‹ Le retour continuel a DieuChapitre 85 sur 146 · ACTE · texte numérisé non relu

ACTE

L'humiliation du cœur et la reconnaissance : degré ordinaire et degré vertueux.

Rien ne désarme le juste Dieu comme l'humiliation du cœur jointe à la reconnaissance du pécheur. Une contrition sans humiliation et sans gratitude serait intolérable aux yeux du Seigneur. Une àme qui s'humilie parce qu'elle a péché et qui remercie Dieu de n'être pas en enfer est victorieuse de la justice divine. Aussi saint Alphonse dans sa sagesse a-t-il soin de mettre parmi les actes de l'oraison, la contrition et l'humble reconnaissance.

C'est pourquoi, m'en tenant d'abord à la première partie de ces deux actes, je commencerai par réprouver l'orgueil et l'ingratitude. L'orgueil dans un pécheur tel que moi, ce serait l'abomination du désordre. Je le renie donc de tout mon cœur; j'en renie les pensées, les sentiments, les actes, pour tout le reste de ma vie. Les sentiments de hauteur, quels qu'ils soient, seront pour moi comme des blasphèmes. L'ingratitude, après que j'ai été tant de fois délivré de l'enfer, ce serait le crime des crimes. Je ne veux pas être le pécheur pardonné qui ne sait pas même remercier Dieu.

Me bornerai-je à repousser l'orgueil? Le pécheur vraiment contrit, va plus loin : il accepte l'humiliation. Il l'accepte comme un traitement qui lui est dû. Et chaque fois qu'elle vient, il rentre dans son péché, et il dit avec la sincérité du repentir: C'est bien! C'est juste! C'est encore trop peu pour mes péchés! Donnez-moi. ô mon Dieu, la grâce de recevoir en paix l'humiliation.

Oui, Seigneur, je dois mourir, je l'ai mérité. C'est vous qui avez fixé le jour et l'heure de ma mort. Ne permettez pas que j'arrive à ce moment suprême sans m'y être préparé. Ne me laissez pas

vivre en imprudent sans songer que la vie va linir et Piiiir bientôt. Faites que, profitant de toutes les leçons qui me sont, données en cette retraite je m'occupe chaque jour de mon éternité.

0 Marie, je vous confie ma dernière maladie et mon dernier soupir; faites par vos prières et votre protection que je meure en élu!

J'étudierai jusqu'à la prochaine oraison les moyens à prendre pour m'assurer une bonne mort; je préparerai une confession parfaite et je féconderai mes efforts par une prière incessante.

EXAMEN DE CONSCIENCE

L'ÉliOÏSME ET LES MANQUES DE CHARITÉ.

C'est vers la fin de ce quatrième jour qu'il conviendra de faire la première confession de retraite. Voilà pourquoi l'examen de conscience et tous les exercices spirituels de cette journée doivent être accomplis avec un redoublement d'esprit de pénitence. 11 faudra demander que Dieu, par les mérites de Jésus agonisant et par l'intercession de la Mère des douleurs, daigne accorder au pauvre pécheur prosterné devant lui un cœur bien contrit et très humilié; de telle sorte que la confession soit ce qu'elle doit être: parfaite et décisive pour la vie et pour la mort.

On entend ici par égoïsme cette disposition vicieuse de la nature humaine en vertu de laquelle, préoccupés à l'excès de nos propres intérêts, nous oublions trop facilement ceux du prochain; et pour peu que le prochain nous blesse ou nous déplaise, nous ne nous contentons plus d'être indifférents à son bien, nous lui faisons du mal. Comme c'est surtout sur ce genre de fautes que nous seron jugés, il était opportun de lui réserver l'examen de ce quatrième jour.

I. Violation positive et coupable des lois de la charité et de la justice. — Haines; ressentiments ; vengeances; mauvais

traitements; colères; peines faites au prochain; jugements téméraires; paroles offensantes; médisances; calomnies; mensonges; ingratitudes; envie; jalousie; scandale; impulsion au péché; vols; tort causé au prochain dans ses biens, dans sa réputation, dans son honneur; cruauté, dureté, avarice, refus de l'aumône, refus des autres services commandés par la loi de Dieu.

II. Absence de dévouement . — Quelque chose des misères qu'on vient de signaler. Refus de ce que la charité désire ou conseille en faveur du prochain: indifférence pour les intérêts temporels ou éternels.

III. Absence d'immolation de soi. — Pas ou peu de ces fautes indiquées plus haut. Un certain dévouement, mais un dévouement partagé; de sorte que, si le bien d'autrui réclame un sacrifice quelque peu sensible, on recule, et on rentre dans une égoïsme indigne du Dieu qui a donné sa vie pour ses frères.

Le jugement.

Le Rédempteur a subi le premier la justice de Dieu; il a reçu ensuite la mission de faire justice aux hommes.

Au sortir de son corps, le premier être que mon ànie verra, ce sera Jésus-Christ. Il sera là pour me juger.

Le jugement commencera par l'illumination de ma conscience, je verrai tout, jusqu'à une intention tant soit peu imparfaite; et en même temps je me sentirai vu.

Les dispositions de Jésus-Christ seront celles de la sainteté même de Dieu; de cette sainteté qui punit un petit péché véniel par des jouis et des semaines dans le feu.

Après que lui et moi aurons vu ma conscience, il médira

Ql ATRIÈME JOUR. :{.').">

un de ces trois mots : Enfer, et pour toujours! Purgatoire, et pour longtemps! Ciel, et pour bientôt! Il basera sa sentence principalement sur la sévérité plus ou moins grande dont j'aurai usé en me confessant. Si je puis lui présenter des années de pénitence contrite, il me sera favorable; si je n'ai qu'une demi-pénitence à lui offrir, il me sera sévère. Car la loi de la confession est une loi dont il est très jaloux.

Suis-je content de moi comme pénitent? Mes confessions sont-elles absolument ce qu'elles doivent être? Le serontelles pendant cette retraite et ensuite?

La fin du monde viendra. Je ressusciterai; nous ressusciterons tous, les uns en élus, les autres en damnés.

Après la résurrection, nous serons tous conduits dans la vallée de Josaphat ; je serai dans la foule.

Les deux s'ouvriront; je verrai toute la cour céleste entrer en scène et Jésus-Christ apparaître. Je le regarderai avec joie ou avec terreur.

Là on séparera les bons des méchants; je serai à droite ou à gauche.

Le livre des consciences s'ouvrira; et les péchés, au moins ceux des réprouvés, seront vus du monde entier. Verra-t-on les miens?

Jésus-Christ se tournera à droite pour appeler les élus; ensuite à gtfuche pour repousser les réprouvés. De quel côté serai-je?

La sentence prononcée, le ciel et la terre s'ouvriront : le ciel pour laisser entrer les élus avec Jésus-Christ ; la terre pour engloutir les damnés avec les démons. Ensuite tout se refermera ; les élus seront dans la vie éternelle, les réprouvés dans l'éternel supplice.

Je serai d'un côté ou de l'autre, cela dépend de ma pénitence, du degré d'humiliation de cœur dans ma pénitence. Et ce degré de pénitence dépend de ma retraite pour tout le passé, dépendra peut-être de ma retraite pour tout l'avenir. Peut-être mon futur jugement se décide-t-il aujourd'hui.

Page 1