CHAPITRE II
Je dois, dans ma vie intérieure, éviter soigneusement la complication. Ce qui est compliqué fatigue, éloigne de Dieu, ne dure pas, surtout dans ma vocation, qui demande une grande liberté d'esprit et d'action.
Mon retour à la pureté n'est pas une occupation continue, mais un travail de circonstance. Chaque fois qu'un mauvais courant d'air expose ma santé je prends une précaution, puis je reviens à ma besogne. Chaque fois que le péché expose mon âme, vite je lui porte un coup, puis je reprends mon travail.
Voilà ce'que je dois entendre par le continuel retour à la pureté.
§ I. — Pourquoi ce continuel retour, et pourquoi lui donner la première place après l'oraison.
Tout homme est pécheur, continuellement pécheur, sinon par acte au moins par tendance, comme toute pierre est continuellement pesante.
Le baptême, qui nous délivre de la faute originelle, ne nous délivre pas de cette inclination au péché.
La profession religieuse et de longues années d'innocence ne nous en délivrent pas non plus.
J'ai toujours été, je suis encore et je serai toujours un
loi LE RETOUR CONTINUEL A DIEU.
pauvre pécheur, comme je le redis à la sainte Vierge chaque fois que je lui offre la salutation angélique.
Certains faux mystiques parlent de la destruction de l'homme de péché, du retour à la justice originelle et de l'enfance spirituelle.
Si par là ils entendaient qu'on peut devenir relativement pur, sans cesser d'être foncièrement pécheur, ils auraient raison.
Mais ils prétendent qu'on peutarriver à presque éteindre le foyer même du péché.
Si jamais pareille doctrine se répandait, elle empoisonnerait les âmes en les rendant orgueilleuses, menteuses à elles-mêmes, téméraires, et finalement coupables.
Non seulement nous sommes pécheurs, mais nous risquons tous de tomber dans ce que l'on pourrait appeler le système du péché; comme l'avare passionné pour l'argent risque de tomber dans un système de vol et d'injustice.
Ce que je viens d'appeler le système du péché n'est pas autre chose qu'une habitude qu'on se fait d'offenser Dieu sans scrupule et sans repentir.
Cette habitude peut porter sur une matière grave; elle domine ces malheureux qui boivent l'impureté ou le blasphème comme l'eau.
Cette habitude peut se former en matière vénielle ; on la constate dans ces religieux et religieuses qui blessent la chasteté comme si de rien n'était.
En religion , cet horrible système du péché peut être privé ou public : privé, quand un pauvre religieux est pécheur d'habitude, quoique vivant dans une communauté fervente ; public, quand la communauté entière ou presque entière est relâchée, sinon sur tous les points au moins sur quelques-uns.
De toutes ces causes il résulte que le religieux est toujours exposé à s'éloigner de la pureté.
Expliquons-nous bien sur le mot pureté. Dans son sens plus restreint il signifie la chasteté. Nous lui donnons ici
une signification plus étendue, et nous appelons pureté l'exemption du péché en général.
On peut être exempt du péché parce qu'on ne le commet pas. La sainte Vierge seule, et probablement sainlJoseph, ont eu en partage ce glorieux privilège.
. On peut en être exempt parce que, bien qu'ayant le malheur de tomber parfois plus ou moins volontairement, on ne conserve cependant aucune affection à aucun péché ; s'il échappe quelque faute à la fragilité humaine, on s'en purifie de suite sans rien garder dans le cœur qui soit un tant soit peu mauvais.
Pur de cette manière, tout religieux peut et doit l'être. Quand on ne l'est pas, quand l'âme a encore le malheur non seulement de pécher mais en outre de tenir au péché, en nourrissant des jalousies, des rancunes, des amitiés particulières ou autres désordres de ce genre, qu'arrive-t-il? Que tout progrès dans la vertu est absolument arrêté et qu'on risque toujours de finir par se perdre.
Voilà pourquoi, dans l'œuvre du salut et de la sanctification, il faut mettre, au premier rang des devoirs à remplir, celui du perpétuel retour à la pureté du couir.
§ II. — Condition du retour à la pureté : la bonne conscience.
Pour travailler à me purifier, je dois avant tout me faire une conscience bonne et droite. Comment en effet me délivrer du mal si j'ai le malheur de juger bon ce qui est mauvais? Comment avoir une conduite juste si ma conscience est fausse?
Le démion a toujours beaucoup travaillé à pervertir, non seulement la conduite, mais encore la conscience.
