‹ Le retour continuel a DieuChapitre 40 sur 146 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Ce continuel retour à l'oraison s'opérera chaque matin, si j'ai le courage de toujours faire les efforts voulus pour bien m'acquitter de ce saint exercice, qui est le premier et le plus important de la journée.

Mais après l'oraison proprement dite je devrai, durant tout le jour et chaque jour de ma vie, continuer ma conversation avec mon Dieu. C'est ce dont nous reparlerons au cinquième chapitre, alors que nous nous occuperons du continuel retour à l'amour divin.

§ I. — Pourquoi, dans le continuel retour à, Dieu, commencer par l'oraison?

L'oraison n'est pas autre chose que le travail intérieur d'une àme qui s'occupe d'elle-même et de son Dieu.

Lorsque je me demande si je suis bien sur le chemin qui conduit au ciel, et que j'implore secrètement la grâce de Dieu pour me sauver, je fais oraison.

Ce saint exercice est négligé par presque tous les hommes. Naturellement nous ne pensons qu'aux choses de la terre. Pour nous rappeler celles du ciel, nous avons un effort à faire sur nous-mêmes. Quand cet effort est quotidien, il peut s'appeler le continuel retour à l'oraison mentale.

Si je ne me reporte pas ainsi au souvenir de mon Dieu

et de mon âme, tout autre retour sérieux à la vertu m'est impossible.

Si, au contraire, je reviens chaque jour aux pensées de la foi, il est difficile, impossible même, que je ne me remette pas en même temps à la pratique des vertus.

Pour opérer mon continuel retour à Dieu j'ai besoin d'avoir en moi trois principes intérieurs qui me poussent : la bonne pensée, la bonne volonté, la grâce.

Si je pensais toujours au salut de mon âme et à l'amour de Dieu; si constamment je recommençais à vouloir ces deux biens à la fois; si enfin la grâce se renouvelait perpétuellement en moi, mon âme serait sans cesse en mouvement vers son Dieu.

Mais la bonne pensée, le bon vouloir et la grâce s'éteignent en nous quand nous ne les renouvelons pas.

Comme le fer rouge cesse d'être chaud et lumineux si on ne le remet pas à temps dans la fournaise, ainsi mon âme, ma pauvre âme, si je ne la replonge pas dans l'oraison, perd la lumière de la foi, la chaleur de la charité, le souffle de la grâce: et dès lors elle s'arrête.

De là, si je veux retourner perpétuellement à mon bien, la nécessité de retourner tout d'abord et perpétuellement à l'oraison.

Cet effort quotidien est d'autant plus indispensable que tout en moi et autour de moi est conjuré contre mon oraison.

Ce repas de mon âme ne ressemble pas à celui de mon corps. Quand j'ai faim tout me pousse à manger; et mes semblables, obéissant à la même loi, ne trouvent pas mauvais que je fasse comme eux.

Pour l'oraison, c'est bien différent. Intérieurement je rencontre mille difficultés qui m'en éloignent : difficultés de la fatigue, de l'ennui, de la sécheresse, de la gène avec Dieu, des manques de confiance, des remords vrais ou faux, des pensées étrangères, des occupations excessives, du manque de temps, des vains prétextes.

LE CONTINUEL RETOUR A L'ORAISON. 1 't 1

Extérieurement je trouve mille ennemis qui combattent -ce saint exercice. L'oraison est méprisée, peu connue, mal expliquée, peu soutenue par les directeurs, peu encouragée par le bon exemple, et tiraillée par des dérangements de tout genre.

Pour lui rester fidèle malgré tant d'obstacles, rien de mieux que de lui consacrer le premier de mes perpétuels retours, en déterminant mes mesures pour la reprendre chaque matin avec une ardeur nouvelle.

§ II. — Quel doit être le genre d'oraison?

On distingue l'oraison supérieure, l'oraison inférieure, et l'oraison ordinaire.

L'oraison supérieure est celle dans laquelle Dieu luimême opère des effets surnaturels auxquels l'âme coopère.

Tels sont les visions, les extases et les mouvements extraordinaires vers Dieu.

