‹ Le retour continuel a DieuChapitre 36 sur 146 · Omnia possum in co qui nie confortai (Phili. iv · texte numérisé non relu

Omnia possum in co qui nie confortai (Phili. iv

bonder la grâce là où abonde te péché * . Cette confiance, toute pénétrée du sentiment de la misère personnelle, s'appuie donc sur la miséricorde de Dieu. Dès lors, il est clair que plus elle grandit devant l'immensité des secours offerts, plus aussi l'humble sentiment de l'incapacité et de l'indignité s'accroît avec elle.

Cette manière d'envisager les choses est absolument surhumaine et toute divine. Mais aussi quand un homme en est là, quand il espère d'autant plus en Dieu qu'il y a moins à espérer de l'homme, et quand il s'humilie d'autant plus qu'il a davantage de confiance, les choses en lui et pour lui ont complètement changé d'aspect : c'est un homme qui a Dieu pour soi en chacune de ses aclions.

Afin que petit à petit vous aboutissiez à ce résultat, imposez à votre oraison de revenir souvent à ces deux actes aussi excellents l'un que l'autre.

Résumons en deux mots.

Acte d'humilité : « Mon Dieu, je suis l'incapacité et l'indignité mêmes; mais je suis content de ce partage parce qu'il vous glorifie ; et loin de diminuer ma confiance, il l'augmente. »

Acte de confiance : « Mon Dieu, j'espère que vous me donnerez hrgrâce, et je crois qu'avec la grâce je puis tout. Mais plus je me relève ainsi en vous, plus je m'abaisse en moi-même, en moi qui ne suis capable de rien et qui suis indigne de tout. »

Il est un acte qui s'adjoint très bien à l'acte d'humilité et à celui de confiance. C'est l'acte de remerciement. Quoi de plus juste que nous remerciions Dieu, lui qui nous a comblés et qui nous comble tous les jours de bienfaits infinis? Si nous ne lui témoignions pas fréquemment notre reconnaissance, il nous serait impossible de devenir ses vrais amis, car l'ingratitude est un vent qui dessèche les affections les pins vives. Nous voyons dans les saintes

1. Ubi autem abtindavit delictum, superabundavit gratia (Rom. v,20).

HETOUR CONTINUEL A DIEU. 7

Écritures et dans la liturgie que rien n'est plus fréquent que la louange et l'action de grâces. C'est même une des quatre fins du saint sacrifice de la messe. Prenons donc l'habitude de souvent remercier Dieu dans l'oraison. Il en résultera beaucoup de joie pour le Seigneur et beaucoup d'avantages pour nous.

CULTIVEZ AUSSI AVEC LE PLUS GRAND SOIN LES ACTES OUI SE RAPPORTENT A LA VRAIE PÉNITENCE.

Vous avez vu plus haut combien il importe que vous vous adonniez à la vraie pénitence. Peut-être avez-vous compris aussi qu'il est quasi impossible d'être pénitent en confession, si on ne l'est pas dans l'oraison. Ayez donc grandement à cœur de cultiver, durant ce saint exercice, la pénitence dans toutes ses parties. Il est difficile d'imaginer une habitude plus salutaire et plus excellente que celle-là.

On peut dans l'oraison pratiquer la pénitence ou bien dans son ensemble ou bien dans une de ses parties. Les deux méthodes sont bonnes, et il ne faut négliger ni l'une ni l'autre.

Donc, de temps en temps, consacrez votre oraison tout entière, ou presque tout entière, à une confession spirituelle complète. En ce cas, vous devrez y renfermer : la demande d'un cœur contrit et humilié; l'humble aveu de vos péchés ; l'acte de contrition et de bon propos; l'offrande de la satisfaction ; enfin la demande du pardon des péchés.

