‹ Le retour continuel a DieuChapitre 60 sur 146 · NECESSITE DE SE CONVERTIR ET DE SE RECONVERTIR · texte numérisé non relu

NECESSITE DE SE CONVERTIR ET DE SE RECONVERTIR

Quand on a le malheur de commettre encore le péché mortel; ou quand, ayant péché mortellement, on n'est pas moralement sûr du pardon; ou, enfin, quand on vit dans la tiédeur, accumulant péchés véniels sur péchés véniels, on doit se convertir à l'innocence.

Quand, évitant le péché véniel grossier', on vit en homme naturel, tenant peu de compte de la pratique des conseils et de tout ce qui se rapporte à la perfection on doit se convertir à la vertu.

Quand, pratiquant la vertu, on n'est pas encore tout à Dieu, parce qu'on a conservé pour soi quelque chose de soi-même, on doit se convertir à la sainteté.

Ces trois genres de conversion sont un retour à Vamour. Le pécheur et le tiède se convertissent en aimant Dieu assez pour ne plus l'offenser; le chrétien imparfait en l'aimant assez pour chercher à lui être positivement agréable ; l'homme vertueux en l'aimant assez pour n'avoir plus d'autre vie que celle de la charité.

Souvent dans une seule âme, il y a un tel mélange de bien et de mal qu'elle doit s'occuper des trois conversions à la fois, en déracinant la tiédeur, en se donnant à la vertu et en s'unissant définitivement à son Dieu.

OUVERTUKK DK LA RETRAITE. 309

Au retraitant de voir attentivement s'il n'est pas dans ce cas.

Quelle que soit la conversion immédiatement nécessaire, on ne l'opérera qu'en se plongeant dans Yoraison et en faisant une ou plusieurs confessions auxquelles rien ne manque. Sans l'oraison, l'àme ne serait ni assez remuée, ni assez aidée par la grâce de Dieu, pour changer de vie. Sans la confession parfaite, il n'y aurait pas de réconciliation entière, partant pas de conversion.

L'homme converti doit se disposer à se reconvertir. Car la créature humaine est inclinée, non pas vers les choses du ciel, mais vers celles de la terre ; tous les jours elle s'éloigne de nouveau de son terme, ou au moins il lui faut un nouvel élan pour continuer son ascension vers Dieu. Reprendre cet élan, c'est se reconvertir; celui qui le fait chaque jour ajoute au travail de l'amour celai de la persévérance.

C'est au temps même où l'on se convertit qu'il faut se disposer à se reconvertir, car alors seulement on comprend et on veut pour^ l'avenir ce que l'on a compris et voulu pour le présent. Quand cette préparation de l'avenir n'est pas jointe à la correction du présent, les exercices spirituels et autres efforts du même genre ne produisent que des résultats éphémères. Pendant cette retraite on fera marcher de pair trois occupations à la fois : V oraison, V examen de conscience et l'examen de préooyance; l'oraison sans laquelle rien ne s'opère dans l'àme; l'examen de conscience assez parfait pour que la confession soit parfaite ; l'examen de prévoyance assez approfondi pour que l'avenir soit sérieusement préparé et assuré.

Dans ce travail on prendra pour guide saint Alphonse, parce qu'il est un des saints qui ont le plus poussé les âmes à se reconvertir après s'être converties et à faire converger tous leurs efforts vers l'amour et la persévérance.

Pendant la retraite on devra pratiquer surtout trois vertus : la docilité, la discrétion et l'esprit de prière.

La docilité, parce que le retraitant recevra au cours de ces pages beaucoup de conseils et une direction suivie ; s'il obéit, il aura pour lui la grâce de Dieu avec la sagesse du Saint qui lui est donné pour maître.

La discrétion, parce que les matières "seront ordinairement divisées en trois parties pour mieux s'appliquer aux trois genres de conversion dont il a été parlé plus haut, et que, par conséquent, il faudra souvent faire des choix difficiles et délicats.

L'esprit de prière, parce que, dans une entreprise de ce genre, quand on a tout fait sans Dieu on n'a rien fait.

La retraite sera composée de dix exercices enchaînés l'un à l'autre. Chaque exercice comprendra : trois oraisons, un examen de conscience et an examen de prévoyance. Il contiendra de plus une leçon sur l'oraison mentale. Si l'on fait la retraite pour la première fois, il faudra autant que possible consacrer à chacun des dix exercices au moins un jour entier, plus si c'est possible. Quand on la refait (ce qui sera souvent le cas, car on doit aller de conversion en conversion), on pourra l'abréger, ou bien s'arrêter aux points dont on aura le plus besoin.

Si une retraite proprement dite n'est pas possible, on pourra y suppléer en consacrant, pendant un certain temps, les heures de prière à faire, l'un après l'autre, les exercices indiqués.

I. On commence la retraite par la pensée de Dieu. On contemple son être adorable, sa charité, et sa paternité. On s'approche de lui par l'humilité et la confiance. — II. On s'attaque à l'orgueil qui est le principal ennemi de Dieu. — III. On se propose de retourner sans cesse à Dieu par l'oraison et la résolution.