Ce genre d'oraison est impossible à l'homme si Dieu lui-même ne le lui donne, comme il est impossible au ver de terre de.voler si on ne lui prête des ailes.

Je ne dois pas aspirer à ces sortes de sublimités, ni cependant les refuser. Si quelqu'un veut m'y pousser, je dois me méfier de lui.

Si ces choses extraordinaires m'arrivent, j'ai à craindre d'être trompé par le démon ; car en cet ordre de choses les tromperies sont fréquentes. Je dois consulter un directeur instruit et expérimenté; je dois, s'il mêle permet, me livrer modestement et modérément à ce genre d'oraison; je dois m'humilier sans cesse; je dois enfin demander à Dieu de rentrer dans l'ordinaire, et essayer souvent d'y revenir.

Les religieux de vertu médiocre ne sont pas faits, en général, pour ces modes particuliers d'union à Dieu. Si on les leur présente comme devant être assez habituellement

leur partage, c'est un malheur pour eux, car on les expose à toutes sortes d'illusions.

Aussi aurai-je bien soin, moi pauvre et misérable, de me tenir autant que possible dans les voies communes.

L'oraison inférieure n'est pas autre chose qu'un entretien vocal avec Dieu.

Dans cet entretien, on dit à Dieu ou bien des prières toutes faites, telles que \e[Pater et Y Ave, ou bien des paroles que l'on compose soi-même, et que l'on répète fois sur fois, par exemple : Mon Dieu, ayez pitié de moi! Mon Dieu, ayez pitié de moi! Mon Dieu, ayez pitié de moi!

Mais tout cela doit être prononcé lentement, posément, en appuyant sur chaque mot, et en maintenant la résolution de dire ce que l'on dit, sinon avec dévotion, au moins avec une certaine force.

Ou bien on prend un livre de méditations, et on le lit phrase par phrase en s'arrêtant souvent, pour se répéter à soi-même ce qu'on vient de lire, et pour adresser à Dieu quelques paroles.

Cette oraison inférieure est une grande ressource pour le religieux qui, par sa vie active, est si souvent enclin à la distraction, à la fatigue, à l'impuissance.

11 m'est donc parfaitement permis d'y recourir. Cependant je dois ne pas m'en faire une habitude, et revenir toujours le plus tôt possible à l'oraison ordinaire, celle-ci dût-elle me coûter beaucoup et me paraître stérile.

L'oraison ordinaire est un entretien familier de l'âme avec elle-même et avec sa famille céleste. '

Cette famille est composée de notre Père qui est aux cieux; de Jésus-Christ qui est au ciel et dans le tabernacle; de la sainte Vierge qui, du haut du ciel, nous voit, et nous entend; des anges et des saints qui nous entendent également.

Parler à ces êtres chéris et invisibles, qui tous sont nos parents selon Dieu, c'est faire oraison.

L'oraison a pour base la foi. Je dois, avant de me mettre

en conversation, commencer par croire fermement que le personnage à qui je veux parler m'est vraiment présent, et que mon entretien avec lui sera, non pas une vaine imagination, mais une absolue réalité. Après avoir cru de cette manière, je dois offrir à mon divin interlocuteur l'hommage d'un cœur contrit et humilié qui demeure par-* faitement confiant.

Cet acte de foi doit être simple, tranquille et fort. Je me contenterai de mon je crois, sans chercher ni la vision, ni la demi-vision, ni le sentiment de la divine présence. Mais ce je crois doit être dit et répété avec énergie.

Si je m'habitue ainsi à la foi simple et solide, peu à peu la présence et la compagnie de ma divine famille me deviendront comme naturelles. Je ne verrai pas, mais je saurai: je serai en communication, et je dirai comme Jacob : En vérité, Dieu est en ce lieu et je ne le savais pas '.

Dans l'oraison, je dois m'habituer, non seulement à la simplicité de la foi, mais encore à la simplicité du ton.

