LE CONTINUEL RETOUR A LA PERSÉVÉRANCE ET AU CULTE DE LA SAINTE VIERGE
§ I. — En quoi consiste le continuel retour à la persévérance.
Dans tout ce chapitre il s'agit des préoccupations que je dois avoir pour moi-même, pour mes intérêts personnels et éternels, pour mon salut.
L'Église a eu souvent à combattre certains auteurs trop mystiques, ou faux mystiques, qui enseignaient que le pur amour de Dieu doit détacher l'àme, même du bonheur éternel ; et que, pour être parfait, il faut pratiquer l'oubli de soi-même jusqu'à perdre de vue les intérêts de l'àme, soi-disant pour tout noyer dans l'amour.
Dieu n'entend pas les choses de cette manière. Nous sommes ses enfants ; il veut que nous soyons heureux ; il nous commande de nous occuper de notre propre félicité, et c'est pourquoi, à la vertu de charité, il a adjoint celle d'espérance.
Le mysticisme, qui voudrait laisser de côté l'espérance et la crainte, serait un fléau. Il aboutirait à une fausse union divine, et favoriserait un certain sommeil de la conscience et de la crainte de Dieu, sommeil très dangereux sous bien des rapports.
C'est pourquoi il est nécessaire qu'après m'ètre beaucoup occupé de l'amour de Dieu, je me préoccupe démon éter-
nité. De là mon retour perpétuel à la persévérance. Car la persévérance n'est pas autre chose que la clef du ciel.
Oh! qu'elle est importante la question de mon avenir! Si, étant aujourd'hui fidèle à Dieu, j'étais sûr de l'être jusqu'à la mort, que ma joie serait grande ! Lorsque j'entre dans le fond de mon cœur, j'y découvre, à travers toutes les distractions de la vie, un secret souci : celui de mon salut et de mon éternité.
Cette préoccupation serait moins vive, si le présent était une garantie de l'avenir. Mais non! Notre existence icibas est une course à travers les tempêtes et les ténèbres. Qu'aujourd'hui mon voyage ait été assez heureux, ce n'est pas une raison pour que demain tout aille bien.
Sans doute, car il ne faut pas déprécier la vertu, la fidélité dans le présent donne à espérer pour l'avenir. Si je suis pieux et obéissant, si surtout je le suis depuis nombre d'années, il est permis d'espérer que je le serai jusqu'à la mort. Mais enfin rien n'est certain de ce côté. On a vu des religieux tomber et s'égarer, peu de temps après leur profession et après quelques années de vraie ferveur. On en a vu qui se sont perdus après vingt ans, après trente ans d'une vie relativement bonne. Tout, en ce monde, doit être soumis aux lois de la crainte ; et si je ne tremble pas jusqu'à la fin, c'est alors que j'ai le plus à trembler.
Si au moins la grâce du jour présent me suffisait pour toute la vie! Si ce grand Dieu voulait me donner, en une seule fois, tout ce qu'il me faut pour être sûr de bien mourir ! Mais non ; je ressemble au mendiant qui n'obtient chaque jour que le pain de chaque jour; et je ne suis sûr de demain que si, demain, je suis sûr de prier. Ainsi l'a voulu la Providence ; et en cela elle a été bien sage et bien bonne. Si elle avait consenti à régler d'un seul coup toute notre existence jusqu'à la mort, elle nous aurait rendus par le fait presque indépendants du ciel. N'ayant plus besoin de prier, puisque nous serions sûrs de ne plus manquer de
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rien, nous serions par trop tentés de nous passer de Dieu : et ainsi nous trouverions notre perte dans notre sécurité même.
Il reste donc certain que notre avenir est incertain. \il cependant nous avons besoin d'une assurance sérieuse.
Car enfin, comment supporter cette insupportable pensée : Il y a un enfer, et rien ne me dit que je n'y tomberai pas?
Cette assurance, le chrétien fidèle peut se la procurer s'il le veut. Il a pour cela, à sa disposition, un moyen qui est de soi souverainement efficace : c'est le retour perpétuel à la persévérance.
En quoi consiste ce retour si salutaire, si nécessaire ? Notre-Seigneur nous ledit en deux mots : Veillez et priez*. Oui, vigilance et prière, tels sont les deux moyens de retrouver chaque jour le fil de la persévérance finale. Approfondissons cette sainte et salutaire pensée.
§ II. — Pourquoi toujours veiller, toujours prier.
La vigilance chrétienne a deux fonctions principales : elle surveille la fidélité au règlement; elle surveille la chasteté.
Je dois surveiller la fidélité au règlement. C'est chose relativement facile pour le religieux qui pratique le retour perpétuel à son Dieu. Car il sait parfaitement tout ce qu'il a à faire en ce monde. Son devoir lui est exactement et complètement tracé. Il ne lui reste plus qu'à se contrôler lui-même avec une sainte exactitude .
Ce contrôle consiste à s'imposer des revues régulières et attentives; des revues annuelles, des revues mensuelles, des revues hebdomadaires, des revues quotidiennes.
Chaque jour, en faisantmon examen de conscience, je dois