C'est ainsi qu'il a réussi à introduire parmi les hommes ce qu'on appelle le laxisme, lequel pour nous enhardir à pécher prétend ne pas voir de mal là où il y en a; et le
rigorisme qui, pour nous décourager dans le bien, ne voit de bien nulle part.
Ces sortes de fausses consciences se glissent quelquefois dans les Ordres religieux ; et c'est ce qui peut leur arriver de pire. Car comment servir Dieu, quand on en vient jusqu'à appeler bien ce qui est mal et mal ce qui est bien?
En religion peut se produire d'abord l'élargissement des consciences.
Cet élargissement consisterait à croire par exemple que le religieux, sous prétexte de simplicité, ne risque rien en se permettant des regards et des actions peu modestes ; comme si la simplicité avait pour rôle d'aveugler imprudemment sur le mal.
Cet élargissement consisterait encore à dire que le religieux,surtout s'il est arrivé à un certain degré de soi-disant perfection, est devenu plus libre que le commun des fidèles, libre par conséquent de faire ou de tolérer des choses défendues aux autres, comme si la liberté des enfants de Dieu avait le privilège de supprimer les commandements de Dieu.
Cet élargissement consisterait enfin à penser que la bonne intention excuse ce qui est mauvais en soi; que l'on peut se laisser aller à des attachements répréhensibles soidisant dans un bon but; comme s'il était possible de changer la loi de Dieu et de rendre louable, par exemple, un mensonge dit pour rendre service.
Dans les Instituts où de pareilles doctrines se seraient introduites, il faudrait les combattre comme un poison abominable ; car elles ne peuvent que produire le péché, et pire que le péché, c'est-à-dire la justification du mal.
Les communautés religieuses sont aussi exposées auretrécissement des consciences, quoique, de nos jours surtout, ce danger soil moins fréquent que le précédent.
Il y aurait rétrécissement des consciences, si on regardait comme péché ce qui ne l'est pas, par exemple une tentation à laquelle on a résisté; si on croyait défendu ce
qui est honnête et exigé par le devoir d'état, comme de donner à un malade des soins obligatoires et permis par la Règle ; si on exagérait les conditions du pardon des péchés, en exigeant des accusations trop détaillées et un repentir trop ému ; si on taxait d'offense de Dieu les facilités absolument permises, telles que les récréations modérées ; si en un mot on outrait les sévérités de la loi divine.
La conscience trop étroite est un mal, moins grand sans doute que la conscience trop large; mais là où elle règne elle produit de grands ravages; car elle finit par dégoûter du service de Dieu, et dès lors tous les maux deviennent possibles, menaçants même.
La conscience trop étroite dégénère souvent en conscience scrupuleuse.
Le scrupule, lorsqu'il ne dure pas longtemps et qu'il est bien combattu, peut être utile, parce que dans ce cas il contribue à former la conscience délicate.
Mais en général il est très funeste, surtout parce qu'il nuit aux rapports avec Dieu et aux devoirs d'état. Aussi faut-il le combattre énergiquement.
Il y a trois genres principaux de scrupuleux. Les uns reviennent sans cesse sur leur vie passée ; les autres voient des péchés là où ii n'y en a pas l'ombre, comme dans le fait de marcher sur deux fétus de paille formant une croix; d'autres enfin confondent la tentation avec le péché, et se figurent avoir consenti quand ils ont résisté.
Le vrai remède pour guérir les scrupules est l'obéissance aveugle au confesseur.
Quand on obéit au confesseur on peut et on doit se croire absolument en sûreté.
La tentation la plus ordinaire contre l'obéissance au confesseur est celle-ci : Il ne m'a pas compris, je ne me suis pas bien expliqué.
On répond à cette tentation en se disant : Mon confesseur est juge du degré d'explications que je lui dois. Et puis,
s'il se trompe en me jugeant, moi je ne me trompe pas en lui obéissant.
L'âme scrupuleuse doit tâcher d'obtenir de son confesseur quelque règle générale bonne pour tous les cas, et avoir alors le courage de l'appliquer, sans admettre d'exceptions.
Les règles générales reviennent à celle-ci : Le scrupuleux peut et doit mépriser tous les doutes, et ne tenir compte que de ce qui est absolument certain d'une certitude qui saute aux yeux sans examen.
Il y a deux moyens, en cas de scrupules ou d'inquiétudes, de se rendre l'obéissance plus facile : il faut premièrement recourir à la prière au moment d'obéir, afin d'obtenir la grâce de se soumettre. Il faut ensuite dire à Jésus-Christ que c'est encore plus pour l'amour de lui, que pour se délivrer soi-même, que l'on veut obéir.