Mon ton doit être celui que l'on a en famille, quand on y parle de choses bonnes et sérieuses. Pas d'efforts, pas de cérémonies, pas d'émotion plus ou moins cherchée, pas d'accent passionné : une conversation paisible, s'animant un peu à certains moments, et revenant ensuite à sa tranquillité ordinaire et à son'intimité.

Savoir ainsi parler avec le ciel, dans la foi et dans la simplicité, c'est une grande grâce et une grande vertu.

Cette grâce et cette vertu me sont promises et assurées, si je m'exerce à être toujours croyant et toujours simple.

L'oraison ordinaire peut être ou bien un peu savante, ou bien un peu humaine, ou bien toute commune.

1. Cumque evigilasset Jarob de somno, ait : Vere Dominusosl in loco islo, et ego nesciebam (Gen. xwm, le).

Elle est un peu savante, quand on y fait des réflexions et des raisonnements plus ou moins difficiles.

Elle est un peu humaine, quand on s'imagine avoir avec Notre-Seigneur des relations sensibles, comme de se tenir dans ses bras ou sur son cœur.

Elle est toute commune, quand on se contente de converser comme deux personnes amies, qui se parlent simplement et tranquillement.

L'oraison un peu savante peut être un fléau pour moi.

L'oraison un peu humaine ne m'est pas non plus souhaitable. Avec Notre-Seigneur je ne dois pas être sec; je puis me permettre un peu de cette douce et très modeste sensibilité d'une âme qui connaît et aime son Sauveur. Mais les imaginations de tendresses, de caresses ou d'autres choses de ce genre, doivent être soigneusement évitées.

Je dois donc m'attacher à l'oraison ordinaire, toute commune.

Cette oraison, dans son arrangement, sa méthode, ses différentes parties et la proportion de ses parties, varie suivant les Instituts.

Mais partout et toujours elle doit revenir à quatre éléments, qui sont : la considération, car on fait oraison pour se donner à soi-même de bonnes pensées ; l'acte de vertu, car on fait oraison pour se renouveler dans la bonne volonté ; la prière , car on fait oraison pour s'attirer l'abondance des grâces de Dieu ; la résolution, car on fait oraison pour se remettre à la poursuite du bien.

Le tout est précédé d'une préparation immédiate, qui consiste à se remettre humblement par la foi en la présence de celui à qui l'on veut parler.

La considération est choisie en vue de l'acte de vertu dont on s'occupe dans la seconde partie. Si, par exemple, on veut faire un acte de contrition, on peut prendre pour sujet de la considération : ou bien Dieu offensé par le péché, ou bien Jésus-Christ tourmenté par le péché, ou

bien l'enfer que mérite le péché, ou bien le péché luimême et sa difformité.

Par où Ton voit que les considérations se tirent de quatre sources principales : des mystères de Dieu, des mystères de Jésus-Christ, des mystères de l'éternité, ou du sujet lui-même. Quelle qu'en soit la source, elles peuvent toutes se rapporter à l'acte de vertu que l'on se propose d'accomplir.

La considération renferme d'abord le simple souvenir. Il faut avant tout se rappeler et se redire ce que l'on vient de lire, ou d'entendre, ou de faire revivre dans la mémoire.

Après le simple souvenir vient la réflexion ou le raisonnement, lequel n'est pas indispensable quand, sur le sujet qu'on vient de se rappeler, on est suffisamment éclairé et convaincu. Dans tous les cas, ces réflexions ou raisonnements doivent appartenir au simple bon sens, et non pas à la science. Telles seraient par exemple les pensées que voici : puisque Jésus-Christ a tant souffert pour moi, je puis bien souffrir pour lui; puisque le moment de Ja mort est incertain, je dois me tenir prêt.

Après le raisonnement, s'il y en a, vient l'acte de foi. Oui, l'acte de foi. On doit recommencer à croire, à répéter : Je crois, je crois, je crois. Et ces actes doivent être accompagnés de prières pour l'augmentation de la foi. Par ce moyen, petit à petit l'âme devient très éclairée sur les mystères de Dieu, autant que sur la divine présence.

