEU
AYEZ UN CONFESSEUR QUI COMBATTE EN VOUS ET AVEC VOUS, NON SEULEMENT LE PÉCHÉ MAIS LA TIÉDEUR, ET QUI VOIS FORCE A* TOUJOURS AVANCER.
La confession des âmes consacrées à Dieu et des personnes pieuses se fait souvent mal, parfois même très mal; non pas précisément parce qu'il y a sacrilège, crime qui peut cependant se rencontrer même en religion, mais parce qu'il y a routine et manque de sérieux dans la pénitence.
Cela tient autant à la conduite du confesseur qu'à celle des pénitents. Les pénitents, sans doute, sont souvent fort indifférents et ne se prêtent guère à l'action des confesseurs; mais ceux-ci, de leur côté, restent souvent bien en dessous de leurs devoirs.
Pour que vos confessions soient bonnes et sérieuses, il
doit y avoir entre votre confesseur et vous une sorte d'accord; et cet accord doit porter sur les deux choses qui. étant la fin de l'homme, doivent être aussi la fin de vos confessions, je veux parler du salut et de l'amour de Dieu.
Et d'abord il faut qu'il soit entendu que vous vous confessez pour assurer vfltre salut. Vous devez dire, au moins implicitement, à votre confesseur : « Mon Père, si je vous confie mon âme, c'est pour que vous la sauviez; et je vous prie de me traiter sérieusement chaque, fois, comme s'il s'agissait de ma dernière confession avant ma mort. » Et le confesseur doit pouvoir vous répondre : « J'accepte par charité la responsabilité, et je vous promets de faire tout ce qui dépendra de moi pour vous aider à opérer votre salut. »
Mais il faut pousser plus loin cet accord sacré. Votre confesseur et vous devez poursuivre en confession, outre le salut, l'amour de Dieu. Par conséquent, il sera convenu que vous combattrez non seulement ce qui est strictement et gravement contraire à la loi de Dieu, mais encore ce qui est opposé à la perfection.
D'après ce principe, vous devez donner à votre confesseur pleine et entière liberté de faire la guerre à tout ce qui pourrait être péché grave ou danger de péché grave. Priez-le surtout de veiller avec un soin particulier sur votre chasteté, et de vous avertir chaque fois que, même de loin, vous seriez exposé sous ce rapport.
11 ne faut pas vous arrêter là. Vous devez, de concert avec votre confesseur, attaquer le péché véniel, surtout s'il est devenu plus ou moins habituel; car dès lors, c'est la tiédeur; or, on a vu plus haut ce qu'il faut penser de ce mal. Les confesseurs qui laissent dormir les péchés véniels dans l'àme du religieux sont des traîtres et des traîtres cruels. Mais, de leur côté, les pénitents deviennent les pires ennemis de leur propre âme quand il y a certains péchés non mortels dont ils ne s'occupent pas et dont ils ne veulent pas qu'on les occupe.
Vous me direz peut-être : « Bien volontiers je me confesserais de cette manière, mais ce sont les confesseurs qui me font défaut. Je n'en trouve pas qui veuillent porter leur soin jusque-là. » Je vous répondrai que, pour l'ordinaire, on a le confesseur que Ton veut : c'est plus ou moins le pénitent qui fait le confesseur. Si vous vous expliquez franchement avec le vôtre, en lui déclarant que vous voulez sérieusement vous sauver et aimer Dieu, il sera bien difficile qu'il refuse de vous aider dans cette double besogne. Que s'il refuse effectivement, quittez-le, si c'est possible, et adressez-vous à un autre.
Non seulement votre confesseur a pour devoir de combattre en vous le péché véniel autant que le mortel, mais il doit de plus ne pas souffrir que vous soyez stationnaire dans le bien. S'il voit, par exemple, que votre vie intérieure est toujours à peu près la même, sans progrès réel, il s'imposera, en même temps qu'à vous, l'obligation de chercher et de combattre la cause de cette absence de progrès.
Si vous avez le bonheur de posséder un confesseur de cette trempe, croyez que vous avez trouvé le plus précieux de tous les amis.
Aussi devez-vous, si vous ne parvenez pas à découvrir tout de suite ce trésor inestimable, le demander et le redemander sans cesse au ciel jusqu'à ce que vous l'ayez obtenu.
Ce confesseur, cherchez-le parmi les prêtres les plus réguliers et les plus saints ; et de deux confesseurs également vertueux, prenez de préférence celui qui vous paraîtra être le plus instruit; car l'instruction en matière de salut et de perfection est tout à fait nécessaire au directeur des âmes.
Évitez surtout de porter votre choix sur un prêtre que vous sauriez être relâché et qui conduirait les autres selon les lois du relâchement. Malheureux ceux qui veulent un homme décidé à ne pas leur dire toute la vérité! Ne tombez jamais dans ce piège : vous pourriez y rencontrer la mort.
Quoique votre confesseur et vous deviez être saintement exigeants, il faut éviter toutefois avec le plus grand soin tout ce qui sent le scrupule et la rigueur décourageante. Cherchez un directeur qui, tout en ne vous pardonnant rien, entretienne en votre vie la confiance et la dilatation.