A côté de la conscience trop large, delà conscience trop étroite et de la conscience scrupuleuse se trouve la conscience droite et bien faite.
Elle est juste et voit du mal là où il y en a, et autant qu'il y en a, ni plus ni moins.
Elle est délicate, c'est-à-dire qu'elle sent vite, très vite le mal lorsqu'il se présente.
Mais elle est calme, et elle sait accomplir tranquillement le devoir d'état, quand même ce devoir provoquerait des tentations non consenties, et involontaires dans leurs causes.
La bonne et droite conscience est un trésor. Quand elle règne dans une âme religieuse, et surtout quand elle règne dans toute la communauté, Dieu règne avec elle et par elle. Or, le règne de Dieu est le commencement du paradis sur la terre.
§ III. — La matière principale du retour à la pureté.
Si je veux être pur et toujours revenir à la pureté, je dois me préparer à soutenir deux combats : le combat de la chasteté et la lutte contre la tiédeur.
C'est en effet du côté de la chasteté que nous serons toujours le plus exposés à tomber directement dans la disgrâce de Dieu ; et c'est par la tiédeur surtout que le religieux peut indirectement arriver au péché mortel.
Ce sera une grande grâce pour moi d'être bien instruit en ces deux genres de guerre.
Combat de la chasteté. — Ce combat exige de moi deux choses : une sainte crainte et une sainte tranquillité.
Je dois craindre; et, par crainte, je dois fuir et prier. Je dois me craindre moi-même, craindre mon imagination, craindre mes souvenirs, craindre mes pensées, craindre mes impressions, craindre mes sens, craindre mes oreilles, craindre mes yeux, craindre mes mains, craindre tout mon être. .
Je dois craindre tout ce qui m'entoure, et tout ce avec quoijepuis memettre en communication deprès ou de loin : craindre les pauvres, craindre les riches; craindre les grands et les petits ; craindre les étrangers et les étrangères, craindre ceux ou celles de lamaison; craindre ceux et celles qui sont consacrés à Dieu, craindre ceux et celles qui vivent dans le monde ; craindre ceux et celles qui ont de la piété, ceux et celles qui n'en ont pas; craindre tous les êtres vivants, les animaux eux-mêmes ; craindre les objets inanimés, les livres, les gravures et toutes les choses mondaines.
Craindre enfin les tentations; car en matière de pureté les tentations, quand elles sont violentes, nous enlèvent presque la conscience, la foi et la raison.
Cette sainte crainte doit, ai-je dit, me faire fuir et prier. Fuir autant que possible tout ce qui est dangereux ; fuir tous les tête-à-tète périlleux. Prier avant et après la tentation ; me réserver chaque jour une prière à Marie pour la pureté ; et aussitôt que l'ennemi se présente et se réveille, prier, prier, prier, jusqu'à ce qu'il soit mis en fuite.
Mais à la crainte, ai-je dit, je dois joindre une sainte tranquillité.
En vertu de cette tranquillité, qui est tout autre chose que la témérité, je dois ne pas me troubler des tentations dont je ne suis pas la cause, que je ne puis pas éviter, et auquelles je riposte par les élans de la prière s'adressant surtout à Marie. Je dois ne pas reculer devant l'accomplissement des devoirs d'état que les Règles même les plus sages imposent en certains cas. Enfin je dois demeurer tranquille après la tentation, lorsque, mon confesseur ayant jugé que j'ai la conscience timorée, je ne suis pas sûr d'avoir consenti, mais sûr d'avoir prié.
Combat contre la tiédeur. — Il s'agit ici de la tiédeur de volonté. Elle consiste à vouloir et à ne pas vouloir; à vouloir éviter le péché mortel, à ne pas vouloir éviter le péché véniel.
Il y a donc tiédeur quand il y a habitude non combattue de péché véniel non combattu.
Cette tiédeur est générale quand elle s'applique à tous ou à presque tous les péchés véniels; elle est particulière quand elle n'admet que l'un ou l'autre de ces péchés soidisant petits.
La tiédeur est le fléau des couvents et des âmes religieuses. Fléau parce qu'il y en a peu qui lui échappent complètement.
Fléau parce qu'elle blesse profondément le cœur de Dieu, puisqu'elle renferme le calcul indigne que voici : 0 Dieu, si c'était mortel, je ne le ferais pas, parce que je m'aime assez pour ne pas vouloir aller en enfer; mais
comme ce n'est que véniel, je me le permets, car je ne t'aime pas assez pour ne pas vouloir te faire de peine.