La demande du cœur contrit et humilié. Oui, quand vous voulez vous confesser à Dieu dans l'oraison, commencez par implorer humblement la grâce d'une vraie douleur. Nous

n'avons pas besoin de Dieu pour pécher, mais nous avons besoin de lui pour nous repentir. Le chrétien qui, désirant le repentir et s'en reconnaissant incapable, le demande au Seigneur pour le lui offrir ensuite, fait une prière extrêmement agréable au ciel. Faites-la, et Dieu vous bénira.

L'humble aveu de vos péchés. Après que vous aurez demandé la grâce de reconnaître et de pleurer vos péchés, commencez par les avouer. Vous ne sauriez croire combien l'habitude de déclarer ainsi ses péchés à Jésus-Christ dans le secret de l'oraison a de puissance sur le cœur du bon Maître et sur l'âme du pénitent lui-même.

Plusieurs vertus très précieuses naissent de cet humble aveu, quand il est fréquent et sincère : entre autres l'humilité, la confiance, l'esprit de prière.

L'acte de contrition et de bon jjvojjos. Saint Alphonse enseigne que l'acte de contrition forme, avec l'acte d'amour, la partie la plus excellente de l'oraison. Affectionnez-vous donc àla contrition . Mais rappelez-vous ce qui a été conseillé précédemment : ayez soin de toujours aspirer à la contrition parfaite, à la contrition par amour. Le ciel seul pourrait dire les avantages que vous retirerez de ce travail, et combien vous en serez heureux sur votre lit de mort.

L'offrande* de la satisfaction. Quand on a ainsi avoué et pleuré ses péchés dans l'oraison, il est bon d'offrir sur l'heure même à Dieu l'une ou l'autre des peines de la vie, en le priant de l'accepter comme un sacrifice d'expiation. Cette expiation intime prépare excellemment l'âme aux sacrifices qu'il faut faire ensuite.

La demande du pardon des péchés. Ici quelques explications sont nécessaires. Le pardon des péchés ! 11 n'y a rien que saint Alphonse implore plus souvent et qu'il recommande plus souvent d'implorer. En cela spécialement il se conforme à la sainte Église, qui, dans sa liturgie et notam-. ment à la messe, nous fait demander fois sur fois à Dieu de daigner nous remettre nos iniquités. Et le Fils de Dieu lui-même, dans la prière qu'il nous a dictée, n'a-t-il pas

eu soin de renfermer cette humble sollicitation du pardon?

Qu'est-ce à dire? S'agit-il seulemeut du pardon des péchés qui n'ont pas encore été remis par l'absolution? Oh ! bien loin de là! Il s'agit des péchés de toute notre vie. péchés pour lesquels nous devons demander et redemander sans cesse le pardon du Seigneur. Et pourquoi cela? Parce qu'il y a beaucoup de péchés qui sont à la fois pardonnes et non pardonnes.

Pardonnes, car l'absolution les a effacés ; non pardonnes, car la justice de Dieu continue à en tenir compte.

Une comparaison pour montrer cette vérité fort importante qu'on ne saurait assez méditer. Quelqu'un s'est permis de m'injurier très gravement. Je puis lui pardonner et lui promettre que jamais je ne me vengerai. Mais, tout en lui pardonnant, je puis lui refuser les faveurs spéciales dont je l'aurais peut-être gratifié s'il ne m'avait pas offensé.

Ainsi en est-il de Dieu. Après qu'il nous a remis nos péchés par la sainte absolution, il peut très bien tenir compte de ces péchés commis pour nous diminuer les grâces qu'il nous destinait si nous étions restés innocents. Cela arrive souvent. On peut même affirmer sans exagération qu'il y a relativement peu de péchés qui soient pleinement et complètement pardonnes.

Du reste, fussions-nous sûrs d'avoir obtenu ce pardon complet, nous devrions encore continuer à solliciter du Seigneur indulgence et miséricorde. Un enfant qui a offensé son bon père, ne se lasse pas d'exprimer des regrets, quand même il saurait que le cœur paternel a pardonné depuis longtemps.

C'est pour toutes ces raisons que la demande constamment réitérée du pardon est un des actes les plus sages, les plus saints et les plus opportuns que l'on puisse faire quand on parle à Dieu.

