‹ Le retour continuel a DieuChapitre 42 sur 146 · Discedite a me, maledicti (Matth. xxv · texte numérisé non relu

Discedite a me, maledicti (Matth. xxv

le péché les fera pleurer et grincer des dents, o.ù le péché les fera brûler, où le péché les forcera à haïr Dieu, où le péché les obligera à rugir de désespoir à la pensée de l'éternelle éternité.

Sur le péché considéré en Dieu, je pourrai me dire : Dieu n'est pas insensible comme la pierre; au contraire il est sensible comme Test un tendre père, comme l'est un maître aussi grand qu'il est bon, comme l'est un bienfaiteur, comme l'est un être délicat, noble, saint entre tous les êtres. Étant sensible à sa manière, Dieu, quand il se voit désobéi, méprisé, insulté, bravé, affligé, payé d'ingratitude, et cela par l'homme, sa créature et son enfant, Dieu, dis-je, sent à sa manière que le péché est son mal, son mal mortel, son mal insupportable; si insupportable que, pour s'en venger, il a créé l'enfer ; et que, pour le faire expier, il a condamné son propre Fils à la mort. Une partie de toutes ces horreurs se retrouve dans le péché véniel.

Enfin, si je veux contempler le péché en Jésus-Christ, je me dirai : Par mes péchés mortels et par ma tiédeur j'ai accablé Jésus-Christ, puisqu'il a été chargé de tout ce fardeau ; j'ai humilié Jésus-Christ, puisque mes désordres sont devenus comme les siens ; j'ai fait pleurer et gémir Jésus-Christ, puisque la contrition qu'il a eue de mes péchés a été immense et continuelle; j'ai tourmenté Jésus- Christ, puisqu'il a, pour expier mes crimes, énormément souffert dans son corps et dans son âme; enfin j'ai tué Jésus-Christ, puisque c'est à cause de mon péché qu'il est mort. En tourmentant ainsi Jésus-Christ, j'ai affligé sa mère et la mienne d'une affliction qui l'aurait mille fois fait mourir de douleur, si Dieu ne l'avait conservée afin qu'elle souffrît davantage pour le salut du monde.

Après que, dans la première partie de l'oraison, on s'est rappelé sérieusement Tune ou l'autre de ces fortes pensées, on dit et on répète : J'y crois, j'y crois ! Mon Dieu, augmentez ma foi ! Et après avoir cru, on s'adresse la

terrible parole : Et moi? Et moi? Ai-je péché? Combien ai-je péché? Ai-je le sentiment de mes péchés?

Cela fait, on passe à la deuxième partie, c'est-à-dire à l'acte. A quel acte? Le choix n'est pas difficile. Il ne peut être question ici que de l'acte de contrition. On s'y applique donc et on le veut parfait; parfait, non pas peutêtre quant à la vivacité et à la ferveur, mais quant au motif de la douleur, lequel n'est autre que l'amour.

On commence donc par demander avec instance la grâce de cette contrition parfaite.

Après avoir ainsi prié pendant un certain temps, on fait un acte de foi et l'on dit : Mon Dieu, je crois, sans le comprendre, que le péché est mon souverain mal, puisqu'il me prive du souverain bien, c'est-à-dire de vous. Je crois surtout qu'il est votre souverain mal à vous, puisqu'il est la blessure de toutes vos perfections. Je crois enfin qu'il a été le tourment de Jésus-Christ, et de vousmême en ce Fils bien-aimé.

Après avoir fait cet acte de foi, on dit à Dieu qu'on l'aime lui-même, et avec lui le paradis; et que, puisqu'on l'aime ainsi, on veut avoir pour le péché une haine profonde et une immense douleur.

Cette haine et cette douleur, on les exprime fois sur fois et de toutes ses forces, en priant Dieu de les augmenter de moment en moment.

Puis, passant au bon propos, on se déclare l'ennemi irréconciliable de tout péché, grand ou petit ; on promet de l'éviter absolument en lui-même et dans ses causes.

Enfin on demande à Dieu son pardon, et la grâce d'un repentir de plus en plus sincère jusqu'à la mort.

Après s'être ainsi livré, dans la deuxième partie, à l'acte de contrition, dans la troisième on se livre à la prière. Cette prière, quoiqu'elle puisse s'appliquer à tous les autres biens, a surtout pour objet, on le comprend, l'innocence et la pénitence. On demande la délivrance du péché, la résistance au péché, l'expiation du

péché, la guérison du péché. On spécifie tel ou tel péché. On prie également contre la tiédeur.

Puis on passe à la vertu de pénitence. On la demande, on implore la grâce de toujours se bien repentir, de se confesser de mieux en mieux jusqu"à la mort, de vivre et de mourir avec un cœur contrit et humilié.

Enfin, dans la quatrième partie, comme résolution, on promet le perpétuel retour dans toutes ses parties, mais en insistant spécialement sur le retour à la pureté, conformément à ce que l'on aura décidé dans la conclusion.

0 sainte et salutaire oraison, qui me donnera de t'introduire dans ma vie, afin que par toi l'innocence et la pénitence me soient assurées jusqu'à la mort?

§ VII. — Examen et bon propos sur la pureté.

Ferai-je souvent l'oraison de la pénitence?

M'imposerai-je pour loi de recourir à la pénitence intérieure, chaque fois que j'aurai eu le malheur d'offenser Dieu?

M'appliquerai-je toutes les lois du combat de la chasteté?

Combattrai-je fermement, de concert avec mon confesseur, le scrupule et les agitations de conscience?

Repousserai -je avec horreur tous les principes qui sont de nature à fausser la conscience?

Cultiverai-je chaque soir ce que l'on peut appeler la confession spirituelle?

Aurai-je soin de faire chacune de mes confessions comme si elle était la dernière, en y cherchant avant tout et avec foi le sacrement, indépe ndamment de la personne du prêtre ?

Ferai-je de temps en temps, en guise de revues, des confessions un peu plus détaillées?

Enfin quel ordre suivrai-je dans l'accusation de mes péchés ? Adopterai-je celui qui m'est indiqué par l'ordre même de mes perpétuels retours au bien, en rapportant au retour à la pureté les péchés non inclus dans les autres ?

Dans mes confessions aurai-je soin d'insister sur la tiédeur et sur ses moindres traces?

Ferai-je, avant ou après chacune de mes confessions, une prière jaculatoire pour obtenir la grâce de me confesser de mieux en mieux jusqu'à la mort?

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