Fléau parce qu'elle arrête tout court le progrès dans la vertu, Dieu ne pouvant pas accorder ses faveurs aune âme qui persiste à vouloir l'offenser.
Fléau enfin parce que l'àme tiède est toujours exposée à tomber dans le péché mortel; et ce péché grave, voisin de la tiédeur, est surtout le péché d'impureté, attendu que les tièdes, quand ils sont tentés de luxure, sont privés par leur faute de bien des moyens de résistance.
Je dois donc combattre à outrance ce mal si dangereux et si fréquent.
Parmi les moyens de le guérir, lepluspuissant est, après l'oraison, lafidélitéàtoujours bien indiquer, en confession, ceux des péchés véniels dont on a l'habitude. Si le confesseur en est averti, et si le pénitent applique à ces péchés d'habitude une bonne part de son repentir et de son bon propos, bientôt la tiédeur sera guérie, ou plutôt elle Test déjà jusqu'à un certain point; cardes qu'ily a lutte sérieuse, il n'y a plus tiédeur proprement dite.
S IV. — En "ïjuoi consiste le» continuel retour à la pureté.
Le retour continuel à la pureté consiste à recourir à la pénitence chaque fois que l'on a péché.
La pénitence est le retour à Dieu d'une âme qui, se confiant en la miséricorde divine, implore le pardon.
Pour retourner sans cesse à la pureté, il faut éviter, comme une peste bien pernicieuse, le découragement et la défiance après les fautes quelles qu'elles soient.
Le premier soin d'une âme, quand elle a péché, doit être de prier.
La prière est le moyen des moyens auquel il faut recourir dans toutes les nécessités grandes et petites de la vie chrétienne.
Aussi, en parcourant tous les différents genres du perpétuel retour dont j'aurai à m'occuper, verrai-je que toujours et pour tout on me conseillera de prier.
Donc aussitôt qu'ayant eu le malheur de manquer je devrai retourner à l'innocence et à mon Dieu, que mon premier soin soit de prier : de prier pour obtenir la grâce de reprendre courage, si j'ai perdu courage ; de prier pour aller me confesser si la confession presse; de prier pour avouer ma faute, si la fausse honte veut me retenir ; de prier pour le repentir; de prier pour le pardon.
Cette pénitence, sans cesse renaissante par le moyen de la prière, je dois la pratiquer au moment même de mon péché.
Je dois la pratiquer chaque soir, en faisant de mon examen de conscience une sorte de confession spirituelle plutôt qu'une simple revue.
Je dois la pratiquer dans l'oraison en prenant l'habitude de faire souvent l'oraison du pénitent.
Je dois la pratiquer enfin chaque fois que je vais me confesser. Relativement à la confession j'aurai à me faire dans un instant des réflexions bien sérieuses et bien utiles.
Pour le moment, un mot sur cette partie de la pénitence qu'on appelle satisfaction, expiation, mortification.
Dans tous les Ordres religieux, dans le mien par conséquent, l'esprit de Dieu a introduit, dès l'origine, une certaine dose d'esprit d'austérité et de mortification chrétienne.
Certain^ Instituts dégénèrent sur ce point, et tombent dans le genre de vie sensuel, ou au moins dans la vie immortifiée.
C'est pour eux un grand malheur; car dès lors la ferveur est en danger, et avec la ferveur le maintien de la vertu.
Ma Règle ne m'astreint peut-être pas à de grandes austérités. Mais cette sainte Règle, mais les traditions primitives de mon Ordre et l'esprit chrétien m'imposent une certaine mesure de mortifications sagement déterminées.
Je veux être à tout prix partisan de la vie mortifiée, dans le mode et le degré que la bonne Providence m'a marqués ; je me fierai à cette Providence si sage et à l'obéissance pour toutes les conséquences qui en pourraient résulter concernant la santé etle reste.
Et je contribuerai, selon ma position, à maintenir ou à faire remonter ma famille religieuse au point où elle doit être sous ce rapport.
Maintenant revenons à la question de la confession ; question capitale entre toutes pour quiconque prétend pratiquer le perpétuel retour à la pureté.
§ V. — La confession bien faite.
Pour se confesser tout à fait bien, on doit avant tout se souvenir que la confession est un sacrement.