Telle est dans son ensemble et dans ses différentes parties cette opération, excellente entre toutes, qu'on ap-

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pelle la pénitence dans l'oraison, ou la confession spirituelle . Comme nous l'avons dit, de temps en temps faites-la complètement; de temps en temps attachez-vous à une de ses parties. Mais, dans tous les cas, soyez dans vos relations secrètes avec Dieu sincèrement pénitent, et vous aurez trouvé un vrai trésor pour le temps et pour l'éternité.

CULTIVEZ ÉGALEMENT LES ACTES D AMOUR, U ATTACHEMENT A LA VOLONTÉ DE DIEU ET DE DÉTACHEMENT DE TuUT LE RESTE; CES ACTES ET TOUS LES PRÉCÉDENTS, AIMEZ A LES APPLIQUER A QUELQUE CIRCONSTANCE ACTUELLE DE VOTRE VIE.

Si les actes d'humilité et de confiance, si les remerciements, si les saints exercices de la pénitence sont excellents dans l'oraison, plus excellents encore sont les actes d'amour. Qui que vous soyez, et quand même il vous semblerait que l'amour divin est quelque chose de trop sublime pour vous, ne craignez pas de vous y appliquer. Sachez que le vrai désir d'aimer et le regret d'aimer trop peu sont déjà bien agréables au Seigneur.

Attachez-vous d'abord à l'acte d'amour proprement dit, c'est-à-dire à l'acte de charité. Tous les jours, vous faites les actes de foi, d'espérance et de charité. Il faut donc croire, puisque l'Église les prescrit à tous ses enfants, qu'ils ne sont impossibles à aucun chrétien. Pour celui de la charité en particulier, la théologie nous enseigne que quiconque passe plus d'un mois sans le produire d'une manière ou d'une autre, commet un péché mortel.

Or, c'est de cet acte de charité prescrit à tous qu'il s'agit en ce moment. Accoutumez-vous à le produire durant l'oraison, et à le produire dans sa perfection.

Lorsqu'un acte de charité est vraiment complet, l'âme,

IH LE RETOl'R CONTINUEL A DIEU.

aidée par le Saint-Esprit, arrive à aimer Dieu par-dessus loutes choses et plus qu'elle-même; disant sincèrement à ce Dieu de bonté qu'elle veut sa divine gloire pour l'amour de lui-même, comme une mère s'attache au bien de son fds pour l'amour de ce fils chéri. Exercez-vous à imposer à votre cœur ce sentiment tout divin, et quand même vous n'y parviendriez pas tout de suite, persévérez. Peu à peu, la grâce aidant et à force de travailler ainsi à aimer Dieu, vous finirez par l'aimer véritablement.

Mais si vous voulez que cet effort pour créer l'amour dans votre âme aboutisse à quelque chose de réel, il faut que vous preniez l'habitude d'ajouter à votre charité un autre sentiment qui en est le commentaire nécessaire, et qui pourrait s'exprimer par cette parole : Volonté de Dieu pour Dieu !

Aussi longtemps qu'une âme se contente de dire à Notre- Seigneur : Je vous aime! elle est encore grandement exposée à l'illusion qui consiste à s'attacher, sous prétexte d'amour divin, à tel ou tel bien particulier : par exemple, à vouloir, soi-disant pour Dieu, tel emploi, telle bonne œuvre.

Mais, quand du fond du cœur on ajoute ces mots : Volonté de Dieu et volonté de Dieu toute seule, le cœur humain se sent pris et comme forcé de se tourner du côté du bien de Dieu pour Dieu. Car la volonté céleste prise en elle-même, ce n'est pas plus ceci que cela, pas plus l'agréable à la nature que le désagréable. C'est purement et simplement le bon plaisir de Dieu, indépendamment de toute chose créée. Voilà pourquoi celui qui s'attache à cette volonté sainte en elle-même et pour l'amour de Dieu, se met par le fait dans la vérité de la charité. Aussi ne sauriez-vous rien dire de mieux que cette incomparable parole : Volonté de Dieu ! volonté de Dieu !