Évitez, dans vos entretiens avec cet unique ami de votre âme, de parler du prochain et de choses qui ne vous regardent ni l'un ni l'autre. Du reste, souvent, il vaut mieux ne guère lui parler de direction en dehors de la confession même. Quand celle-ci se fait bien et sérieusement, elle suffit pour l'ordinaire.
Il n'est pas défendu d'aller de temps en temps à un confesseur extraordinaire. Souvent même c'est salutaire, pourvu qu'on n'ait pas pour but d'échapper aux légitimes exigences du confesseur ordinaire.
ALLEZ VOUS CONFESSER PLUS ENCORE POUR LE PLAISIR DE JE- SUS-CHRIST ET POUR SON AMOUR, QUE POUR VOTRE PROPRE AVANTAGE; DE TEMPS EN TEMPS, FAITES UNE CONFESSION PLUS PARFAITE Qu'a L'ORDINAIRE.
Le plus souvent, quand nous allons nous confesser, c'est pour nous, uniquement pour nous. Nous ne cherchons dans la confession que l'apaisement de notre conscience et les intérêts particuliers de notre âme. Cela n'est pas défendu, puisque Dieu nous commande de songer à nousmême et sérieusement.
Mais si ce n'est pas défendu, ce n'est pas non plus complet. Jamais nous ne nous confesserons tout à fait bien si nous ne nous confessons nullement pour l'amour de Jésus-Christ.
Lors donc que vous allez au saint tribunal, rappelez- vous
une pensée souvent répétée par Notre-Seigneur dans l'Evangile, à savoir qu'une des plus vives joies du Sauveur, c'est le retour de l'âme par la pénitence. Oui, si d'une part l'innocence et la fidélité procurent beaucoup de plaisir à ce bon Maître, d'autre part le repentir et le retour ne lui en causent pas moins. Que dis-je ! sous un rapport, il y a plus de joie au ciel pour un seul pécheur repentant que pour quatre-vingt-dix-neuf justes restés fidèles*. Cela étant, quoi de plus facile pour vous, quand vous allez vous confesser, que de jeter un regard affectueux sur le crucifix pour dire à Jésus-Christ : Mon Dieu, si je vous ai peiné par mes péchés, je puis par ma pénitence vous réjouir plus que je ne vous ai chagriné. Je vais donc trouver mon confesseur, mais, je vous le déclare, ô mon Dieu, c'est bien davantage pour la jubilation de votre cœur que pour le soulagement de ma conscience!
Dans ces conditions, la confession devient aussitôt incomparablement plus excellente. D'abord elle est beaucoup plus facile; et l'expérience a démontré que, lorsqu'un chrétien qui se confesse a eu le bonheur de donner à sa démarche l'amour comme motif, aussitôt toutes les parties de la pénitence deviennent plus aisées pour lui.
Il n'est guère difficile d'avouer quand c'est par amour qu'on s'y décide. La contrition, même la contrition parfaite, se forme vite d^ps le cœur qui va demander pardon par amour. Cet amour est encore l'inspirateur du vrai bon propos, et il adoucit singulièrement les rigueurs de la satisfaction.
Si l'amour augmente la facilité de la confession, il en augmente aussi le mérite et l'efficacité. Il est plus exigeant, il voit mieux les fautes, il les pleure plus sincèrement, il les déteste plus cordialement. D'autre part, Notre-Seigneur donne plus de grâces à celui qui aime davantage, selon
1. Gaudium erit in cœlo super uno peccatorc pcenitentiam agenle, quam super nonaginta novem justis, qui non indigent pœnitentia (Luc. xv, 7).
cette parole qu'il dit de Madeleine : Beaucoup de péchés lui ont été remis, parce qu'elle a beaucoup aimé'.
Pour toutes ces raisons, on vous conseille, et on vous conseille fortement, de prendre sans tarder une habitude bien salutaire : celle qui consiste à faire entrer dans la préparation de chacune de vos confessions un bon acte d'amour pour Jésus-Christ, et l'intention de vous confesser pour lui plaire.
Tous les chrétiens peuvent agir ainsi, même les plus grands pécheurs, s'il sont repentants; à plus forte raison vous qui êtes pieux et fervent.
Un jour, un prédicateur fit à ses auditeurs cette déclaration énergique : « Je vous défie de rentrer dans votre chambre, d'y prendre le crucifix entre vos mains, de le regarder attentivement et de ne pas sentir en votre âme un commencement de douleur inspirée par l'amour. » Faites-en vous-même l'expérience. Avant d'aller demander au prêtre de Jésus-Christ le pardon de vos fautes, allez à Jésus-Christ lui-même, soit en contemplant son image, soit en vous agenouillant devant le très saint Sacrement. Rappelez-vous alors et rappelez-lui soit la parabole de l'enfant prodigue, soit celle de la brebis perdue, soit quelque autre trait analogue de l'Évangile.
Allez ensuite vous accuser pour l'amour de ce bon Maître, et vous trouverez bientôt la confession aussi délicieuse qu'elle vous était amère.
De temps en temps, mettez votre plaisir à soigner votre confession avec un redoublement d'attention, pour augmenter d'autant la joie de votre Dieu. Cette délicatesse le réjouira singulièrement et attirera sur vous bien des grâces.