Or, le sacrement ne dépend pas des ministres. Que le prêtre qui me donne la sainte communion soit saint ou imparfait, que m'importe ! La communion est toujours la communion. Que le prêtre qui m'absout soit doux ou sévère, bref ou abondant, que m'importe encore une fois! L'absolution, surtout quand je suis bien préparé, est toujours l'absolution.
Cette disposition est très précieuse pour une personne consacrée à Dieu. Car au cas où elle devrait changer souvent de résidence, si elle s'occupe trop du prêtre comme homme, il lui arrivera bien souvent d'être mécontente et troublée. Si au contraire dans le prêtre elle voit, non pas celui-ci ou celui-là, mais le ministre de Jésus-Christ, elle trouvera toujours et partout ce qu'il lui faut, c'est-à-dire le pardon de ses péchés.
En second lieu, on doit dans l'accusation des fautes être bien judicieux. Si j'avais l'épouvantable malheur de commettre des péchés mortels, sans doute je devrais les confesser tous sans exception. Mais s'il ne s'agit pour moi
que de péchés véniels plus ou moins volontaires, la règle à suivre est de ne pas donner dans des détails minutieux, mais de bien indiquer au confesseur ce qui, dans ces péchés véniels, pourrait être plus ou moins habituel, et par conséquent entaché de tiédeur.
Quant à Tordre à suivre dans les aveux, le mieux sera d'adopter celui du retour àDieu, accusant successivementles fautes contre l'oraison, contre la parfaite charité et le reste.
Pour être judicieux dans son accusation, on doit, quand il n'y a ni péché mortel ni tiédeur formelle, se contenter de donner sur les manquements une note générale mais nette, par exemple : Mon Père, en fait de piété, ou d'humilité, je vous confesse que, cette semaine, j'ai été peu fidèle, ou positivement infidèle, ou très infidèle. Si là-dessus le confesseur demande des explications, on les donne.
C'est surtout en matière de pureté qu'il faut s'accuser judicieusement.
Si, ce qu'à Dieu ne plaise, il y a eu des péchés graves et certains, on les confesse. Et encore faut-il éviter de les dire trop crûment. Qu'on accuse la substance du fait ou la pensée; mais qu'on ne dise rien ni de la manière, ni du détail, ni des circonstances qui, sans changer le péché, ne font que le rendre plus honteux !
S'il n'y a pas eu péché certain, mais seulement péché probable ou douteux, qu'on accuse le doute ou l'inquiétude, sans rien détailler, et en laissant au confesseur le soin d'interroger, s'il le juge à propos.
S'il n'y a eu que des tentations, qu'on n'en donne pas le détail, qu'on se contente de dire si elles ont été nombreuses et fortes, ou rares et faibles ; et qu'on laisse le confesseur interroger, s'il le croit bon.
Si ces tentations ont laissé des troubles dans l'âme, ce qui arrive souvent, que l'on s'entende avec le confesseur sur les règles à suivre ; et qu'en général, si l'on a le bonheur d'avoir une conscience timorée, on s'exerce à mépriser les inquiétudes après la tentation.
Telles sont les règles à suivre pour se bien accuser de ses péchés.
Pour ce qui est du repentir et du bon propos, l'essentiel est qu'on s'excite à la contrition parfaite, et qu'on pousse le bon propos jusqu'à rompre, non seulement ave» le péché, mais avec ses causes ou occasions.
Pour m'assurer toutes ces conditions de la confession parfaite, je ferai bien, chaque semaine, le jour où je devrai me confesser, de m'y préparer pendant tous les exercices du matin. Cette habitude est excellente entre toutes.
Ces généreux efforts pour me bien confesser me seront deux fois nécessaires si, outre les difficultés inhérentes à la confession, j'en rencontre d'autres autour de moi et dans la société où je vis.
Car, il faut bien le dire, l'âme qui veut se confesser toujours bien rencontre parfois beaucoup d'obstacles. Tantôt c'est le confesseur qui n'a pas le temps de se prêter assez à cette sainte besogne. Tantôt ce sont les usages de la maison qui rendent le confessionnal peu accessible, quoique, pour le dire en passant, il convienne que, sauf des cas tout à fait exceptionnels, on ne se présente pas au confessionnal plus d'une fois par semaine. Tantôt c'est la communauté qui, par ses oppositions tacites, gêne les pénitents fidèles. Tantôt enfin, et ceci est plus grave, ce sont certains principes qui ont cours dans l'Institut, et qui compromettent le sacrement de Pénitence.