Pour que ce sentiment soit absolument vrai, il est bon de lui en adjoindre souvent un autre, qui est son corrélatif. Cet acte a reçu différents noms parce qu'il a différentes

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nuances. On l'appelle résignation, offrande, abnégation, sarrifîce. Mais, au fond, ces divers noms reviennent à une seule et même chose : c'est-à-dire au détachement de ce qui nest pas purement et simplement ta volonté de Dieu, par, exemple, au détachement de l'apostolat ou de telle ou telle fonction dans l'apostolat.

Exercez-vous à ce détachement autant qu'à l'amour luimême; et soyez persuadé que, peu à peu, la répétition de ces actes si solides fera de vous un homme supérieur en vertu au commun des chrétiens, lesquels ne connaissent ni le prix de la volonté de Dieu ni l'union à cette volonté sainte.

Remarquez que la volonté divine prise en elle-même, et dans l'ensemble de ses prescriptions, doit vous affectionner à un certain bien tout spécialement voulu de Dieu, et vous pousser à l'accomplir. En religion, ce bien particulier n'est autre que la Règle ; dans le monde, c'est le devoir d'état.

Résumons en peu de mots tout ce qui est renfermé dans l'acte d'amour complet : « Mon Dieu, aidé de votre grâce, je vous aime; par amour pour vous, je m'attache à votre volonté ; dans cette volonté, j'aime spécialement ma Règle ou mes devoirs d'état et l'imitation de Jésus-Christ ! En dehors de la volonté de Dieu, je renonce à tous les biens, même aux plus excellents. Aidez-moi, Seigneur, et faites que je marche de plus en plus avec droiture dans cette royale voie ! »

Tel est l'acte de charité. Si dans l'oraison vous le produisez souvent, soyez sûr qu'en peu de temps vous sentirez un vrai progrès se réaliser en vous.

11 est clair qu'on n'est pas obligé d'introduire dans chaque oraison tous ces actes se rapportant à l'amour; mais il est essentiel de les avoir dans le cœur, car sans eux la charité ne saurait être vraie. Si cet idéal vous paraît trop élevé, si vous ne pouvez pas encore aimer Dieu de cette manière, ayez au moins la générosité et le bon esprit d'y aspirer par la prière et de vous efforcer d'y parvenir peu à peu.

Ici finissent les explications que l'on voulait vous donner sur les actes de l'oraison. Ajoutons une remarque très importante : c'est que rien ne peut être plus salutaire que l'habitude d'introduire dans l'oraison un cas pratique quelconque, et d'appliquer à ce cas les actes qu'on a choisis. Par exemple, il vous est arrivé d'être humilié : faites dans l'oraison Vacte d'humilité sur cette humiliation; il s'est produit une circonstance difficile pour votre confiance en Dieu : sanctifiez cette circonstance par votre acte de confiance; il vous est arrivé de commettre une faute : exercez-vous à la pénitence et au repentir de cette faute ; enfin il se présente une occasion plus difficile d'adhérer à la volonté de Dieu ou de sacrifier la volonté propre : profitez de cette occasion et de la difficulté pour vous obliger dans l'oraison à vous vaincre sur ces points.

Si vous entendez l'oraison de cette manière, et si, à la vigueur intrinsèque des actes, vous ajoutez des applications pratiques de ces mêmes actes, votre oraison sera essentiellement vertueuse; elle se remplira petit à petit d'efforts absolument généreux, et vous vous ferez une âme fortement trempée.

APRÈS LES ACTES VIENT LA PRIERE TOUTE SEULE, ET CETTE PRIÈRE S'APPLIQUE SURTOUT A DEMANDER LA PERSÉVÉRANCE ET L'AMOUR SOIT DANS LEUR ENSEMBLE, SOIT DANS LE DÉ- TAIL. PRIEZ AUSSI POUR LE PROCHAIN.