1. Remittuntur ei peccata mulla, quoniam dilexit multum (Luc. vu,
QUE VOTRE PENITENCE DANS TOUTES SES PARTIES SOIT ACCOM- PAGNÉE DE LA PRIÈRE! PRIEZ SURTOUT AU MOMENT MEME DE LA CONFESSION.
Pénétrez-vous bien des trois vérités que voici :
Premièrement, la pénitence, parmi tous les actes de notre sainte religion, est peut-être celui qui joue le rôle principal. Il faut donc que nous y attachions la plus grande importance.
Deuxièmement, si cette vertu est une de celles que le Seigneur demande le plus constamment de nous, elle est, entre toutes, au-dessus des forces de notre mauvaise nature. Comment, par exemple, nous serait-il possible d'amener notre âme à concevoir par elle-même la haine du péché, telle qu'il nous la faut pour obtenir le pardon?
Troisièmement, de tous les dons surnaturels, c'est encore la pénitence que le Seigneur est le plus disposé à nous accorder.
Concluez *de là qu'une des pratiques les plus utiles de la piété chrétienne consiste à demander à Dieu les différentes dispositions qui constituent le pénitent parfait.
Prenez donc l'habitude de solliciter souvent de lui la grâce de connaître et d'avouer vos péchés, la grâce de les pleurer sincèrement, la grâce de rompre avec eux définitivement. Cette prière était une de celles que saint Alphonse préférait, car il n'a cessé de demander une grande et parfaite douleur de ses péchés avec un pardon de plus en plus complet.
Cette prière pour la pénitence, faites-la souvent dans vos oraisons. Mais c'est surtout au moment de la confession que vous devez multiplier vos supplications pour que Dieu perfectionne en vous, de confession en confession, le cœur
vraiment contrit et humilié. Avant de vous confesser, servez-vous de cette prière pour former en vous les vraies dispositions. Après vous être confessé, demandez à Jésus- Christ la grâce de vous confesser toujours de mieux en mieux.
Moyennant cette très sage et très salutaire habitude, petit à petit vous arriverez à la possession d'une âme sincèrement pénitente; ce qui est un des plus précieux avantages que l'on puisse obtenir ici-bas. Plaise donc à Dieu que vous soyez ce qu'on pourrait appeler le mendiant de la pénitence !
PRIEZ POUR BIEN VOIR VOS PÈCHES ET POUR LES BIEN AVOUER. ADOPTEZ, POUR L'EXAMEN ET POUR L'ACCUSATION, UN ORDRE QUI VOUS FORCE A ÊTRE SÉRIEUX DANS LA RÉVÉLATION DE VOTRE CONSCIENCE.
Voir ses péchés tels qu'ils sont, c'est une grâce de Dieu, et une grâce d'un grand prix. Mais les accuser ensuite tels qu'on les a vus, sans qu'il y ait jamais de réticence ni de déguisement, c'est une vertu extrêmement difficile à la nature humaine. Peut-être pourrait-on dire qu'il est rare de rencontrer un pénitent assez parfaitement humble pour se révéler toujours avec une complète candeur. C'est pourquoi il est éminemment prudent et salutaire de redemander, chaque fois qu'on se confesse, le don de l'humilité complète.
Quand cette prière est persévérante, l'âme devient chaque fois plus humble dans ses aveux. Or, être humble en cette matière, c'est posséder une des plus sérieuses garanties de salut.
A la prière joignez, pour faciliter l'aveu parfait, le soin d'avoir de l'ordre dans votre accusation.
On peut suivre sous ce rapport plusieurs méthodes différentes. Les uns parcourent les commandements de Dieu et de l'Église en y intercalant l'examen sur les péchés capitaux. Les autres prennent ces péchés capitaux pour jalons, et ramènent à ces sept péchés les commandements de Dieu et de l'Église.
Pour les personnes pieuses, l'ordre qui est souvent le plus avantageux est celui qui consiste à parcourir les unes après les autres les principales vertus chrétiennes.
C'est pourquoi on va vous donner ici une sorte d'examen dont vous pourrez vous servir si vous adoptez l'ordre des vertus chrétiennes. Cet examen n'est peut-être pas complet, mais tel qu'il est, il suffira pour vous guider. Du reste, libre à vous de le compléter au besoin.
1° Examinez-vous d'abord sur les vertus de foi, d'espérance, de charité, de recueillement et de prière, et demandezvous :
Ce qu'il en est de vos prières d'obligation ; si vous ne les omettez point ; si vous ne les massacrez pas par la négligence et les distractions.
Comment vous recevez les sacrements ; si vous en approchez toujours avec la dévotion et les dispositions requises; si vdus êtes fidèle à en user au temps voulu.
Si vous n'avez pas abandonné, d'une manière coupable, vos pratiques de piété, notamment celles que vous aviez promises à Notre-Seigneur et à la sainte Vierge.
Si, dans tout l'ensemble de vos exercices de piété, il y a de la ferveur, ou de la négligence, ou même un oubli complet de vos devoirs.
Ce qu'il en est de votre religion extérieure, de votre respect pour les choses saintes et de votre attitude dans les églises.