Enfin après avoir considéré, réfléchi et cru, on se fait à soi-même une application de la chose. Jésus-Christ m'a aimé, et moi...? Dieu est mon Père, et moi...? Il faut mourir, et moi...?

Après la considération ainsi composée, vient Vacie de vertu.

Personne n'ignore que la vertu se pratique intérieurement plus encore qu'extérieurement.

Or, c'est dans l'oraison surtout que se poursuit cet exer-

cice intime des vertus, parce que c'est alors qu'on y est plus excité par la bonne pensée, et que l'âme est du reste plus en possession d'elle-même.

Impossible d'être ainsi vertueux dans l'oraison sans devenir vertueux dans la conduite. Car, par rapport aux vertus, comment ferait-on avec les hommes ce qu'on ne fait même pas quand on est avec Dieu?

Sur ces actes intérieurs de vertu j'ai à me rendre compte de quelques remarques importantes.

Premièrement, ils doivent se rapporter le plus souvent aux vertus qui sont les objets de notre continuel retour : à la pénitence, à l'humilité, au détachement, à l'amour de Dieu.

De cette manière il s'établit une grande unité entre l'oraison et la conduite, et l'on est toujours sûr d'être dans le solide.

Deuxièmement, il faut tâcher d'arriver jusqu'à l'acte parfait; parfait non pas en intensité, comme le serait une contrition aussi vive que celle de Madeleine; mais en qualité, comme le serait un repentir inspiré, non par la crainte, mais par l'amour.

Ce n'est qu'en aspirant à cette perfection des actes que petit à petit on devient soi-même parfait selon Dieu.

Troisièmement, on ne doit jamais essayer un de ces actes sans avoir prié auparavant. Car, surtout si on les veut parfaits, il est impossible de les réussir sans la grâce.

Quatrièmement, quand on n'est pas encore capable de les entreprendre, ou de les entreprendre parfaitement, on peut exprimer à Dieu le désir d'y arriver, et le regret de n'y être pas encore parvenu. Ce désir et ce regret plaisent beaucoup au Seigneur; quelquefois ils lui plaisent autant et même davantage que l'acte lui-même.

Après l'acte de vertu vient la prière. L'âme oublie pour ainsi dire ce qui précède pour se plonger dans la supplication, et exposer à Dieu tous ses besoins.

Cette prière que Ton exprime dans l'oraison doit être.

comme l'acte de vertu, parfaite dans son genre : parfaite à cause des dispositions qui l'accompagnent ; parfaite à cause des choses qu'elle demande.

Quant aux dispositions, elle doit être absolument humble et absolument confiante.

J'aurai donc soin, avant de commencer cette sainte prière, de me replonger chaque fois dans l'abîme de mon incapacité et surtout de mon indignité ; puis de me relancer dans l'immensité des miséricordes de Dieu, pour espérer d'autant plus que je suis plus misérable.

0 mon àme, retiens bien cette parole, car elle est salutaire entre toutes : Ce genre de confiance, de confiance en dépit et à cause de la misère, est un des principaux éléments de notre sainte religion! C'est pourquoi j'aurai bien soin de soigner tout particulièrement la partie de l'oraison où il s'agit précisément de redevenir humble mais confiant, confiant mais humble.

Après que j'aurai ainsi donné à ma prière ces dispositions parfaites, je la rendrai parfaite quant au choix de mes demandes.

Grâce aux objets de mon perpétuel retour, ce choix est celui qui me convient. Il faut et il suffit que je demande, tantôt ensemble tantôt un à un, tous les biens excellents auxquels je dois revenir sans cesse, et dont il sera question dans la suite de ces exercices.

Après la prière vient la résolution, Laquelle également doit être parfaite dans son genre.

Si je veux qu'elle le soit, rien de mieux pour moi que de la réduire à ces trois mots sacrés: Aujourd'hui ma Règle; aujourd'hui, dans ma Règle, le perpétuel retour à mon bien : aujourd'hui, enfin le point de mon examen particulier.

Cette triple résolution renferme tout : la gloire de Dieu, son amour, le bon ordre, la sagesse, le bien démon Institut autant que mon bien personnel, mon progrès continu et ma persévérance.