Saint Alphonse donne ce conseil qui lui est particulier, et il y attache la plus grande importance. D'après lui, la prière est la principale partie de l'oraison; et si l'oraison est nécessaire, c'est surtout parce que sans elle

il est moralement impossible à l'âme de prier comme il faut, et que, dès lors, le salut court le plus grand danger.

Vers la fin de l'oraison, après vous être livré successivement à la méditation et aux actes, que votre âme se retire dans une opération plus tranquille et plus simple, c'est-à-dire dans la prière toute seule; et là, avec le filial abandon d'un fils qui parle à son père, répandez devant Dieu et devant votre céleste famille les désirs de votre cœur.

Or, dans cette prière solitaire et intime, vous pouvez sans doute demander à Dieu tout ce que votre âme se prend à désirer, pourvu qu'il s'agisse de choses bonnes. Cet abandon plaît au Seigneur, et il aime à voir, par exemple, le pauvre malade lui parler cordialement de sa santé. Mais, parmi toutes les demandes de la filiale confiance, il faut cependant qu'il y en ait deux qui dominent toutes les autres, qui reviennent chaque jour, et qui forment le vrai fond de cette partie de l'oraison.

Ces deux prières sont celles qui se rapportent à la double fin de l'homme, c'est-à-dire au salut et à l'amour de Dieu. Oui, si vous voulez que votre oraison soit bonne et sage, il*faut que, vers la fin, votre âme, avertie par la méditation de l'importance de sa destinée, et se recueillant en elle-même, se laisse aller à répéter toujours ces deux cris : Mon Dieu, sauvez-moi ! Mon Dieu, que je vous aime!

Ah ! que cette prière est sainte, qu'elle est juste, qu'elle est opportune, qu'elle est agréable à Dieu et utile à l'âme ! Ah ! qu'il est bon pour une âme allant vers son éternité, de revenir sans cesse à l'idée et à la poursuite de ces deux indispensables biens !

Le salut donc, c'est-à-dire le don de la persévérance finale, l'amour de Dieu avec V accomplissement de sa divine volonté, tel est l'objet invariable de votre invariable supplication.

Il est bon de demander parfois ces deux dons dans leur ensemble et pour ainsi dire en bloc. Que votre âme ne cesse de redire sous une forme ou sous une autre : Mon Dieu, faites que je persévère et faites que je vous aime! La persévérance, ô mon Dieu, et votre amour! L'amour et la persévérance !

Mais il faut également entrer dans le détail de ces deux grands objets de nos invariables désirs, selon ce qui est marqué dans l'Oraison Dominicale, laquelle est par excellence la prière du salut et de l'amour divin.

Lors donc que vous implorez la persévérance, aimez, selon les enseignements du bon Maître, à demander voire pain quotidien, c'est-à-dire la portion de grâces convenable et nécessaire au jour présent.

Aimez à demander le pardon de vos péchés, et pour vous attirer ce pardon, joignez à votre prière la parfaite réconciliation avec tous ceux que des froissements grands ou petits tiendraient séparés de vous.

Aimez surtout à répéter cette parole, cette importante parole de la persévérance : Et ne nous induisez pas en tentation. Sur ce point capital entre tous, écoutez, je vous prie, les graves enseignements de saint Alphonse. Les voici dans toute leur simplicité et leur solidité :

Premièrement. Dans la tentation, le principal moyen de résister, c'est la prière.

Deuxièmement. Pour que cette prière dans la tentation soit efficace, loin de se jeter volontairement dans l'occasion du péché, il faut la fuir autant qu'il est possible.

Troisièmement. La prière dans la tentation est souvent chose très difficile ; car c'est précisément lorsqu'on est tenté qu'on a moins envie de prier.