Si vous n'avez pas de tentations contre la foi, et comment vous vous conduisez dans ces tentations.
Si dans le fond de votre conscience il n'y a pas de présomption, pas de cet attachement mauvais qui remet à
plus tard la conversion parfaite, en comptant faussement sur la miséricorde de Dieu.
Jusqu'à quel point vous manquez à votre obligation d'aimer Dieu, soit en faisant trop peu d'actes d'amour, soit en les faisant d'une manière absolument imparfaite.
Si vous ne manquez pas à vos obligations par rapport au recueillement.
Comment vous vous acquittez de l'indispensable devoir de l'oraison, et si ce saint exercice n'est pas devenu pour vous nul ou presque nul.
2° Après l'examen des devoirs envers Dieu, examinez la grande question de vos rapports avec le prochain, et demandez vous :
Si vous ne nourrissez dans le cœur aucun sentiment contraire à la parfaite charité à l'égard de tous. Si, par exemple, vous n'avez pas la moindre inimitié, pas la moindre rancune, pas la moindre jalousie, pas la moindre froideur, pas le moindre mécontentement contre qui que ce soit.
Si, dans vos paroles, vous blessez souvent ou rarement la charité; si vous n'êtes pas médisant, calomniateur, indiscret, emporté dans vos paroles. Si vous offensez rarement ou fréquemment le prochain en lui adressant directement des propos désobligeants.
Si vous n'êtes pas un homme enclin à la colère et cédant à ce penchant.
Si, par vos procédés et vos actes, vous n'êtes pas ennemi de la charité, par exemple, en vous montrant brusque, capricieux.
Si vous vous acquittez fidèlement de ceux de vos devoirs d'état qui ont spécialement le prochain pour objet.
Si vous n'avez pas à vous reprocher d'avoir causé du tort à votre prochain dans ses biens.
3° Passez ensuite à l'examen des trois vertus qui sont la matière des trois vœux de religion et du triple détachement du chrétien.
Si vous êtes religieux, examinez-vous sur la pauvreté
proprement dite. Voyez si vous n'auriez pas commis, à votre insu peut-être, une faute en soi mortelle, en vous appropriant sans permission un objet assez considérable, ou en agissant de quelque autre manière. Ne l'oubliez pas : en matière de pauvreté, il est assez facile d'aller jusqu'au péché mortel.
Voyez aussi si vous ne péchez pas contre l'esprit du vœu et contre la vertu de pauvreté; en vous accordant du superflu, en cherchant ce qui est brillant, en vous procurant vos aises au delà de la mesure.
Si, dans l'exercice de vos emplois, vous ne compromettez pas les intérêts de la maison.
S'il n'y a pas en vous quelque attache secrète et déréglée à un emploi, ou à un lieu quelconque, à vos parents, ou à quelque autre créature.
Si vous n'êtes pas porté à l'avarice.
Si vous n'avez pas manqué à la pauvreté par rapport à vos biens de famille.
Si vous n'êtes pas religieux, examinez-vous sur le détachement des biens de la terre. Voyez si vous n'y tenez pas outre mesure; s'il n'y a dans votre cœur rien qui sente l'avarice; si .vous n'avez pas nui aux biens des autres; si, au point de vue temporel, vous gouvernez et soignez vos affaires selon Dieu; si vous n'avez pas négligé le précepte de l'aumône et les autres œuvres de miséricorde.
En matière de chasteté, voyez si vous avez suffisamment bien confessé tous les péchés passés.
Si actuellement il ne vous arrive pas, soit corporellement soit mentalement, des choses qui sont ou certainement ou peut-être gravement répréhensibles.
Si au moins vous n'avez pas à ce sujet quelque habitude véniellement coupable.
Si la modestie avec vous-même est tout à fait ce qu'elle doit être : si vous n'offensez pas Dieu par regards trop libres, ou par mauvaises pensées pas assez repoussées, ou par quelque autre misère.
S'il n'y a dans votre cœur aucune affection passionnée pour quelque personne.
Si vous êtes plus ou moins exempt de tentations, ou si vous y êtes fort sujet.
Si vous ne vous trouvez pas dans une mauvaise occasion ou dans un danger quelconque.
Sur l'obéissance, voyez ce qu'il en est de votre régularité : si elle est stricte et exacte; si elle n'est que passable et trop facile; si elle est relâchée et quasi nulle, notamment par rapport au silence.
Si, en cas d'inobservance, il n'y aurait pas de votre part scandale plus ou moins sérieux, ou mépris implicite de la Règle.
Si vous ne vous passez pas trop facilement des permissions nécessaires.
Si vous ne manquez pas, soit intérieurement soit extérieurement, au respect et à l'affection dus aux supérieurs.
Si vous n'avez rien à vous reprocher relativement à vos parents.
Si vous ne tombez pas dans le murmure et dans le vice de la critique.
Si vous vous acquittez fidèlement des fonctions qui vous sont confiées.
Si vous n'êtes pas un de ces chrétiens forçant presque leurs supérieurs à les laisser vivre selon leur volonté propre.
Si vous ne portez personne à la désobéissance par vos exemples ou par vos paroles.
