‹ Le retour continuel a DieuChapitre 35 sur 146 · SOIN · texte numérisé non relu

SOIN

Qu'après la méditation il y ait des actes! Pour l'ordinaire, la méditation doit durer environ le tiers du temps réservé à l'oraison. Les actes qui doivent la suivre ne sont que l'expression de certains sentiments de l'âme. Cela est naturel dans les conversations. Quand, par exemple, la personne à qui l'on parle est une grande bienfaitrice, il est naturel que, dans l'entretien, on introduise des remerciements. A la méditation ajoutez donc l'acte.

Que l'acte soit fait par une volonté tranquille, aidée de la prière ! Si quelqu'un venait me dire avec une émotion fébrile et sur le ton de l'enthousiasme qu'il m'aime de tout son cœur, je me défierais un peu de ses protestations. Si un autre, au contraire, me déclarait la même chose plus tranquillement et plus sérieusement, je ferais cas le ses paroles. Ceci doit nous donner à comprendre que, dans l'oraison, quand on fait l'acte, c'est-à-dire quand on présente à Dieu un sentiment, le mieux est de procéder tran-

quillement et bonnement, en se servant, non pas de l'émotion et des nerfs, mais de la liberté et de la volonté. C'est plus sûr, c'est plus facile, et c'est plus sérieux.

Seulement, il faut toujours avoir bien soin de ne pas vouloir se livrer aux actes sans prier. La raison en est que les actes de l'oraison sont tous surnaturels, par conséquent tous supérieurs à la capacité humaine. On doit donc, avant de les formuler, attirer soigneusement en soi l'influence de la grâce et du Saint-Esprit. Comment, par exemple, pouvoir, sans le secours d'en haut provoqué par la prière, offrir au Seigneur un vrai acte d'amour ou un acte d'humilité? C'est pourquoi commencez par prier, exprimez ensuite votre sentiment de votre mieux, sans jamais forcer le ton. N'oubliez pas qu'ici, comme dans tout le reste de l'oraison, les répétitions sont permises et que le bon Dieu les aime.

Mais ces actes, où les prendre? Faut-il qu'ils aient un rapport direct avec la méditation? Faut-il en prendre un seul ou plusieurs? Répondons brièvement à ces diverses questions.

Où prendre les actes? Dans l'ensemble des sentiments qu'il est naturel d'offrir à Dieu quand on lui parle.

Faut-il qu'ils aient un rapport direct avec la méditation ? Ce serait bon, mais ce n'est pas nécessaire. 11 estméme utile que nous nous habituions à savoir passer de la méditation à l'acte sans transition ; comme, à la messe, vous passez sans transition d'une prière à l'autre.

Faut-il prendre plusieurs actes ou n'en prendre qu'un seul? C'est indifférent; mais il est préférable de se borner à un petit nombre, afin de pouvoir mieux s'en acquitter.

Quant au choix de ces actes, sachez qu'il y en a sept ou huit principaux, auxquels vous ferez bien de toujours revenir. Pourquoi ? Parce que, dans leur ensemble, ils constituent ce qu'il y a de plus solide dans la vie chrétienne et intérieure. Le plus sage est donc que, pour l'ordinaire, vous vous animiez de ceux-ci. Usez tantôt de l'un.

tantôt de l'autre. Parfois appliquez-vous à les cultiver les uns après les autres, dans le cours d'une semaine ; parfois aussi appesantissez-vous plus longtemps sur un seul, jusqu'à ce que vous vous sentiez pénétré de l'esprit qu'il contient.

Les deux premiers actes sont ceux d'humilité et de confiance, actes absolument fondamentaux dans notre sainte religion.

Comprenez-les bien, et, les ayant bien compris, faitesles sérieusement. Or, sachez-le, la vraie humilité porte à la confiance, et réciproquement la confiance véritable est essentiellement humble.

En effet, remarquez bien ceci, l'humilité consiste proprement à se dépouiller de tout titre de mérite vis-à-vis de Dieu ; à accepter volontiers ce partage, et à prendre cette absence même de titre comme le meilleur titre à faire valoir auprès de la miséricorde divine. Expliquons- nous.

L'homme ne possède en propre que deux choses : l'incapacité et l'indignité. L'orgueil ignore cette vérité, ou, s'il la connaît, il ne l'accepte pas, et veut toujours retrouver par quelque côté la capacité et le mérite. L'humilité, au contraire, se sait incapable et indigne, et elle veut qu'il en soit ainsi, pour que le Seigneur soit d'autant plus glorifié. Mais, loin de perdre confiance, elle espère d'autant plus qu'elle se voit plus dénuée, parce que sa confiance n'est pas basée sur la justice mais sur la miséricorde, laquelle cherche précisément pour s'exercer ce qui est à la fois privé de puissance et de mérite.

Si l'humilité est d'autant plus confiante qu'elle est plus vraie, réciproquement la confiance est d'autant plus humble qu'elle est plus grande. En effet, la vraie confiance est celle qui répond au sentiment de l'incapacité par ce mot : Je puis tout en celui quime fortifie { ; et qui relève son courage dans l'indignité par cette autre parole : Dieu fait sura-

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