Telle est cette simple, sainte et à jamais salutaire oraison

ordinaire, qui doit être mon partage. Je veux retenir les affirmations suivantes :

Pour les personnes vertueuses et habituées depuis longtemps à elle, cette oraison peut être simplifiée.

On peut y intercaler des prières vocales récitées par manière d'oraison, et se rapportant à l'une ou à l'autre des quatre parties qui la composent.

Elle comporte parfaitement des répétitions, comme on en rencontre à chaque page de notre sainte liturgie.

Elle paraît souvent stérile, mais elle ne l'est jamais, car tout effort accompli pour Dieu porte immanquablement son fruit.

Dans l'oraison il faut compter comme étant dit à Dieu ce qu'on lui dit, comme étant fait pour lui ce que l'on fait pour lui.

Enfin il ne faut pas vouloir retirer de l'oraison un fruit perceptible et sensible ; on doit en abandonner à Dieu le résultat, lequel est, à la longue, toujours considérable.

§ III. — Comment s'opère le continuel retour à l'oraison.

Pour pouvoir me dire que j'effectue le continuel retour à l'oraison et que je l'accomplirai jusqu'à la mort, je dois, de parti pris, devenir l'incorruptible et invincible partisan de ce saint exercice; de façon qu'il soit plus difficile de m'arracher à une oraison que de me faire renoncer à un repas nécessaire à mon corps.

Si c'est possible et si on me le permet, je prendrai en faveur de l'oraison certains engagements de conscience.

Je me défendrai contre ses ennemis, notamment contre les fatigues, la sécheresse, les illusions, les prétentions exagérées, les mauvais exemples, les mauvaises influences, les travaux excessifs, les découragements, le défaut de livres et de maîtres.

Je contrôlerai et ferai contrôler ma fidélité à l'oraison;

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car j'en parlerai sérieusement à chaque confession, à chaque retraite.

Enfin toujours je ferai la préparation de l'oraison, laquelle doit consister à me désigner d'avance, non seulement le sujet de la considération, mais encore et surtout' l'acte de vertu ; de manière que mes oraisons, se désignant surtout par l'acte, puissent s'appeler oraisons de pénitence, oraisons d'humilité, oraisons de charité, et ainsi de suite.

§ IV. — L'oraison sur l'oraison.

Je ferai ma préparation comme il a été dit plus haut : avec foi et humilité.

Je ferai ma considération, composée de souvenir, de réflexion, d'actes de foi et de prières, sur l'un ou l'autre des quatre genres de vérité que voici.

L'oraison et Dieu. — Dieu est présent partout. — Dieu est notre Père. — Dieu aime que ses enfants lui parlent. — Dieu a établi une religion pour que nous nous mettions en relation aveclui. — Dieu, quand une âme s'unit à lui par l'oraison, met ses délices à la combler de biens. — Mon Dieu aime, dans l'oraison, la simplicité filiale. — Mon Dieu aime l'oraison de celui qui s'humilie. — Mon Dieu éprouve ceux qui cultivent l'oraison, et récompense leur fidélité. — Dieu m'attend à l'épreuve en cette retraite.

L'oraison et Jésus- Christ Notre- Seigneur. — Mon Seigneur Jésus m'est toujours présent, et je puis lui parler chaque fois que je le veux. — Il met ses délices à s'entretenir avec l'âme fidèle. — Il m'a donné lui-même l'exemple de l'oraison. — Il a persévéré dans l'oraison alors qu'il étaitlivré à l'agonie. — Il a insisté, de toutes les forces de sa sagesse divine, sur la nécessité de l'oraison et de la prière, — sur leur efficacité, — sur leur continuité, — sur leurs fruits merveilleux. — Il s'est plaint du peu de fidélité

des hommes au saint exercice de l'oraison. — Il s'offre luimême à nous donner le don d'oraison et de prière.