4° Passez ensuite à l'humilité, et examinez :
Si vous avez dans l'esprit des pensées ou dans le cœur des sentiments contraires à l'humilité.
Si, intérieurement, il ne vous arrive pas de mépriser soit la personne, soit les actes du prochain, même des supérieurs.
Si vous n'êtes pas travaillé par quelque ambition ou par quelque jalousie.
Si, extérieurement, vous n'êtes pas un homme qui cherche les louanges, ou qui se vante, ou qui se fait valoir.
Si vous n'êtes pas susceptible et très vite fâché quand vous vous croyez blessé.
Si, dans vos allures extérieures, il n'y a rien qui sente la prétention ou la vanité.
5° En matière de mortification :
Voyez si vous ne violez pas les préceptes de l'Église quant aux jeûnes ecclésiastiques.
Si vous faites toujours suffisamment bien vos jeûnes de règle.
Si vous n'êtes pas à table habituellement gourmand ou ami de la boisson.
Si vous n'avez pas l'habitude de prendre inutilement quelque chose hors des repas.
Si vous n'êtes pas trop facile à accepter ou à vous procurer des exceptions.
Si, dans tout l'ensemble de votre vie, il n'y a pas de sensualisme et de mollesse.
Si vous n'êtes pas porté à vous plaindre trop facilement devant une chose qui vous mortifie.
6° Sur Vabnégation et l'amour de la croix.
Voyez si le fond de votre vie est encore entièrement consacré à votre personne et à vos intérêts.
Si vous n'êtes pas un de ces religieux qu'il faut ménager de toutes manières.
Si, habituellement, vous êtes un homme ennemi de la croix, et s'agitant outre mesure dès qu'une contrariété se présente.
PRIEZ POUR OBTENIR LA DOULEUR DE VOS PÉCI1ES, ET ALLEZ DE L'ATTRITION JUSQU'A LA CONTRITION PARFAITE.
La raison pour laquelle on arrive difficilement à la contrition, c'est qu'on ne s'applique pas assez à la demander, et que l'on veut trop se la procurer par les efforts personnels.
N'oubliez pas que la contrition est une douleur absolument supérieure et divine, qui ne se formera jamais dans votre cœur si le ciel lui-même ne vous la donne pas.
Ayez soin, chaque fois que vous voulez avoir la contrition, de commencer par la demander instamment et humblement. Sachez qu'il y a des sources célestes où votre prière trouvera plus vite ce qu'elle cherche en fait de sainte douleur. Ces sources sont les mystères de la Passion de Jésus Christ et les douleurs de la sainte Vierge.
Prenez donc l'habitude, en vue du don de la contrition, de vous tourner de préférence ou bien vers Jésus souffrant et agonisant sur la croix, ou bien vers Notre-Dame des Sept- Douleurs.
Après que vous aurez ainsi mendié votre contrition, il faut naturellement que vous coopériez à la grâce, que vous vous excitiez vous-même à la douleur et à la détestation de vos fautes.
Sachez que la contrition parfaite, loin d'être aussi difficile qu'on le croit généralement, est au contraire plus facile, en un sens, que l'attrition ou contrition imparfaite. Ce qui fait de la contrition une contrition parfaite, ce n'est pas la vivacité du sentiment, mais la sainteté du motif. Un homme, par exemple, saisi à la pensée de l'enfer, pourra se sentir fort animé contre son péché à cause de cet enfer : sa douleur, quoique très vive, ne sera cependant qu'une contri-
tion imparfaite, parce qu'elle n'aura pour principe que le motif inférieur de la crainte des châtiments éternels. Quelqu'un, au contraire, considérant que le péché est le mal de Dieu, de ce Dieu infiniment aimable, aura dans le cœur, mais sans aucune émotion sensible, la haine de ce mal de Dieu à cause de Dieu lui-même : sa contrition sera parfaite, à raison de la perfection du motif, bien que le sentiment puisse être peu vif.
Ayant bien compris cela, prenez l'habitude d'aller de l'attrition à la contrition parfaite. A cet effet, commencez par détester le péché comme étant l'ennemi de votre âme, parce qu'il la prive de Dieu et l'expose à l'enfer. Mais ensuite, vous aidant de la prière, détestez ce môme péché comme ennemi de Dieu et de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et parce que Dieu et Notre-Seigneur sont souverainement aimables.
Cette habitude d'aspirer à la contrition parfaite formera petit à petit dans votre âme le trésor delà vraie pénitence.
PRIEZ POUR OBTENIR LE BON PROPOS ET FAITES-LE PORTER SUR LES CAUSES DU PÉCHÉ AUTANT QUE SUR LE PÉCHÉ LUI-MÊME.
De toutes les parties de la confession, c'est le bon propos qui risque le plus de n'être pas ce qu'il devrait être.
Il se peut que l'âme éprouve une certaine douleur de ses péchés, sans que pour cela la volonté soit décidée à combattre les causes du péché.
C'est pourquoi, quand vous allez vous confesser, mettez le plus grand soin à supplier Dieu de faire descendre le bon propos jusque dans le fond de votre volonté, afiu que cette volonté cesse vraiment de vouloir le mal qu'elle voulait, et veuille sérieusement un changement de conduite.