D'après cette sage doctrine, l'âme qui veut se sauver et qui prétend demander sérieusement la persévérance, doit s'habituer à adresser à Dieu cette suite de supplications : Épargnez-moi les occasions dangereuses ; accordez-moi la grâce de les fuir; quand je ne pourrai pas les

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fuir, faites que je résiste; et pour que je résiste, donnezmoi la pensée de prier : oui, je vous demande d'avance la grâce de prier dans ces moments difficiles, de prier surtout la sainte Vierge.

Après que vous aurez ainsi commenté l'avant-dernière demande du Pater, aimez à répéter aussi la dernière : Délivrez-nous du mal. Par là vous sollicitez la grâce de quitter le péché quand vous aurez eu le malheur d'y tomber ; par là aussi vous vous ménagez une bonne mort. Et c'est ainsi que vous complétez votre prière pour la persévérance, dans laquelle, bien entendu, il n'est pas nécessaire que vous suiviez l'ordre indiqué ici. 11 suffit que toutes les choses nécessaires au salut aient leur place dans vos supplications.

Mais il ne suffit pas de demander la persévérance. Il faut aussi s'efforcer d'obtenir l'amour de Dieu: autrement ce Dieu si bon serait froissé, et nous-mêmes nous nous exposerions à ne pas recevoir de lui l'abondance des grâces, sans laquelle souvent le salut est bien difficile aux chrétiens.

Implorez donc et implorez beaucoup la grâce d'aimer Dieu; selon ce qui est dit dans le Pater où, s 'adressant à notre Père, on demande que son nom soit sanctifié par la louange des coeurs dévoués; que son règne arrive par son entière domination sur les âmes au moyen de la charité; qu'enfin on fasse sa volonté sur la terre comme on la fait au ciel, c'est-à-dire par pur amour pour lui.

Ne vous lassez donc pas de mendier ce don des dons. Rien ne saurait toucher davantage le cœur de Jésus que cette filiale constance à lui répéter sans cesse : « Mon Sauveur, faites donc que je vous aime! Faites que je vous aime! » Aspirer ainsi au bonheur d'aimer Dieu est déjà une grande vertu. Il y a tant d'âmes, même consacrées, qui ne songent pas à cet amour divin, et qui, non contentes de ne pas aimer, s'obstinent encore à ne pas prier pour obtenir l'amour !

Donc, encore une fois, demandez sans relâche l'amour de Dieu, et toutes les dispositions renfermées dans cet amour sacré. Demandez la bonne intention, le zèle pour la gloire de Dieu, le dévouement aux intérêts de Jésus-Christ, l'attachement à la volonté divine, le détachement de tout le reste, en un mot le vrai amour.

Telle est la vraie prière dans l'oraison. C'est le continuel élan de l'âme vers les deux principaux biens que le Seigneur nous destine et qu'il désire nous entendre solliciter. C'est le soupir généreux et surnaturel du cœur vers le paradis et vers Dieu.

Il est inutile de vous faire remarquer que, dans l'oraison, il faut employer pour les prières ce qui a été enseigné pour les actes; c'est-à-dire qu'il est bon, nécessaire même. d'appliquer vos demandes aux cas particuliers qui se présentent, et qui intéressent le salut ou l'amour de Dieu. Vous serez, par exemple, sous le coup d'une tentation qui vous poursuit : dirigez de ce coté-là une bonne partie de vos prières pour la persévérance. Ou bien, il s'agira d'une chose agréable à Dieu, mais difficile : appliquez à ce devoir particulier de l'amour les prières que vous faites pour obtenir la charité.

À tous les conseils qui viennent d'être donnés, il faut ajouter celui de prier dans l'oraison pour toutes les nécessités communes et particulières de l'Église, des pécheurs, des âmes du purgatoire, et du prochain en général. Cette charité dans la prière est un devoir, c'est une grande vert^i, c'est une pratique extrêmement consolante pour Dieu, et c'est pour vous le meilleur moyen d'être exaucé dans vos désirs personnels.

Concluons cet important chapitre en nous écriant du fond de notre cœur : Fasse le ciel que, dans nos entretiens avec lui, nous ayons la sagesse et la grâce de toujours prier et de prier bien !