Parmi ces principes, il en est un qui est funeste entre tous, et le voici : Les choses qui nuisent à la réputation de l'Ordre ne doivent pas se dire au confesseur, mais au supérieur. Principe absolument condamnable sous tous rapports, et qui produit, entre autres résultats, une sorte de tyrannie exercée sur les religieux dont les confessions paraissent trop longues.
Mais, d'autre part, on doit s'efforcer d'être dans la confession, expéditif autant que diligent; éviter les longs entretiens de direction ; se contenter d'une direction aussi
simple et aussi brève que solide. C'est ce à quoi on arrivera sûrement si on suit, pour l'accusation et le reste, les règles de conduite qui ont été données plus haut.
Terminons ces réflexions par une dernière qui est importante entre toutes : Pour pratiquer le perpétuel retour à la pureté tel qu'on vient de l'analyser, il faut cultiver l'oraison du pénitent. En quoi consiste cette oraison? Nous allons l'expliquer.
§ VI. — L'oraison de la pénitence.
Après s'être mis, avec une profonde humilité et une vive foi, en présence de Dieu, ou de Notre-Seigneur, ou de Notre-Dame des Sept-Douleurs, on choisit, pour la première partie, une pensée se rapportant soit à la nature même du péché, soit aux vérités éternelles, soit à Dieu, soit à Jésus-Christ ou à sa sainte Mère Marie.
iSwr la nature même du péché mortel, on peut considérer que cette œuvre monstrueuse est un acte libre de la volonté humaine, par lequel on consent à un manquement tellement désagréable à Dieu qu'il en résulte la séparation d'avec lui, séparation éternelle si on ne fait pas pénitence. Que dans cet acte se trouvent renfermés : une résistance à l'autorité de Dieu, puisqu'on ne fait pas ce qu'il commande ou que l'on fait ce qu'il défend ; un mépris pour Dieu, puisqu'on préfère à son amitié et à ses grâces une chose vile telle que l'or, l'argent et pire encore ; l'ingratitude envers Dieu, puisqu'on oublie tous ses bienfaits pour lui causer de la peine ; l'insolence à l'égard de Dieu, puisque c'est en sa présence même qu'on a l'audace de l'offenser ; l'outrage à Dieu, puisqu'on blesse par l'ignominie du péché sa sainteté infinie; la témérité en présence de Diej, puisqu'on brave sa justice et ses menaces; la dureté pour Dieu, puisqu'on afflige son amour; l'insensibilité pour Dieu, puisqu'on oublie qu'il est Père et le meilleur des
pères; enfin un horrible attentat contre Dieu, puisque si l'on posait Su pécheur cette question : Supposé que tu puisses faire que Dieu n'existe pas, le ferais-tu? il répondrait : Oui certainement, car Dieu me gêne!
Quant au péché véniel, surtout s'il va jusqu'à la tiédeur, c'est-à-dire jusqu'à l'habitude non combattue, on peut considérer qu'il offense Dieu par manque d'égards, par manque de délicatesse, par manque d'amour; qu'il renferme un calcul indigne; et qu'on retrouve en lui, proportion gardée, toutes les horreurs propres au péché mortel.
Sur le péché mis en présence des vérités étemelles, je penserai ainsi : l'habitude du péché soit mortel soit véniel porte la justice de Dieu à des coups terribles pendant la vie; àla mort le religieux coupable n'aura pour lui que du trouble et pas de conversion ; alors l'infortuné religieux, qui aura eu le malheur de cacher des péchés, sera entouré de démons, acharnés à lui fermer la bouche et à l'entraîner en enfer; à la mort le religieux tiède restera tiède, vuqu'alors, en religion, on ne se convertit guère; après la mort viendra le jugement particulier, et là, seul en présence de Jésus-Christ seul, on devra rendre compte d'une pensée inutile; que sera-ce de toute une vie de péchés et de tiédeur ! ce jugement redoutable se terminera par l'une ou l'autre de ces trois sentences : Au ciel, en purgatoire, en enfer ! en purgatoire c'est le même feu qu'en enfer ; après le jugement particulier ce sera le jugement général; alors surtout, le péché sera le plus grand des maux ; à cause de lui les pécheurs ressusciteront affreux comme des démons ; ils seront placés à gauche et arrachés des bras de leurs frères plus heureux qu'eux; leurs péchés seront découverts et contemplés par l'univers entier ; à eux sera adressée la terrible sentence : Retirez-vous de moi, maudits ' ; et cette sentence une. fois prononcée, ils seront, par l'abîme que la terre creusera en s'entr'ouvrant, précipités dans l'enfer, où