Après que vous aurez ainsi attiré dans votre volonté l'action puissante de la grâce, faites des déclarations de guerre à vos péchés, et exercez-vous à vouloir ne plus les commettre.
Mais ajvz la loyauté de ne pas prétendre conserver la mauvaise racine tout en rejetant les mauvais fruits. Sachez donc que tous ou presque tous les péchés proviennent, au moins en partie, d'une occasion ou d'une cause extérieure; et, sachant cela, ayez le courage de promettre au bon Dieu les sacrifices nécessaires pour l'éloignement de ces causes.
CULTIVEZ AVEC LE PLUS GRAND SOIN LA CONFESSION SPIRITUELLE; PROCUREZ-VOUS A VOUS-MÊME LE TEMPS DE BIEN FAIRE PÉNITENCE.
Il y a une confession spirituelle comme il y a une communion spirituelle. La confession spirituelle est tellement dans l'esprit de Dieu et de l'Église qu'à chaque instant, dans la liturgie, elle est prescrite aux prêtres et aux fidèles.
Pourquoi, par exemple, devons-nous si souvent réciter le Confiteor, si ce n'est pour nous confesser à Dieu de nos péchés, sans détriment de la confession sacramentelle.
Vous verrez plus loin qu'un des actes les plus importants de l'oraison est celui qui a pour objet cette confession spirituelle tant recommandée. Reportez-vous à cet endroit pour trouver les détails nécessaires (IV).
Ici nous ne dirons que deux mots, dont voici le premier. Vous n'arriverez que très difficilement à faire très bien vos confessions sacramentelles si vous ne prenez pas l'habitude de la pénitence spirituelle. Car les éléments qui composent la pénitence sont tous si surnaturels et si saints
qu'il est quasi impossible à l'âme de les trouver abondamment au moment de la confession si elle ne s'en est pas occupée auparavant.
Le second mot n'est ni plus ni moins qu'un conseil qu'on pourrait appeler conseil d'or, tant il est excellent et salutaire. Le voici : Prenez l'habitude, quand le jour de la confession sacramentelle est arrivé, d' emploijer à la préparer votre oraison du matin tout entière.
Il est presque impossible d'imaginer une habitude qui soit plus sage et meilleure que celle-là. Si vous y êtes fidèle, il arrivera que votre âme aura chaque fois le temps de soigner chacune des parties de sa confession dans le recueillement de l'oraison, et s'assurera ainsi des progrès constants et sérieux par rapport à la pénitence. Elle parviendra même assez promptement à la pratique relativement parfaite de cette vevtu, ce qui est une des plus grandes consolations de la vie. Aussi ne serait-ce pas une exagération de dire que l'habitude inculquée ici pourrait être considérée comme un sérieux gage de prédestination.
Retenez donc ce conseil, et mettez-le en pratique. Nous allons le répéter, tant il est bon et utile : Les jours de confession, prenez l'habitude de consacrer l'oraison du matin tout entière à la préparation de la confession.
Il suffira ensuite, immédiatement avant la confession elle-même, de répéter plus brièvement cette préparation déjà faite.
HABITUEZ-VOUS A OFFRIR DE TEMPS EN TEMPS LES PEINES DE LA VIE COMME DES SACRIFICES DE PÉNITENCE.
Il y a différentes manières d'utiliser les peines de la vie. On peut, par exemple, les unir à celles de Jésus Rédempteur, et les offrir ainsi pour le salut des âmes et l'extension
du règne de Dieu. On peut aussi s'en servir pour s'exercer à différentes vertus, telles que la patience, l'espérance du ciel, la mortification, l'abnégation, l'humilité.
Une des meilleures manières de les exploiter avec fruit, c'est celle qui consiste à les convertir en actes de pénitence.
Seulement, il y a sur ce sujet une importante remarque à établir. C'est que si cet exercice de pénitence reste plus ou moins dans le domaine de l'intérêtprivé, si par exemple on offre lesdites souffrances uniquement ou presque uniquement pour la diminution des peines dues aux péchés, la chose, quoique toujours bien bonne, perd cependant beaucoup de son efficacité, de sa facilité et de son mérite.
C'est bien différent quand l'âme, entrant dans des sentiments plus généreux, fait réflexion que l'exercice de la pénitence est un sacrifice très agréable à Dieu, très honorable pour la divine majesté, très doux au cœur de Jésus, et très conforme à la vie et à la Passion du Sauveur. Alors, se livrant à cette pénitence beaucoup plus par zèle pour Dieu que par intérêt, elle offre ses croix comme on offre une victime, et comme Jésus-Christ a offert le sacrifice expiatoire du Calvaire.
Dès lors, l'esprit de pénitence se confond avec l'esprit d'amour pour Dieu, et l'âme en retire les plus grands fruits.
Prenez donc l'habitude de vous servir de temps en temps des croix de chaque jour pour présenter à Dieu l'honorable et précieux sacrifice d'une âme repentante et désireuse de réparer.