LEÇON SIR L'ORAISON

Au commencement de chaque point, on donnera sur l'oraison une leçon tirée de saint Alphonse. Le retraitant qui se pénétrera de ces leçons aura le double et inappréciable avantage de bien faire ses oraisons pendant la retraite même et d'apprendre pour l'avenir les principaux secrets de cet art divin.

Cette remarque et les suivantes ont une importance majeure. Beaucoup d'entre elles trouveront leur application pendant la retraite, non pas une fois, mais souvent. Il faudra donc les saisir parfaitement et les avoir toujours présentes à l'esprit.

§ I. — La nature de l'oraison.

On ne parlera, dans ces leçons, que de l'oraison ordinaire plus ou moins parfaite dans son genre. Cette oraison n'est pas un acte solitaire de l'esprit mais une conversation avec la famille divine que nous avons au ciel. Cette conversation est basée sur la foi. Elle a un but; ce but est tout autre que la simple satisfaction de converser : on fait oraison pour se sauver et pour se sanctifier. Elle a pour ton le naturel et la simplicité d'un ami qui parlerait à son ami d'une affaire sérieuse. Elle est permise à tous, même et surtout aux pauvres pécheurs ; mais elle est personnelle à chacun, chacun devant s'y occuper de ses propres affaires.

Elle se compose, après l'entrée en matière, de la considération, de V affection ou acte, de la prière el de la résolution. Ces quatre parties se suivent naturellement. Si quelqu'un éprouve de la difficulté à les enchaîner, qu'il les confonde et fasse consister toute son oraison en une lecture attentive entrecoupée de réflexions, d'actes, et de prières.

L'entrée en matière comprend l'acte de foi, l'abaissement du cœur contrit el humilié, et la demande du secours divin. Ces actes doivent être brefs mais énergiques.

La considération et les affections sont des actes surnaturels de leur nature, ils doivent donc être accompagnés de la prière.

La considération est le simple souvenir d'une vérité avec mélange d'actes de foi, et de réflexions qu'on se fait à soimême sur soi-même. La considération a pour but de donner à l'àme le pain quotidien de la vérité; et de l'exciter à faire le reste de l'oraison.

Les affections ou actes se cherchent, soit dans le cœur s'il est actuellement ému, soit dans les répertoires laissés par les saints. Saint Alphonse en a composé un qui ren-

ferme sept actes principaux. Ce sont précisément ces sept actes que l'on proposera l'un après l'autre au retraitant. Les affections ont pour but de donner à l'âme les bons sentiments et de l'exciter à prier.

La prière, troisième partie de l'oraison, est celle qui, après avoir rendu possibles les opérations précédentes, oblige l'âme à se retirer en elle-même et à s'épancher seule devant Dieu. Cette prière propre à l'oraison s'occupe peu des choses temporelles et beaucoup des affaires éternelles. Elle est la principale partie de l'oraison, parce que c'est elle qui attire la grâce de Dieu, laquelle, définitive, est la cause déterminante de tout bien.

La résolution, quatrième et dernière partie de l'oraison, doit être générale et particulière : générale, parce que chaque jour on doit promettre de nouveau d'observer la règle de conduite qu'on s'est imposée ; particulière, parce que, chaque jour également, on doit promettre l'extirpation d'un vice ou la pratique d'une vertu.

Après la résolution on remercie Dieu, on renouvelle les promesses faites et on prie pour le prochain.

La résolution, l'acte et la prière doivent, pour l'ordinaire, prendre chacun environ le quart du temps de l'oraison.

$ II. — Remarques sur les trois oraisons renfermées dans chaque jour.

Il y aura pour chacune des trois oraisons une considéralion. Les trois considérations seront liées entre elles; la deuxième complétant la première et la troisième complétant les deux autres.

Lacté sera le même pour les trois oraisons. Seulement on le subdivisera en trois parties, dont la première contiendra le degré ordinaire et le degré vertueux ; la deuxième le degré parfait et la troisième réunira les trois degrés : l'ordinaire, le vertueux et le parfait.

On a adopté cette division à cause des trois genres de conversion. Le retraitant est prié de s'appliquer également à ces trois parties de chaque acte, parce qu'elles ont leur utilité propre. Si quelqu'un trouve une de ces' trois parties par trop supérieure au niveau actuel de son âme, il pourra se contenter de produire le désir de l'acte au lieu de l'acte lui-même.

La troisième et la quatrième partie de l'oraison, c'est-àdire la prière et la résolution, seront ci-après indiquées ; et pendant toute la retraite, plus rien ne variera dans ces deux dernières parties, auxquelles il faudra sans cesse revenir. Ces remarques sont de la dernière importance. Si on n'en tient pas constamment compte, la retraite est manquée.

Après qu'on aura fait une oraison, on pourra, souvent même on devra, la continuer et la répéter en d'autres moments favorables.

PREMIÈRE ORAISON

On ne peut avoir de religion solide que si on est dominé parla pensée de Dieu. Je tâcherai donc d'éprouver quelque chose de ce qu'éprouvent les saints en paradis, eux qui voient l'Être incréé et leur propre néant.

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