APBÈS LA PRIÈRE VIENNENT DEUX PROMESSES OU RÉSOLUTIONS : D'ABORD CELLE DE CONTINUER L'ORAISON DURANT T«>UT LE JOUR EN L'APPLIQUANT AUX CIRCONSTANCES; ENSUITE CELLE DE FAIRE LA GUEKRE AU PÉCHÉ PARTICULIER QUI EST LA PRIN- CIPALE MA1IÈRE D'ACCUSATION EN NOS CONFESSIONS.

On sait que l'oraison, pour avoir toute son utilité, doit se terminerpar la résolution. Que la vôtre renferme une promesse générale et invariable : celle de travailler durant la journée à la poursuite de votre double fin, promesse que vous pouvez formuler ainsi : Aujourd'hui je veux tri efforcer de me sauver, je veux m? efforcer d'aimer Dieu.

Vous me direz que c'est trop général et trop vague pour une résolution d'oraison. Je vous répondrai : Au contraire, rien n'est plus puissant sur l'âme que ce retour quotidien à sa fin ; les saints ont eu l'habitude de revenir ainsi chaque jour à l'idée de leur salut et de l'amour de Dieu; du reste, une résolution plus particulière lui est adjointe ; enfin celle-ci même peut se formuler d'une manière qui rende l'autre plus précise et plus pratique.

Or, voici un des meilleurs moyens de lui donner ce caractère. Promettez à Dieu que durant lajournée vous vous exercerez à continuer et à appliquer votre oraison. C'est pratique et précis, puisqu'il s'agit de refaire durant le jour ce qu'on a fait le matin. En même temps c'est général et fondamental, puisque dans l'oraison se trouve renfermé tout ce qui se rapporte au salut et à l'amour de Dieu.

Continuation et application de Voraison : tel est donc l'invariable objet de votre première résolution.

Expliquons-nous un peu. Vient d'abord la continuation de l'oraison. C'est le courage de répéter plus ou moins

fréquemment dans la journée l'une ou l'autre des opérations de l'oraison; de se rappeler, par exemple, le souvenir de la mort, ou de renouveler certains actes, tels que ceux d'humilité et de confiance, ou de redire certaines prières.

Mais à la continuation de l'oraison doit s'ajouter l'application de celle même oraison. Cette application a lieu quand, pour parer aux difficultés qui se présentent, on emploie les moyens surnaturels et vertueux renfermés dans l'oraison. Ainsi, dans les contrariétés, recourez aux actes de conformité à la volonté de Dieu ; dans les tentations, usez de la prière; quand le devoir est pénible et difficile, revenez à la générosité de l'amour envers Jésus-Christ.

Mais, sur celte continuation et application de l'oraison, voici deux remarques. Premièrement, il appartient à chaque âme de consulter son attrait et ses besoins; et par conséquent de choisir pour les continuer, les opérations qui lui vont le mieux. Secondement, personne dans cette vie intérieure ne doit aller au delà de ses forces. Il est évident, par exemple, qu'une âme encore peu avancée ne pourrait continuer et appliquer l'oraison dans la même mesure qu'un religieux déjà consommé en vertu. Que chacun s'examine, et qu'avec sagesse on s'en impose assez pour faire des progrès dans la vertu, assez peu pour ne pas entreprendre l'impossible !

A cette résolution générale et universelle, il faut en joindre une autre plus particulière : celle de combattre le péché dominant. C'est l'ennemi juré de la persévérance et de l'amour de Dieu ; et c'est celui-là qu'il faut combattre avec acharnement, plus que tous les autres obstacles. Ce péché principal est provoqué par le défaut dominant. Soyons bien convaincus que, si nous poursuivons ainsi les uns après les autres tous les péchés un tant soit peu saillants dans la conduite, le défaut dominant de notre caractère sera non pas détruit, car il ne disparaît jamais complètement, mais singulièrement amoindri.