QUE VOTRE ORAISON SOIT UNE CONVERSATION AVEC UN DES MEM- BRES DE VOTRE FAMILLE CÉLESTE ! QUE CETTK CONVERSATION SOIT TOUJOURS RÉELLE, TOUJOURS TRÈS SIMPLE, TOUJOURS APPROPKIÉE A VOTRE ÉTAT ACTUEL, ET QU'ELLE NE CRAIGNE NI LES PRIÈRES VOCALES INTERCALÉES, NI LES RÉPÉTITIONS !
Que votre oraison soit une conversation! La plupart des chrétiens s'imaginent que l'oraison est une occupation de l'esprit comme une étude ou une lecture spirituelle dans laquelle l'esprit seul travaille, une occupation solitaire où on est abandonné à soi-même.
Non, l'oraison n'est pas cela. C'est une conversation, un véritable entretien avec quelqu'un qui est là, ou qui nous entend.
Habituez-vous à envisager ainsi ce divin exercice. Alors, et alors seulement, il vous deviendra facile, profitable et agréable.
Ce quelqu'un avec lequel on s'entretient dans l'oraison, qui est il? C'est un personnage invisible, mais qui est ou bien réellement là où vous êtes, ou bien parfaitement à même de vous entendre et de vous répondre de l'endroit où il se trouve.
C'est tantôt l'un, tantôt l'autre des membres de notre famille céleste. C'est Dieuremplissantl'univers; c'estJésus- Christ vivant au très saint Sacrement; c'est la sainte Vierge, nous voyant du haut du ciel; c'est saint Joseph; c'est l'ange gardien ; ce sont les saints.
Nous pouvons converser avec tout ce monde invisible et
102 LE RETOUR CÇHYTINUEL A DIEl'.
céleste, et c'est cette conversation que Ton appelle oraison.
Sans doute, le plus souvent, vous choisirez pour interlocuteur votre Dieu lui-même, présent partout où vous êtes vous-même présent; ou bien votre Sauveur Jésus, qui habite sur nos autels exprès pour nous parler et pour que nous lui parlions. Mais il ne vous est pas défendu,, il vous est même conseillé de faire parfois oraison avec les autres membres de la famille, notamment avec la sainte Vierge, par exemple les samedis ou les jours de fête qui lui sont consacrés.
Quoi qu'il en soit, il faut, ne l'oubliez jamais, que votre oraison ait la forme et le ton d'un véritable entretien.
Que cette conversation soit toujours réelle! Ne laissez pas votre âme s'habituer à croire que, dans l'oraison, elle est réduite, comme on dit vulgairement, à parler en l'air. Au contraire, restez toujours fortementconvaincu quevotre entretien n'est ni une fable ni une fiction, mais une réalité, tout comme les conversations que vous avez avec les hommes.
Retenez bien cet avis important : Pour conserverie sentiment de cette réalité, il faut que vous ayez soin tout d'abord de saluer très attentivement et très respectueusement, au commencement de l'oraison, celui à qui vous voulez parler. Puis vous devez vous remettre en sa présence et rentrer dans la réalité de votre conversation plusieurs fois dans le cours de l'oraison.
Veillez à ce que cet entretien, toujours réel, soit aussi toujours très simple. Très simple, c'est-à-dire très naturel quant au ton, sans aucune recherche d'émotion; familier et ordinaire, comme une conversation avec un de vos égaux que vous verriez chaque jour. Si vous vous habituez à vous contenter ainsi du ton parfaitement aisé et tout ordinaire, votre oraison sera débarrassée d'une très grande partie de sa difficulté. Si, au contraire, vous restez, comme tant d'autres, empêtré dans le besoin d'être émotionné, comme tant d'autres aussi vous vous rendrez cet exercice fort pénible et vous risquez de le laisser là.
LA PRATIQUE DE LA VRAIE ORAISON. lO.'J
Demandez donc beaucoup à Dieu qu'il vous donne l'instinct sacré delà simplicité, car c'.est une grande grâce.
Veillez aussi à ce que votre oraison soit toujours appropriée à votre élal actuel. Chaque homme peut et doit faire son oraison à lui; personne ne peut ni ne doit faire l'oraison de son voisin. Je veux dire par là qu'il faut, en parlant à Dieu, ne pas se travestir, et rester tel que l'on est. Le pauvre pécheur, le plus grand des pécheurs, peut faire oraison ; seulement, il faut que ce soit une oraison de pécheur. L'homme de mauvaise volonté peut et doit faire l'oraison; mais qu'il la fasse selon son état, et qu'il parle à Dieu précisément de cette volonté mauvaise. Que le tiède fasse l'oraison propre au tiède, que le juste fasse l'oraison du juste, et qu'avec Dieu chacun soit ce qu'il est en réalité !
Cette appropriation à l'état actuel de Fâme contribue grandement à rendre l'oraison douce et facile. Car, quoi de plus aisé et de plus doux que d'entretenir le Seigneur de ce que l'on est et de ce que l'on éprouve actuellement?
Il est encore deux choses qui facilitent l'oraison et dont il faut profiter avec soin. La première est la liberté d'y introduire des prières vocales ; la seconde est la liberté de répéter fois sur fois la même chose.