L'oraison et l'éternité. — Si je ne fais pas ou pas bien l'oraison, mon salut est toujours en danger; car une àme sans oraison est exposée à ne plus penser aux choses éternelles, à ne plus vouloir le bien, à ne plus prier, etconséquemment à se perdre. — Au contraire, le religieux qui fait bien l'oraison jusqu'à sa mort est sûr de se sauver. Car en lui Dieu entretiendra la lumière, la crainte, l'humilité, la confiance, l'amour surtout; saintes et divines vertus qui, réunies dans une âme, assurent son éternité.

L'oraison considérée en elle-même. — L'oraison forme l'homme de foi. — L'oraison remplit de lumières. — L'oraison est le laboratoire des vertus. — L'oraison rend vertueux. — L'oraison fait prier. — L'oraison, en faisant prier, attire toutes les grâces. — L'oraison soulève audessus de la terre. — L'oraison unit à Dieu. — L'oraison fait couler dans toutes les occupations la vie intérieure. — L'oraison est le réservoir des vertus théologales. — L'oraison est, en un mot, la source de tout bien.

Après l'une ou l'autre de ces considérations, je ferai l'acte, l'acte parfait d'une âme qui se décide, pour tout le reste de la vie, au continuel retour à V oraison. Je m'exprimerai donc à peu près en ces termes :

Mon Dieu, je sais que l'oraison est pour vous la source de toute gloire en moi, et pour moi la source de tout bien en vous. Je sais que le poids du péché et le torrent de la vie m'entraîneront chaque jour bien loin de l'oraison.

Je veux de toutes les forces de mon âme, vaincre les obstacles, et rester désormais fidèle jusqu'à la mort à ce saint exercice.

Je déclare que j'adhère de toutes les puissances de mon être à la loi du perpétuel retour à l'oraison, conformément à ce qui est expliqué dans ce chapitre; et dans les conditions que je me fixerai moi-même, après avoir examiné les questions posées ci-dessous dans la conclusion.

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Cet acte étant fait et bien fait, je me jetterai dans la prière, et je parlerai à peu près ainsi :

0 mon Dieu, ô mon Jésus, ô ma Mère Marie, le perpétuel retour à l'oraison est une vertu dont je suis absolument incapable, et complètement indigne pour les raisons que vous savez!

Malgré cette indignité et à cause d'elle, j'ai confiance que vous exaucerez ma prière de misérable.

Je vous demande donc, sans aucune hésitation dans ma foi, la grâce de comprendre la vraie oraison.

Je vous demande la grâce de bien faire les considérations par lesquelles l'oraison commence.

Je vous demande la grâce de bien produire les actes parfaits de vertu que l'oraison renferme.

Je vous demande la grâce de bien cultiver la prière parfaite, à laquelle l'oraison revient tous les jours.

Je vous demande la grâce de renouveler sans cesse la triple résolution qui la termine.

Je vous demande la grâce de vaincre tous les obstacles qui me rendent l'oraison difficile.

Je vous demande la grâce de retourner à l'oraison perpétuellement chaque jour.

Je vous demande la grâce enfin de cultiver l'oraison fidèlement jusqu'à la mort.

Après quoi, prenant ma résolution, je dirai à Dieu mes trois grandes paroles : ma règle, mon examen particulier, et mes perpétuels retours, notamment mon retour à l'oraison selon ce que j'aurai décidé après les questions qui suivent.

§ V. — Examen et bon propos sur l'oraison.

* Prendrai-je un engagement en faveur de l'oraison?

Renfermerai-je dans cet engagement la promesse de toujours faire la préparation de l'oraison, au moins en me désignant d'avance l'acte de vertu auquel je m'appliquerai?

Aurai-je soin, avant ou après chaque oraison, d'adresser à la sainte Vierge une fervente prière jaculatoire, pour obtenir la constance jusqu'à la mort dans ce saint exercice?

Ferai-je souvent l'oraison sur l'oraison?

Enfin, lorsque j'irai me confesser ou que je ferai mes retraites et mes revues, aurai-je soin de m'occuper, tantôt plus en détail, tantôt moins, des points suivants : oraison omise, oraison non préparée, oraison faite avec négligence, oraison faite médiocrement?

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