QUE VOS ORAISONS SOIENT PRÉPARÉES PAR LE CHOIX DE L'IN- TERLOCUTEUR, DU SUJET ET DE L'ACTE ! AYEZ POUR LES MAUVAIS MOMENTS UNE MÉTHODE PLUS FACILE. CROYEZ TOU- JOURS A LA VALEUR DE CE QUE VOUS FAITES DANS l'ORAI- SON, ET A LA VALEUR DES BONS DESIRS. DEMANDEZ CHAQUE FOIS LA GRACE DE LA CONSTANCE ET DU PROGRÈS DANS CE SAINT EXERCICE.

Que vos oraisons soient préparées! Cette préparation doit être simple et commode. Vous pouvez procéder ainsi : quelque temps avant d'aller à l'oraison, faites-vous ces trois questions et répondez-y : Avec qui? Sur quel sujet? Quel acte?

Avec qui? Tantôt avec Dieu, tantôt avec Notre-Seigneur, assez souvent avec la sainte Vierge, quelquefois avec les saints. Cette variété d'interlocuteurs rend l'oraison plus aisée. En même temps, elle forme petit à petit en nous des habitudes religieuses plus parfaites, et elle nous accoutume à converser avec le ciel tout entier.

Sur quel sujet? Il s'agit ici de l'objet de la méditation. Méditez le plus souvent ou sur les fins dernières, ou sur l'un des mystères de Jésus-Christ, de son Incarnation, de sa vie et de ses vertus, de sa Passion et de son Eucharistie.

Quel acte? Choisissez le plus ordinairement parmi les actes fondamentaux indiqués précédemment : humilité, confiance, reconnaissance, pénitence ou une des parties de la pénitence, amour de Dieu, volonté de Dieu, renoncement et sacrifice, imitation de Jésus-Christ et amitié de ce bon Maître. Qu'il n'y ait aucun de ces actes qui soit tout à fait négligé et oublié par vous !

Voilà la préparation. 11 n'est pas nécessaire d'y introduire le choix de la prière et de la résolution, car ces deux éléments ne changent guère. On peut cependant, en cas de besoin, se promettre que dans la prière et dans la résolution on poursuivra spécialement tel ou tel point.

Aijez pour les jours d'aridité une méthode plus facile. Cette méthode consiste à multiplier alors les prières vocales, mais à condition que vous y mettiez toute l'énergie dont vous serez capable en ce moment-là.

Croyez toujours à la valeur de ce que vous faites dans l'oraison. N'attendez pas de chaque oraison prise en particulier un résultai sensible, pas plus qu'un jeune homme ne s'attend à constater qu'il a grandi après chacun de ses repas. Au contraire, décidez-vous résolument à faire beaucoup d'oraisons qui en apparence ne produisent rien. Mais croyez toujours fermement au profit caché de chacune d'elles. Habituez-vous à y accomplir vos opérations en homme tranquille et sérieux; et, cela posé, persuadez-vous bien que ce que vous dites vous le dites, que ce que vous faites vous le faites, et que rien de tout cela n'est inutile.

Croyez aussi à la valeur des bons désirs. Croyez, par exemple, que, quand vous ne parvenez pas à faire un bon acte de contrition ou un bon acte d'amour, si vous exprimez à Jésus-Christ le désir et le regret de votre cœur, il vous en sera tenu compte.

Demandez chaque fois la constance etle progrès dans l'oraison. Oui, c'est une sainte et salutaire pratique de placer, à la fin de chaque méditation, au moins une prière jaculatoire pour obtenir la grâce d'être toujours et davantage un homme d'oraison. Car le démon est furieux contre cet exercice; notre nature n'y trouve pas son compte; l'oraison est en soi très souvent difficile; le bruit de la vie la contrarie; et, pour toutes ces raisons, celui qui tient à conserver ce trésor doit prendre la précaution de de-

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mander régulièrement la grâce de ne pas le perdre et de l'augmenter chaque jour.

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