Oui, vous pouvez intercaler des prières vocales dans votre oraison, et c'est souvent très utile. Vous voulez, par exemple, offrir à Dieu quelques bons actes de contrition. Afin d'obtenir la grâce de les exprimer sincèrement, qui vous empêche de réciter quelques Ave Maria ou d'autres prières de votre choix? Cette simplicité, qui ne se gêne nullement pour mêler ainsi le vocal au mental, rend l'entretieu plus agréable à Dieu et souvent plus profitable à l'âme.
Également, il vous est permis de répéter, même durant longtemps, la même chose ; de redire, par exemple, fois sur fois à Notre- Seigneur que vous désirez l'aimer ou que vous lui demandez pardon. Ces sortes de répétitions, loin de déplaire à Dieu lui sont très agréables ; vous pouvez du reste
constater qu'elles sont très fréquentes dans les prières de r Eglise, ainsi que nous le prouve l'usage des litanies, du rosaire, et d'autres pratiques du même genre.
QUE VOS ORAISONS FORMENT UN ENTRETIEN RÉGLÉ, QUI COMMENCE PAR LA MÉDITATION ! QUE VOS PRINCIPAUX SUJETS DE MÉDI- TATION SOIENT LES FINS DERNIERES ET LES MYSTÈRES DE JÉSUS- CHRIST, ET QUE VOTRE MANIÈRE DE MÉDITER CONSISTE EN UN SIMPLE SOUVENIR MÉLANGÉ D'ACTES DE FOI ET DE PRIÈRES !
Si notre âme était parfaitement familiarisée avec Dieu, nous n'aurions pas plus besoin de régler nos entretiens avec lui que nous n'avons besoin de régler nos récréations communes. Il nous suffirait de nous laisser aller, et la conversation réussirait toujours. Mais parler à Dieu ou à d'autres personnages célestes n'est pas chose si aisée. C'est pourquoi la plupart de ceux qui font oraison doivent, de toute nécessité, régler avec un certain ordre leur entretien.
Voici l'ordre que, pour l'ordinaire, il faut mettre. Avant tout, ainsi qu'il a été dit, la salutation offerte au personnage invisible et divin avec lequel aura lieu la conversation. Puis : la méditation, l'acte, la prière, lapromesse.
Quant à la méditation qui, remarquez-le bien, n'est que le commencement et l'introduction de l'oraison proprement dite, le plus souvent elle doit rouler soit sur les fins dernières, soit sur les mystères de Notre-Seigneur Jésus- Christ.
Pourquoi cela? Parce que ces deux sortes de sujets s'adaptent parfaitement à la fin de l'homme ; laquelle fin, nous l'avons montré plus haut, consiste dans le salut de lame et dans l'amour de Dieu.
Dans les vérités éternelles, cherchez surtout le zèle pour
votre salut. Dans les mystères de Jésus-Christ, puisez principalement l'ardeur à aimer Dieu.
Ne croyez pas cependant que vous deviez absolument rejeter toutes les autres matières de méditation; que les sujets moraux, par exemple, vous soient interdits. Non. Mais ne leur donnez qu'une part restreinte, à moins que vous ne les envisagiez en Jésus-Christ.
Quant à voire manière de faire votre méditation, elle doit être, comme tout le reste, fort simple et fort aisée.
Écoutez bien, à ce propos, les quelques conseils qui vont suivre.
Premièrement, dans cette méditation, il n'est pas nécessaire que vous vous livriez à de longues réflexions ou à de longs raisonnements. Non, telle ne doit pas être votre manière de méditer. Ce qu'on vous demande, c'est une opération de l'esprit qui pourrait s'appeler la simple mais attentive considération du sujet proposé. Vous voulez, je suppose, méditer sur Jésus en croix. Eh bien ! vous servant de votre mémoire ou d'un livre, commencez par envisager avec soin la scène, en vous rappelant la substance du sujet, et en vous disant : « Voilà donc Jésus-Christ mort pour moi ! En mourant, il pensait à moi, il m'aimait, il me sauvait! »
Mais ne vous arrêtez pas là; car le seul regard ne suffirait pas pour faire du bien à votre âme.
Après avoir regardé fixement votre sujet, faites des actes de foi. Par exemple, ayant considéré l'enfer, répétez et répétez que vous y croyez. La raison pour laquelle il faut s'attacher ainsi aux actes de foi, c'est que la lumière que l'on cherche dans l'oraison est celle qui doit agir sur la volonté. Or, ce genre de lumière nous vient beaucoup mieux et beaucoup plus vite par la foi que par toute autre voie.
Aux actes de foi ajoutez les prières pour obtenir les lumières divines qui éclairent l'âme complètement.
Ainsi donc, trois sortes d'opérations : le simple et at-
tentif regard sur la vérité, l'acte de foi, et la prière : voilà les éléments dont doit se composer la méditation.
Et, remarquez-le de nouveau, ces opérations pourront se renouveler plusieurs fois dans l'espace de temps réservé à cette première partie de l'oraison.
Procédez de cette manière, et vous ne tarderez pas à vous féliciter de la facilité que vous y trouverez.
qu'après la méditation il y ait des actes! que ces actes soient faits par une volonté tranquille, aidée de là prière ! choisissez-les toujours ou presque toujours parmi les sept ou huit principaux ! les deux premiers sont l'humilité et la confiance : cultivez-les avec